En immersion au Rajasthan

Tonte des moutons par un Raïka

Tonte des moutons par un Raïka

Huit heures de bus, une nuit de train et une heure d’autorickshaw séparent mon étape précédente, Bhuj, de ma localisation actuelle, Sadri, au Rajasthan. Un village situé à quelques kilomètres du magnifique temple jaïn de Ranakpur, non loin d’Udaipur. Je suis d’autant plus contente d’être arrivée à Sadri que j’ai passé 24 h en « transit » à Ahmedabad, la capitale du Gujarat. Une ville très intéressante mais qui donne l’impression, au bout d’une journée, d’avoir avalé un pot d’échappement et un haut-parleur, tant le vacarme et la pollution sont omniprésents. Ici, je suis au contraire en pleine campagne et seuls les bêlements des moutons, le chant des oiseaux et les appels des paons se font entendre. L’air est pur, ce qui est bien agréable quand on sait combien il est chaud !

A Sadri, je rends visite à l’ONG LPPS, qui travaille avec les Raïka (cette caste d’éleveurs à laquelle j’ai choisi de m’intéresser) pour la protection des dromadaires et la valorisation des produits qui en sont issus (crottin, laine, lait). L’un des combats de LPPS tient à la popularisation du lait de dromadaire, que la loi indienne avait déclaré impropre à la consommation, avant de revenir en arrière. Lorsque je passe en autorickshaw le porche de LPPS, vers 8h00 du matin, je tombe presque nez à nez avec un groupe de jeunes dromadaires et d’adultes qui quittent le centre pour rejoindre des pâturages.

Un peu plus tard dans la matinée, l’un des employés de LPPS, Ramesh, m’emmène en moto vers le village de Latada, où vivent des familles raïka. Il me présente à la famille de Ganmaram, qui possède 20 dromadaires et une centaine de moutons. La mère de famille, Ganga, porte un anneau en or dans la narine et de gros bracelets en plastique blanc qui recouvrent entièrement ses bras, du coude à l’épaule, signe qu’elle est mariée.

Sur les cinq enfants du couple, seule la jeune Pushpa, jolie adolescente de 13 ans, est présente. J’apprends que son mariage a été conclu quand elle avait un an mais qu’elle n’ira vivre avec son mari que dans sept ou huit ans. En attendant, elle aide sa mère à la maison pendant que ses deux plus jeunes frères vont à l’école (le deux plus grands sont mariés). Ces familles raïka semblent plus conservatrices que les Rabari rencontrés au Gujarat (Rabari et Raïkas appartiennent à la même communauté tout en portant des noms différents). Ramesh m’apprend qu’il y a quelques mois, le conseil du village a chassé de Latada un jeune homme parce qu’il s’était marié en dehors de la communauté, avec une femme d’Inde du Sud.

La jeune Pushpa de ma

La jeune Pushpa de ma « famille d’accueil »

Après m’avoir présentée à la famille, Ramesh m’emmène voir un espace où sont réunis des hommes rabari, occupés à tondre des moutons, avec de grands ciseaux. Ils ont fière allure, avec leur turban rouge et leurs boucles d’oreilles en or. Un vieil homme prépare de l’opium, en le filtrant à travers des chiffons. Après en avoir bu quelques gouttes versées dans le creux de sa main droite, chaque homme s’exclame « Ram Ram ! » (salutation et invocation du dieu hindou Ram).

Tonte des moutons par un Raïka

Tonte des moutons par un Raïka

Dans la famille de Ganmaram, les hommes partent en itinérance avec les troupeaux quatre mois dans l’année, pendant l’hiver, et passent les huit autres au village. La période du départ, aux alentours de la fête de Diwali (fin octobre), approche. Ce semi-nomadisme est plus une obligation liée à la raréfaction des pâturages qu’un choix de vie. Je regrette de ne pas pouvoir mieux pouvoir communiquer avec les Raïka pour bien comprendre comment ils vivent cette période de l’année. En effet, ils parlent marwari et ne comprennent pas bien mon hindi (mon accent y est peut-être pour quelque chose…).

Au cours de la journée, j’assiste coup sur coup à la naissance de deux agneaux, dans la cour de maison de la famille qui m’accueille. Ganga donne de sa personne pour aider les petites bêtes à sortir et les nettoyer. Pour moi qui n’ai pas l’habitude de ce spectacle, regarder les agneaux faire leurs premiers pas sera le grand plaisir de l’après-midi. J’essaie aussi d’aider Ganga et sa fille, qui s’activent sans cesse, entre corvée d’eau (il y a un robinet dans la cour mais l’eau n’y vient que de temps en temps, donc il faut en profiter pour remplir le maximum de récipients), balayage de la cour, cuisine, ramassage de bois pour la cuisine et de fourrage pour les bêtes.

Naissance d'un agneau

Naissance d’un agneau

Naissance d'un agneau (bis !)

Naissance d’un agneau (bis !)

LPPS accueille depuis plusieurs mois un jeune chercheur américain d’origine indienne, que j’ai rencontré ce matin. Il mène une étude sur le diabète chez les Rabari, cherchant à déterminer si les changements intervenus dans leur mode de vie depuis 10 ans ont conduit à une augmentation de la prévalence de la maladie. Empiriquement, à voir les jambes noueuses des hommes et la minceur, pour ne pas dire la maigreur, des femmes, j’ai tendance à penser que non. Aujourd’hui, au déjeuner, Ganga m’a donné toute une pile de « roti » (galettes) qu’elle venait de cuire, accompagnés de sauce aux haricots, mais elle n’a donné que 2 roti et l’équivalent d’une cuillère à soupe de légumes à sa fille.

Ganga, la mère de Pushpa

Ganga, la mère de Pushpa

Les femmes raïka mariées rabattent leur voile sur leur figure en présence d’hommes autres que leur mari. Elles ont très peu de contacts avec les frères aînés de celui-ci mais peuvent en revanche, si j’ai bien compris, montrer leur visage et plaisanter avec ses frères cadets.

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3 réflexions sur “En immersion au Rajasthan

  1. hébé le deuxième agneau il est tout jaune??! C’est la sauce au curry? z’auriez pu attendre un peu avant de le transformer en rôti…

  2. Pingback: A propos d’amour… | Sur les pas de Prakash

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