D’ici à là-bas

Magnifique mosquée de Lucknow

Magnifique mosquée de Lucknow

Ce soir, je vais m’endormir au-dessus de la France et me réveiller en Inde (enfin, si tant est que je dorme dans l’avion, ce qui n’est généralement pas le cas !). J’ai du mal à m’imaginer foulant le sol indien dans quelques heures. A chaque voyage en Inde, je ressens cette même impression : les réalités française et indienne sont si éloignées l’une de l’autre qu’elles s’excluent mutuellement, on est soit totalement dans l’une, soit totalement dans l’autre. Et quand on est rentré en France, on peine à croire que la réalité indienne continue à exister quelque part, qu’on en faisait partie seulement quelques heures plus tôt. Elle devient presque immédiatement un mirage.

Alors ce matin, avant de plonger dans le grand bain indien, j’ai envie d’imaginer qu’un petit Pierre, cousin (éloigné !) de mon petit Prakash, découvre l’Inde pour la première fois. Ce  petit Français débarque dans une grande ville indienne, et que voit-il ?

Il voit des vaches dans les rues. Mais cela ne le surprend pas outre mesure : tout le monde l’a prévenu qu’en Inde, les vaches faisaient la loi. Ce qui l’impressionne plus, ce sont ces gros buffles noirs tout en muscles qui déambulent dans les ruelles, et ce troupeau de canetons qu’une sorte de berger pousse devant lui avec un bâton, au milieu de la circulation. Il trouve la scène très mignonne, jusqu’au moment où un client arrête le berger, qui attrape un caneton par le cou et le fourre vivant dans un sac plastique !

Sur les trottoirs, Pierre découvre la cohorte des « walla« , les « gars qui » : le petit gars qui fait le thé, alias le chai-walla, l’iron-walla, qui repasse des chemises sur une table à repasser installée dans une minuscule cahute dont elle occupe tout l’espace, le rickshaw-walla, qui somnole dans le véhicule qui lui servira quelques instants plus tard à ramener chez elle, à grands coups de pédales, une matrone indienne bien sanglée dans son sari… Mais celui qui intéresse le plus Pierre, c’est le kaan-saaf-walla, qui nettoie les oreilles des passants avec de grands cotons-tiges ! A moins que ce ne soit le kulfi-walla, vendeur ambulant de glaces au lait et au miel, truffées de pistaches…

Pierre se familiarise avec les goûts indiens : celui du « Slice« , cette boisson en bouteille à la mangue, très populaire, celui des samossas, à la fois fondants et diaboliquement épicés, celui des naans moelleux et celui des parathas (pains feuilletés) croustillants.

Il voit avec surprise des hommes d’affaires en costume croiser des sadhus (ascètes hindous) couverts de cendres et juste vêtus d’un tissu orange, des McDonald’s voisiner avec des temples hindous multicolores. Il ne sait pas où donner de la tête, des yeux, des narines… Il comprend qu’on ait besoin d’un troisième œil, de six bras et d’une bonne douzaine de vies pour appréhender tout cela.

Très rapidement, Pierre prend l’habitude d’appuyer systématiquement sur deux interrupteurs quand il entre dans une pièce : un pour la lumière, un pour le ventilateur. Quand il reviendra chez lui, il continuera à chercher pendant quelques jours le 2e interrupteur sur les murs des pièces françaises. Il trouvera aussi les camions français bien tristes par rapport à leurs cousins indiens, couverts de peintures et décorés de guirlandes et de mini-autels clignotants dédiés à des dieux divers.

Comme à chaque fois que je retourne en Inde après ne pas y être allée pendant de longs mois, voire pendant quelques années, j’ai l’impression que je vais être à nouveau un petit Pierre perdu et hypnotisé par la grande ville indienne. Rendez-vous dans quelques jours pour savoir si c’est vraiment le cas !

Pour illustrer cet article, j’aurais pu choisir des photos de n’importe quelle grande ville indienne. J’ai choisi Lucknow, métropole d’Inde du nord injustement boudée par les touristes. Elle porte profondément la marque de son passé de capitale moghole, qui abritait une cour brillante et raffinée.

Comme toujours, cliquez sur les photos pour les agrandir.

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3 réflexions sur “D’ici à là-bas

  1. Magnifique ! ça donne envie de repartir avec toi ! Comme toute premières impressions, je garde aussi la moiteur de l’air à la descente de l’avion, et la musique entêtante des temples sikhs, alternant avec le muezzin. Bon voyage de la part de la Bruneval familiy !

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