Au pays des 62 tribus

Mon séjour dans les collines du sud de l’Orissa, à l’est de l’Inde, vient de prendre fin. J’en ressors éblouie par la beauté des paysages, le contraste saisissant entre la terre rouge, le vert sombre de la jungle et le vert clair des champs, ponctué des tâches aux couleurs vives des vêtements des femmes tribales.

Moins pudique que la majorité des femmes indiennes, elles ne portent qu’un tissu enroulé autour du corps, sans blouse ni jupon, laissant voir leurs bras, leurs épaules et leurs jambes jusqu’aux genoux.

L’Orissa abrite 62 « tribus » (le gouvernement les appelle les « tribus répertoriées », on parle aussi des « Adivasi », les « premiers habitants » de l’Inde) différentes et c’est justement cette mosaïque ethnique qui m’a attirée ici. Au cours de mon séjour, j’ai essentiellement côtoyé des Poraja et des Kondh.

Famille de l'ethnie khond

Famille de l’ethnie kondh

Moi qui cherche à travers ce voyage à refléter une petite partie de la diversité géographique et humaine de l’Inde, je suis servie. Non seulement les paysages de l’Orissa n’ont rien à voir avec ceux, très arides, du Gujarat et du Rajasthan, que je viens de traverser, mais les mœurs des Poraja et des Kondh n’ont rien à voir avec celles des Raïka (qui constituent une caste, non une tribu, au regard du gouvernement indien).

Les Raïka sont des éleveurs mais ne tuent pas leurs animaux, tandis que les Poraja sacrifient des animaux, notamment des chèvres, à l’occasion de fêtes religieuses. Les Kondh pratiquaient même le sacrifice humain jusqu’au milieu du XIXe siècle. Quand les Britanniques ont interdit cette pratique, ils se sont rabattus sur les sacrifices d’animaux.

Les bêtes étaient omniprésentes dans les villages que j’ai visités. Des poussins entraient et sortaient sans cesse des maisons basses, peintes de couleurs vives, tandis que des veaux et des agneaux se promenaient entre les maisons.

Tandis que les Raïka ont un type physique plutôt persan, les Kondh et les Poraja sont plus sombres de peau, avec des nez épatés et parfois des cheveux bouclés.

Comme la plupart des « tribus » indiennes, celles du sud de l’Orissa sont soumises à une forte pression liée à la modernisation rapide du pays. Le sous-sol de l’Etat est riche en minerais, notamment en bauxite, ce qui a conduit à plusieurs conflits entre des tribus voulant rester sur leurs terres ancestrales et de grandes compagnies minières.

L’alcoolisme constitue un gros problème parmi ces populations. Certains marchés tribaux de la région ont la triste réputation de conduire chaque semaine, une fois les ventes terminées, à des beuveries dans lesquelles des familles entières, enfants compris, finissent ivres morts.

Je n’ai pas assisté à cela, mais une vieille dame poraja qui avait été chargée de me raconter les contes de son village a bu une quantité impressionnante d’alcool de riz au cours de l’après-midi que nous avons passé ensemble et j’ai vu plusieurs fois des villageois, hommes et femmes, tituber sur la route, en plein jour.

Poiti, la vieille dame poraja qui me raconte des histoires

Poiti, la vieille dame poraja qui m’a raconté plein d’histoires

Malgré ce problème, j’ai reçu un très bon accueil dans les villages poraja et khond et sur les marchés où je me suis rendue. Les villages ne se trouvent pas au bord des routes mais au bout de petits chemins, au milieu des champs. Voilà qui donne l’occasion de slalomer entre les rizières vert fluo en écoutant tinter les cloches des vaches.

Scène campagnarde, sud de l'Orissa

Scène campagnarde, sud de l’Orissa

Infos pratiques : dans le sud de l’Orissa, j’ai séjourné à Chandoori Sai, une résidence de tourisme durable mise sur pied par un sympathique Australien, Leon. Chandoori Sai se situe en pleine campagne, vraiment au beau milieu de nulle part, dans un environnement naturel somptueux. On peut y accéder en train depuis Vishakapatnam (quand un cyclone ne détruit pas l’aéroport de la ville au moment où on s’apprête à s’y rendre, comme cela a été le cas pour moi !) ou depuis Bhubaneshwar, la capitale de l’Orissa.

Chandoori Sai a été construit en utilisant les techniques traditionnelles des villages poraja des environs. Les plafonds des chambres sont en bambou tressé et il y a de belles poteries partout. Toutes les employées sont des femmes des environs. Leur gentillesse et leur disponibilité facilite beaucoup les interactions avec les villageois, bien loin de cette forme de « tourisme tribal » agressif qui s’est développé dans l’Orissa.

Seul inconvénient, mais minime quand on ne passe que quelques jours sur place : les téléphones portables passent difficilement et les coupures d’électricité peuvent durer des journées entières (mais là encore, le cyclone rendait la situation pire que la normale lors de mon séjour).

Le village de Goudaguda, où est installé Chandoori Sai

Le village de Goudaguda, où est installé Chandoori Sai

Je me suis acheté un sari local, que les "filles" de Chandoori Sai m'ont mis sur mes vêtements

Je me suis acheté un sari local, que les « filles » de Chandoori Sai m’ont mis sur mes vêtements

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6 réflexions sur “Au pays des 62 tribus

  1. Super ton Sari, il est magnifique !

    Petite question, à te lire, on a l’impression que chaque Tribu se spécialise dans un métier particulier (éleveur, Sacrificateur, Abattoir, etc.) , le système de caste dont on parle souvent est il aussi présent entre les différents tribus ou coexiste-t-il à l’intérieur de la tribu?

    Biz
    Js

    • Merci JS ! Ta question est compliquée. Je ne pense pas me tromper en disant que certaines tribus sont plus « hindouisées » que d’autres, c’est à dire que leurs croyances traditionnelles et leur organisation sociale sont plus influencées par la culture dominante, l’hindouisme. Mais les populations tribales sont toutes considérées comme des « hors caste » par les hindous « de caste ». Beaucoup de groupes ethniques vivaient encore récemment de la récolte des produits de la forêt et se sont sédentarisés sous la pression des autorités et parce que les accès aux espaces et ressources naturels ont été limités. Certaines des tribus du sud l’Orissa pratiquaient ou pratiquent encore la culture itinérante. Pour la jeune génération, les activités pratiquées se diversifient de plus en plus. Je n’ai pas l’impression que la répartition des taches soit aussi rigide que dans le système des castes.

  2. Comment fais-tu pour communiquer avec les gens ? Tu as un interprète ? ils comprennent l’Hindi/l’anglais ? La chanson de Poiti ne me semble pas être en anglais !

    • Différentes personnes me servent d’interprètes à chaque étape. Pour Poiti c’était un peu compliqué, parce qu’elle parlait poraja, non oriya, la langue de l’Orissa. Mais une des jeunes femmes employées par Chandoori Sai (la Guesthouse) m’a servie de traductrice. Elle parlait peu anglais, la traduction était de l’ordre de « Cow… Tiger… Eating », mais l’histoire finissait par prendre forme !

  3. Pingback: Les grands moments du « Prakash tour  | «Sur les pas de Prakash

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