Loin des campagnes idéales…

A travers les aventures de mon personnage, le petit Prakash, je souhaite faire découvrir des modes de vie et des coutumes de groupes ethniques minoritaires indiens rarement évoqués par les médias français.

L’un de ces groupes est celui des Santal (ou Santhal), réparti sur plusieurs Etats de l’est de la fédération indienne : le Bengale occidental, l’Orissa, le Bihar, le Jharkhand… Avec environ 3 millions de membres, les Santal constituent la communauté tribale indienne la plus importante. Ils sont connus notamment pour leurs riches traditions orales et leurs rouleaux narratifs peints.

Alors que les recherches que j’ai faites sur les Santals portent jusqu’à présent surtout sur leurs coutumes et leurs récits traditionnels, deux éléments sont venus récemment me plonger dans des réalités beaucoup plus brutales. Le premier est cette terrible histoire de viol collectif d’une jeune femme, sur ordre du conseil des « sages » du village, chez des Santhals du Bengale occidental, parce qu’elle entretenait une relation avec un jeune musulman. Je reviendrai peut-être dessus plus tard. Le second est un article du quotidien The Hindu, daté de septembre 2013, qui évoque le grand nombre de jeunes femmes santali qui meurent pendant leur grossesse ou en couches faute de soins adaptés.

Tout en écrivant un conte, donc un texte qui tend à faire rêver ses jeunes lecteurs, je voudrais éviter le piège de l’idéalisation de la vie des campagnes indiennes. Il ne s’agit pas de dire « oh, regardez comme c’est formidable, la vie de ces tribus indiennes reculées, avec leurs beaux costumes et leurs fêtes pittoresques ! ». J’espère réussir à évoquer, ou au moins à suggérer, dans mon texte l’existence de réalités sociales souvent très dures.

L’article de The Hindu est intéressant, car il évoque plusieurs de ces réalités qui occupent malheureusement une place prépondérante dans le quotidien des adivasi indiens : la corruption des autorités, la dureté de la condition féminine, la difficulté d’accès à la santé et l’éducation,  le fait que, parlant des langues minoritaires et étant méprisés par le reste de la société, ils ont souvent du mal à faire reconnaître leurs droits quand ils ont été floués…

L’article retrace l’histoire de plusieurs jeunes femmes santali vivant dans une région reculée du Jharkhand, un Etat à forte population tribale. L’une d’entre elles, âgée de 19 ans, est morte à 8 mois de grossesse faute d’avoir pu trouver un véhicule pour l’emmener au dispensaire le plus proche, à 20 km de son village. Une autre a succombé à une hémorragie après avoir accouché.

Le journaliste souligne que les Santals se nourrissent essentiellement de riz et de pommes de terre et que la majorité des femmes souffrent de carences en fer. Le gouvernement est censé distribuer des compléments de fer aux femmes enceintes, dont chacun coûte 20 paise (100 paise = 1 roupie, 85 Roupies = 1 euro…), mais cette distribution semble pour le moins erratique.

Un système d’ambulances gratuites pour les femmes des régions rurales du Jharkhand a également été mis en place en 2011 mais il est loin de couvrir tous les recoins de l’Etat et certains chauffeurs semblent peu enclins à se déplacer dans les villages des Santal.  Les familles doivent donc souvent s’endetter pour louer un véhicule afin d’emmener les femmes à l’hôpital. A ces frais élevés viennent ensuite s’ajouter les pots-de-vin à payer au personnel de l’hôpital… Se faire soigner est un véritable parcours du combattant.

Selon les chiffres du ministère indien des Affaires tribales, 68% des femmes tribales indiennes souffrent d’anémie, contre 55,3% des femmes indiennes en moyenne, et seuls 2,6% des foyers tribaux disposent d’un système d’assurance maladie, contre 31,9% de la population générale.

Lire l’article de The Hindu (en anglais)

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