21 heures en « sleeper class »

Un petit Prakash dans le train !

Un petit Prakash dans le train !

Vingt-quatre heures après mon arrivée en Inde, me voilà embarquée dans le premier d’une longue série de trajets en train de mon séjour : 21 heures de voyage pour rallier depuis Delhi la ville d’Adipur, au Gujarat. Et plus précisément dans la sous-région du Kutch, cet extrême ouest de l’Inde, qui tire son nom de sa forme, celle d’une carapace de tortue (comment, vous ne savez pas dire « carapace de tortue » en gujarati ?).

Comme toujours, je voyage en sleeper class, l’équivalent de la 2nde classe chez nous. Un choix qui m’a valu la désapprobation de mes hôtes à Delhi, des kshatriya (la deuxième plus haute caste, après les brahmanes, celle des guerriers et des princes) qui ne voyagent que dans les wagons climatisés des trains. Mais j’ai de bonnes raisons d’aimer la sleeper class : d’abord, l’absence d’air conditionné (il y a des ventilateurs au plafond des wagons) fait qu’on y voyage toutes fenêtres ouvertes, ce qui donne des vues imprenables sur le paysage, derrière les barreaux horizontaux des fenêtres. Ensuite, on y rencontre une grande variété de voyageurs des classes moyennes indiennes, dont beaucoup de familles. Enfin, mais ce n’est pas l’essentiel : le budget. Voyager pendant une journée entière pour l’équivalent de 7 euros, ça vaut le coût !

Ce bleu caractéristique des trains indiens...

Ce bleu caractéristique des trains indiens…

Me voilà donc installée pour 21 heures sur une banquette bleue, avec au programme la traversé de tout le Rajasthan de part en part pour atteindre le Gujarat.  J’ai choisi, lorsque j’ai réservé mon billet, la couchette du haut, celle qui permet d’être le mieux isolé du flot des passagers et des petits vendeurs dans les travées. Mais pour l’instant, deux hommes sont juchés sur ma couchette, chassés du bas du wagon par la grande affluence. Plus tôt, un jeune musulman est aussi monté sur « ma » couchette pour y faire sa prière, après avoir sorti son calot et son tapis de prière.

Le train est particulièrement plein aujourd’hui car les Indiens entament une longue série de jours fériés : l’anniversaire de Gandhi est suivi par une fête hindoue puis une fête musulmane.

Je me réhabitue rapidement à la voix incroyablement nasillarde des vendeurs de thé qui parcourent les wagons en criant « chai,chai ». La première fois que je suis venue en Inde, j’ai  bien cru qu’on leur avait fermé une porte sur le pied ! Depuis 4 heures, j’ai aussi vu passer des vendeurs de noix de coco tranchées, de bouteilles d’eau et sodas, de « paper soap » (je ne suis pas sure de savoir ce que c’est), de mélange d’oignons crus, pois chiches et rondelles de tomates, de jouets en plastique, de samossas…

Au début du voyage, alors que nous quittions à peine la gare d’Old Delhi, il y a aussi eu ce petit garçon portant une grosse moustache dessinée sous le nez, qui a fait des cabrioles et joué du tambourin dans la travée centrale. Plusieurs mendiants aveugles, musiciens ou non, et un homme aux jambes atrophiés, qui se déplaçait sur ses bras, la tête au niveau de la couchette du bas, sont aussi passés au milieu des voyageurs.

Je ne vais pas dire que les 21 heures vont passer en un clin d’œil, car mon dos et mes fesses commencent à me faire un peu mal, mais en tout cas on ne risque pas de s’ennuyer.

Les paysages que nous traversons sont très verts, bien que le Rajasthan soit un Etat semi-désertique. On voit que la mousson vient tout juste de se terminer. Je viens d’apercevoir un dromadaire par la fenêtre. Jusqu’à présent, j’avais surtout vu des chèvres, des vaches et des buffles.

Pour mes co-voyageurs, c’est moi le drôle d’animal. Sur le quai de la gare d’Old Delhi, j’ai eu un joli échange mi-anglais mi-hindi avec une petite fille d’environ 10 ans qui attendait le même train que moi. Elle m’a dit vouloir être « army officer » plus tard. J’espère que Ganesh l’y aidera, si c’est ce qu’elle souhaite. Elle s’est empressée de me prendre en photo avec le téléphone portable de son père.  Dans le wagon, mon voisin m’a posé cette question qu’on me pose si souvent en Inde : « sister, which country do you belong ? ». Il était ravi que je lui dise que je venais en Inde pour la 7e fois et que j’aimais beaucoup l’Inde. Il m’a ensuite parlé d’une émission de radio qu’il avait entendu, où un Indien qui revenait de France racontait que c’était un beau pays, où les gens étaient honnêtes, mais qu’il avait été choqué le fait que les Français abandonnaient leurs « vieux » dans des maisons de retraite.

Je vois l’Inde changer d’un séjour dans le pays à l’autre au nombre de passagers des trains qui écoutent de la musique ou jouent sur leur téléphone portable. Cette fois-ci, dans mon wagon, un jeune homme regarde un film sur son ordinateur portable.

Un quai de gare aperçu depuis le train

Un quai de gare aperçu depuis le train

Le voyage devient un peu plus sportif à Jaipur, où une foule compacte d’hommes monte dans le train, qui prend un faux air de métro parisien à heure de pointe. Il se met à faire très chaud et comme le soleil s’est couché (vers 18h30), et que certaines ampoules sont cassées, il n’est plus possible de lire. Heureusement, une grande partie de cette foule descend au bout d’environ une heure 30 de trajet. Je peux alors m’occuper sereinement d’intercepter d’abord le « tomato-soup-walla » (qui partage les qualités vocales du chai-walla) puis le vegetable-biriyani-walla, avant de m’installer pour la nuit sur ma couchette, au ras du plafond, en prenant soin de ne pas me faire attraper une mèche de cheveux par le ventilateur.

Après une nuit plutôt bonne malgré les allées-et-venues des voyageurs et les violents sifflements des trains croisés, je suis descendue vers 8h30 dans la petite gare d’Adipur, au Gujarat, sur laquelle peu de voyageurs jetaient leur dévolu. La première étape du « projet-Prakash » pouvait commencer !

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4 réflexions sur “21 heures en « sleeper class »

  1. Beau souvenir que ces voyages en train indiens ! Entre les discussions sur les films Bollywood, le partage de photos, les gamins qui courent entre les sièges et le coucher de soleil qu’on peut admirer depuis la porte absente du wagon… que d’expériences !
    Bonne chance pour la suite !

  2. Je viens de prendre un train caen paris, et heureusement que j’avais embarqué des clémentines car pas d’apéro-walla pour se divertir en route…
    Je suppose que la couchette du haut en inde a le même avantage qu’en France, à savoir que le voyageur ressent plus de mouvements du train ce qui berce merveilleusement pour la nuit?

    • oui, on est bien bercé quand on est en haut. Par contre, le train s’arrête très souvent (définition d’un train Express en Inde : il met au moins 20 h à arriver à destination et il s’arrête toutes les 5 minutes !), ce qui induit des chocs et casse un peu le rythme !

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