Allahabad sans le Kumbh Mela

L'affiche du film Khumb Mela. @SDD

L’affiche du film Kumbh Mela. @SDD

Aujourd’hui, je suis allée voir au cinéma le documentaire indien dont tout le monde parle ces derniers temps : « Kumbh Mela », de Pan Nalin. Pendant deux heures, il emmène le spectateur au cœur du plus grand rassemblement humain du monde : la grande fête hindoue du Kumbh Mela, qui fait affluer tous les 12 ans  des millions de personnes à Allahabad, dans le nord du pays, pour un bain sacré au point de confluence entre le Gange, la Yamuna et un 3e fleuve, mythologique celui-là, la Saraswati.

Le réalisateur suit un petit nombre de personnages au milieu de cette marée humaine : un petit garçon fugueur débrouillard, un sadhu (ascète hindou) qui a recueilli un bébé abandonné, une famille qui a perdu son fils de 3 ans dans la foule. Ces histoires semblent assez scénarisées mais n’en sont pas moins émouvantes et le film est d’une beauté visuelle saisissante. Les plans larges sur la foule des pèlerins alternent avec les plans très serrés sur les visages.  Les scènes où des pèlerins livrent de profondes réflexions métaphysiques alternent avec celles montrant le cauchemar logistique que représente une telle concentration humaine.

Je n’ai jamais assisté au Kumbh Mela mais je suis en revanche allée visiter Allahabad en décembre 2012, juste avant la dernière édition de la manifestation (janvier 2013). La ville était en pleins préparatifs pour cet événement gigantesque mais encore relativement calme. J’avais beaucoup apprécié mon séjour dans la ville.

Voilà ce que j’avais écrit dans mon carnet à ce moment-là :

« Je ne regrette pas d’avoir ajouté cette grande ville de l’Uttar Pradesh à mon parcours. Elle se situe au premier abord aux antipodes de Varanasi (Bénarès), dont les ruelles de la vieille ville, où l’on patauge dans la boue et la bouse de vache, sont tellement étroites qu’une moto peut à peine y passer. Ici, un grand nombre de rues ressemblent presque à des autoroutes, tant elles sont larges et difficiles à traverser.

Le trajet en bus s’est bien passé, bien qu’une fois de plus le « conductor » (à ne pas confondre avec le « driver ») ait continué à crier « Allahabad, Allahabad ! » alors que de mon point de vue le bus était déjà largement rempli, sièges, travée centrale et espace à côté du chauffeur compris. Comment dans les jeeps et les tempos (auto-rickshaws collectifs), il est impressionnant de constater le nombre de personnes qu’on peut encore faire monter dans un véhicule plein !

A Allahabad, pas l’ombre d’un touriste étranger, ce qui me change de Bodhgaya et Varanasi. Rares sont les personnes à parler anglais, mais quelques-unes ont volé à mon secours quand je ramais pour trouver mon hôtel.

Cet après-midi, je suis allée voir les tombeaux moghols de Khusru Bagh, un site qui a la grâce du Taj Mahal, en moins étincelant et plus sobre. Seul l’intérieur d’un des trois tombeaux, malheureusement très dégradé, comporte des décorations florales sur un fond de marbre blanc. Il présente aussi de belles fenêtres ajourées. Le tombeau principal est celui du fameux Khusru, qui essaya de tuer son père Jahangir pour lui prendre le trône. L’un des autres est celui de sa mère, qui se suicida avec de l’opium, désespérée du conflit entre son mari et son fils.

les tombeaux moghols de Khusru Bagh

Les tombeaux moghols de Khusru Bagh

L'intérieur d'un des tombeaux

L’intérieur d’un des tombeaux

les tombeaux sont entourés d'un joli jardin

Les tombeaux sont entourés d’un joli jardin

Pour sortir du parc où se trouvent les mausolées, j’ai suivi un groupe de personnes, qui s’est avéré prévoir de passer à travers un trou aménagé dans un grand porche en bois. Devant moi, un jeune homme a mis un certain temps à faire passer son vélo par le trou. Je ne savais pas trop ce que j’allais trouver de l’autre côté. C’était en fait une zone de marché assez chaotique (pléonasme !), dont j’ai dû sortir pour trouver un tempo, qui m’a menée au « Sangam », à 7 km de là : le point où le Gange rencontre la Yamuna.

Sur les vastes terrains vagues bordant les fleuves, les préparatifs pour le Kumbh Mela, la grande fête hindoue qui voit affluer pèlerins et sadhus tous les 12 ans, battaient leur plein. De nombreuses tentes étaient déjà dressées, ainsi que des dizaines de petits bungalows de toile ondulée qui serviront de toilettes. Il y a déjà beaucoup de sadhus sur place,  mais peut-être est-ce le cas toute l’année, puisque le Sangam est un lieu de bain sacré.

L’eau de la Yamuna est censée être verte et limpide, celle du Gange brune et boueuse, mais franchement je n’ai pas bien vu la différence. J’ai fait une petite promenade en bateau au coucher du soleil, en compagnie d’une famille hindoue dont le père m’a gentiment invitée à me joindre à elle, me voyant seule sur la rive.

Le fleuve, ou plutôt les fleuves, puisque nous sommes allés jusqu’au point de jonction, étaient couverts d’oiseaux que les passagers des nombreux bateaux nourrissaient de sortes de chips, les faisant former de véritables nuages au-dessus de chaque embarcation.Quand ils s’envolaient tous en même temps, leur flot dessinait un second fleuve coulant au-dessus de l’eau, dans la lumière grise et rose du crépuscule.

Dans quelques semaines, les hommes en orange seront sans doute plus nombreux que les mouettes, qui seront peut-être effrayées par cette marée humaine. Je suis assez contente de ne pas visiter Allahabad pendant le Kumbh Mela mais d’en avoir tout de même un petit avant-goût. Quand je vois l’état d’épuisement dans lequel me met une journée « normale » dans une grande ville indienne, je me dis qu’il vaut mieux éviter les périodes d’affluence exceptionnelle. »

La ville d’Allahabad compte d’autres points d’intérêt dont je n’ai pas parlé dans mon carnet bien que je les ai visités. L’université de la ville est composée de très beaux bâtiments de style anglo-indien. La maison de la famille Nehru, qui donna (au moins) trois générations de dirigeants à l’Inde, permet de découvrir de nombreux effets personnels de Nehru et de contempler la pièce où il planifia la fin du Raj britannique avec Gandhi. Instructif et émouvant.

L'université d'Allahabad comprend de mangifiques bâtiments indo-européens

L’université d’Allahabad comprend de magnifiques bâtiments indo-européens

A Allahabad, on peut aussi visiter la villa de la famille Nehru, transformée en musée

A Allahabad, on peut aussi visiter la villa de la famille Nehru, transformée en musée

C'est dans cette maison que fut planifiée par Gandhi et Nehru la fin de la colonisation britannique

C’est dans cette maison que fut planifiée par Gandhi et Nehru la fin de la colonisation britannique

Une visite intéressante et émouvante

Une visite intéressante et émouvante

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