Jodhpur : les Raïka, la moto magique et le maharaja

Vue sur la ville depuis le fort

Vue sur la ville depuis le fort de Jodhpur

La journée de jeudi a été très spéciale. En effet, c’était le jour du lancement officiel du livre Camel Karma, dans lequel la co-fondatrice de LPPS, la vétérinaire Ilse Köhler-Rollefson, raconte les 20 années qu’elle a consacrées à la protection de la « camel culture » du Rajasthan. Le livre étant préfacé par le maharaja de Jodhpur, « son altesse » Shri Gaj Singhji II de Jodhpur, le lancement avait lieu dans le décor grandiose du fort de Jodhpur, qui domine cette ville du Rajasthan célèbre pour ses maisons bleues (à l’origine, celles des brahmanes).

Gracieusement invitée par LPPS à prendre part à l’événement, je suis montée à 5 heures du matin dans une voiture aux côtés de l’équipe de l’ONG et nous avons fait le tour de villages des environs pour embarquer des membres éminents de la communauté raïka. Parmi eux se trouvait Dailibai Raïka, une dame que LPPS a encouragée à devenir la première femme porte-parole de sa communauté et qui s’est rendue avec l’ONG à des forums de peuples pastoraux dans de nombreux pays, de la Suisse au Kenya (elle a trouvé le Kenya assez semblable à l’Inde mais n’a pas aimé la gastronomie suisse !).

Sur la route de Jodhpur, nous nous sommes arrêtés dans un temple un peu particulier, celui d’Om Bana. Une moto y est vénérée sous le nom de Bullet Baba. L’histoire raconte que son conducteur est mort dans une collision avec un arbre sur cette route. Quand les policiers ont emmené la moto au commissariat le plus proche, elle s’est « échappée » pour revenir d’elle-même jusqu’à l’arbre. Le même scénario se serait déroulé plusieurs fois de suite. Beaucoup de ferveur entoure ce bizarre petit sanctuaire.

Tous le groupe arrive à Jodhpur

Tout le groupe arrive à Jodhpur

Dans le fort de Jodhpur, nous nous sommes installés dans le joli jardin installé derrière les hautes murailles. Sur le podium, un des hommes raïka, à la barbe blanche soigneusement peignée, était assis tout près du maharaja, pour lequel les Raïka semblent avoir un immense respect. Ilse Köhler-Rollefson a dit quelques mots sur l’importance de protéger le dromadaire et le mode de vie que son élevage sous-tend, alors que la population de ces animaux a décru de 60% en 10 ans dans l’Etat du Rajasthan. Elle a rappelé que c’est un maharaja de Jodhpur qui a introduit le dromadaire dans la région, au XIVe siècle.

Une fois le lancement du livre proprement dit terminé, les Raïka ont exprimé le souhait de ne pas repartir tout de suite dans leur village, à 3 heures de route de Jodhpur, mais de visiter le fort. J’ai pu les accompagner dans la visite, avec d’autres membres de LPPS. L’occasion d’assister à d’intéressantes interactions entre ces Indiens des campagnes profondes du Rajasthan, et les Indiens des classes moyennes et supérieures qui visitaient le site. Nombre de touristes indiens souhaitaient prendre les Raïka, avec leurs bijoux traditionnels, leur turban et leur longue moustache, en photo.

Pourtant, ironiquement, ces représentants de cette communauté rurale, ne parlant ni anglais ni hindi, avaient probablement plus voyagé de par le monde que beaucoup d’entre eux, grâce à LPPS, qui fait partie d’une structure qui fédère les peuples de pasteurs de tous les continents.

Dans le fort de Jodhpur

Dans le fort de Jodhpur

Les Raïka dans le fort de Jodhpur

Les Raïka dans le fort de Jodhpur

VIsite du fort

Les Raïka ont admiré les pièces couvertes de miroirs et de fresques du fort, ont apprécié les collections d’armes et n’ont pas voulu achever la visite sans avoir fait un détour par le temple hindou que renferme le fort.

Cette journée riche en émotions s’est terminée par un joyeux déjeuner-dîner pris à 18 heures dans une dhaba (un petit restaurant au bord de la route) puis un retour dans les villages respectifs de chacun à prêt de minuit, au prix du dérangement de nombreuses vaches qui avaient déjà pris leurs quartiers au milieu de la route pour la nuit !

Jodhpur, la célèbre ville bleue

Jodhpur, la célèbre ville bleue

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5 réflexions sur “Jodhpur : les Raïka, la moto magique et le maharaja

  1. Je note le conditionnel concernant le scénario de la moto qui se « serait » déroulé plusieurs fois de suite ! cette histoire a beaucoup intrigué Clément et Simon. Les portraits en gros plan des Raika sont magnifiques !

  2. Oui moi aussi je veux plus d’explications sur le rôle des maharadja aujourd’hui. Qu’a-t-il dit de marquant celui que tu as rencontré? Aviez-vous une voiture pour toute cette délégation?! Dans ce cas il n’ya pas que la moto qui est magique.

    • oui, la fière délégation se déplaçait en voiture ! Et pour les maharaja, si je me souviens bien, les familles princières du Rajasthan ont eu le droit de garder leurs titres et leurs terres après l’indépendance tout en étant intégrées a la nouvelle nation (ils ne faisaient pas vraiment partie des Indes britanniques), jusqu’au moment ou Indira Gandhi a dit que ça suffisait et a beaucoup limité leurs privilèges. Depuis, certains sont entres en politique, en devenant député par exemple. Ils font aussi pas mal de choses pour la protection du patrimoine. c’était intéressant de voir le grand respect avec lequel les Raika regardaient le maharaja de Jodhpur. Il a fait un cours discours sur l’importance symbolique du dromadaire au Rajasthan et la nécessite de le préserver.

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