A la pêche aux histoires

Jeunes garçons de Bishnubati

Jeunes garçons santals de Bishnubati

Voilà trois histoires, parmi plein d’autres, que m’ont racontées des enfants et des femmes du village santal de Bishnubati, au Bengale occidental. J’essaie en effet, à chaque étape de mon voyage, de recueillir un maximum d’histoires auprès des communautés que je rencontre. J’y picorerai ensuite des éléments pour écrire ma propre histoire.

Le tisserand et sa rizière

Un homme exerce le métier de tisserand mais il possède aussi une rizière. Il plante du riz tous les ans et prie Dieu pour que la récolte soit bonne. Un jour, tôt le matin, il prie à haute voix dans son champs. Un homme occupé à faire ses besoins à proximité l’entend et lui répond en se faisant passer pour Dieu. Il lui conseille de venir le lendemain récolter le riz mais d’abord de déposer des vêtements dans un coin de la rizière. Le tisserand obéit. Le lendemain, il revient et coupe les plants, mais ils ne sont pas mûrs, il n’y a pas de riz dedans.

Moralité : mieux vaut exercer sa profession plutôt que de chercher à avoir toujours plus.

Un de mes raconteurs d'histoires

Un de mes raconteurs d’histoires

Les fils bleus et rouges

Un homme part dans la jungle pour couper du bois. Il s’assoit sur une branche et est occupé à couper une branche quand celle sur laquelle il est assis se casse. Il tombe. Un autre homme qui passe par là se moque de lui. « Tu ne sais même pas couper une branche ! ». Le premier lui répond qu’il n’a qu’à essayer, que la même chose va lui arriver, et il s’éloigne dans la forêt. Le moqueur monte à son tour dans l’arbre et effectivement la branche sur laquelle il s’assoit se casse et il tombe. Il rattrape l’autre homme en courant et lui dit : « Tu savais que j’allais tomber ! Toi qui sais tout, sais-tu quand je vais mourir ? ». L’autre répond : « Oui, je le sais. Tu mourras quand tu verras des fils bleus et rouges tissés ensemble ».

L’homme rentre chez lui. C’est l’hiver, il fait froid. Il demande un vêtement chaud à sa femme, qui lui apporte un vêtement aux fils bleus et rouges. Bouleversé, l’homme dit à sa femme : « tu sais que je suis déjà mort ? ». Les villageois s’assemblent et disent que puisqu’il est mort, ils vont brûler son corps. L’homme refuse d’être brûlé mais accepte d’être enterré, à condition que ce ne soit que jusqu’au cou. Les villageois l’enterrent donc, ne laissant dépasser que sa tête.

La nuit vient, et avec elle une troupe de voleurs, qui souhaitent cambrioler la maison du roi. Un voleur bute sur la tête de l’homme. Il croit que c’est une pierre et nettoie sa chaussure dessus. L’homme s’écrie « Qui êtes-vous ? », provoquant la fuite des voleurs. Mais l’homme les rappelle, leur expliquant ce qu’il fait là. Les voleurs le déterrent et il les accompagne à la maison du roi. Les voleurs lui demandent d’aller voler la couronne du roi.

L’homme parvient à rentrer dans la maison et trouve le roi qui dort sous une moustiquaire. Il porte un tissu aux fils bleus et rouges. L’homme croit donc qu’il est mort. N’ayant jamais vu de moustiquaire, il a l’impression que le roi se trouve dans une grande boîte. Il ressort et dit aux voleurs qu’il n’a pas trouvé la couronne. Les voleurs le renvoient à l’intérieur. Il entre sous la moustiquaire, le roi se réveille et, effrayé, lui demande qui il est. Il explique qu’on l’a envoyé pour voler la couronne. Le roi lui promet de lui donner tout ce qu’il voudra en échange de l’identité des voleurs. L’homme reçoit de nombreux cadeaux du roi, ainsi que plein de choses délicieuses à manger.

Ecolière de Bishnubati, qui fréuqente l'école de Boro Baski

Ecolière de Bishnubati, qui fréquente l’école de Boro Baski

Le roi et le coiffeur

Il était un fois un roi qui veillait sur le bonheur de ses sujets. Un jour, il décide que tous les coiffeurs doivent être tués. Un coiffeur, appelé Gurdu Lapit, parvient à s’enfuir et à quitter le pays. Après le massacre, le calme revient dans le pays.

Quelques années plus tard, tous les habitants ont les cheveux longs. Ils sont mal coiffés. Les gens se rassemblent et décident d’aller se plaindre au roi, qui a lui aussi les cheveux longs.

Le roi réfléchit à la situation et dit : «D’accord. Si quelqu’un réussit à trouver un coiffeur, qu’il me l’amène ». Un homme explique qu’il connait un coiffeur qui habite dans une contrée lointaine. Il amène ce coiffeur, qui n’est autre que Gurdu Lapit, au palais.

Le palais compte d’innombrables portes. Le roi emmène le coiffeur avec lui. Ils passent les portes une à une, qui se referment derrière eux… Le coiffeur a très peur. Finalement, ils arrivent à une petite pièce où ils s’asseyent. Le roi dit à Gurdu Lapit qu’il va lui révéler un secret mais qu’il le tuera s’il trahit ce secret. Le coiffeur promet de garder le silence. Le roi lui demande de lui couper les cheveux de façon à ce que les gens ne puissent pas voir qu’il a des cornes. Guru Lapit s’exécute. Le roi l’autorise à s’installer à nouveau dans le pays et à y exercer sa profession.

Au bout de quelque temps, Gurdu Lapit a très envie de révéler le secret du roi à quelqu’un. Plusieurs fois, il commence à parler mais il s’arrête, de peur d’être tué. Le poids du secret finit par lui donner mal au ventre. Un jour, dans la forêt, il voit un gros arbre avec un trou dans le tronc. Il confie le secret à l’arbre.

Quelques jours plus tard, les gens du village veulent organiser une fête pour célébrer le retour d’un coiffeur dans le pays. Ils décident de fabriquer des instruments de musique. Ils vont dans la forêt et coupent le gros arbre, d’où ils tirent des instruments.

Pendant la fête, ils commencent à jouer de leurs instruments. Ce ne sont pas des notes mais des mots qui en sortent. Le premier instrument dit « le roi a deux cornes, le roi a deux cornes !». Le deuxième dit « Qui vous l’a dit ? Qui vous l’a dit ? ». Et le 3e, un tambour, produit le son « Gurdu Lapit, Gurdu Lapit ! ». Le roi se lève, furieux et cherche le coiffeur, mais ne le trouve pas. La fête est annulée.

Cette histoire tourne un peu court à la fin mais je la trouve intéressante, notamment pour sa ressemblance avec l’histoire du roi Midas et ses oreilles d’âne !

Un point d'eau du village

Un point d’eau du village

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