Bienvenue chez les Khasi !

Shillong, capitale du Meghalaya, le "domaine des nuages"

Shillong, capitale du Meghalaya, le « domaine des nuages »

Après les Raïka, les Poraja et les Santals, me voilà chez les Khasi, une communauté installée au Meghalaya, une région de collines très humides qui borde le Bangladesh.

Dès que l’on pose le pied à Shillong, la capitale du Meghalaya, il est impossible d’ignorer que l’on se trouve en terre khasi : la plupart des établissements scolaires s’appellent « khasi highschool of Truc-bidule » et de nombreuses enseignes de restaurant indiquent la présence de plats khasi au menu. Je ne promets pas de goûter toutes les spécialités locales, comme le riz cuit dans du sang de porc !

Alors qu’à Guwahati, dans l’Assam, la majorité des habitants avaient le type physique d’Indiens « du continent » (si l’on considère que l’extrême nord-est du pays constitue une sorte d’île !) et seulement une minorité des traits du sud-est asiatique, ici les peaux pâles, les pommettes hautes et les yeux légèrement bridés sont la norme. Les saris se font également plus rares, souvent remplacés par des robes, des jupes ou un tissu à carreaux plus court qu’un sari, noué différemment .

Les Khasi sont majoritairement chrétiens, de telle sorte que les églises et les panneaux appelant le passant à se laisser sauver par Jésus sont bien plus nombreux que les temples de Kali ou de Ganesh.

Mon séjour dans la région a commencé par une grosse déception. J’espérais pouvoir assister au Nongkrem Dance festival, la grande fête annuelle au cours de laquelle les Khasi remercient Dieu pour les récoltes, avec moult chants et danses, ainsi que des sacrifices de coqs et de chèvres. Les jeunes filles non-mariées portent de magnifiques vêtements de soie pour ces danses.

J’avais sollicité à répétition l’office du tourisme du Meghalaya et une agence de voyage privée, qui n’avaient jamais pu me donner de date précise de l’événement, se contentant de dire que la fête avait généralement lieu pendant la première quinzaine de novembre. Or, cette année, elle s’est terminée le 1er novembre, veille de mon arrivée dans le nord-est indien… Bref, il reste des efforts de communication à faire pour développer le tourisme dans la région !

J’espère avoir d’autres occasions de découvrir comment les croyances et coutumes pré-chrétiennes des Khasi, qui ont une organisation matrilinéaire, se marient avec leur foi chrétienne. J’ai appris aujourd’hui une légende intéressante à cet égard :

Dieu a créé 16 familles, qui vivaient avec lui au ciel mais pouvaient descendre sur terre de temps en temps, grâce à une échelle en or qui conduisait à une colline. Un jour, des membres de ces familles demandèrent à Dieu si elles pouvaient s’installer sur la colline, pour s’occuper des terres et y faire régner la justice. Dieu accepta que 7 familles, les sept premières familles khasi, s’y établissent.

Quelque temps plus tard, un démon vint expliquer aux nouveaux habitants de la terre qu’ils devaient couper le grand arbre qui symbolisait l’échelle menant au ciel. S’ils ne le faisaient pas, ses branches empêcheraient bientôt les rayons du soleil d’atteindre la terre, prévint-il. Les hommes prirent peur et coupèrent l’arbre, mais le lendemain, ils découvrirent qu’il avait repoussé, et ainsi de suite tous les matins suivants.

Finalement, un oiseau leur révéla qu’un tigre venait chaque nuit lécher le tronc de l’arbre, ce qui permettait aux branches de repousser. Après avoir coupé une fois de plus les branches, les Khasi laissèrent donc leurs haches sur le tronc, lames vers l’extérieur. Quand le tigre vient, à son habitude, il tenta de lécher l’arbre mais se coupa la langue. Il s’enfuit en miaulant de douleur et ne revint plus. Les hommes purent donc couper l’arbre une fois pour toutes.

Au lieu d’avoir plus de lumière, les habitants de la terre se trouvèrent alors plongés dans de profondes ténèbres. Ils se réunirent en assemblée et décidèrent de demander l’aide de Dieu. Celui-ci accepta que le soleil revienne, à condition que quelqu’un se sacrifie. Le seul être qui accepta de se sacrifier fut un coq. Grâce à lui, le soleil se leva à nouveau. C’est pour cela que le chant du coq indique que le lever du soleil est proche.

Aujourd’hui, pour les Khasi chrétiens, le coq est le symbole du Christ qui donne sa vie pour sauver les hommes. Intéressant, non ?

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3 réflexions sur “Bienvenue chez les Khasi !

  1. Pas mal cette légende sur le coq !

    Tu dois voir pas mal d’exemples de synchrétisme, as-tu pu discuter avec un prêtre ou un religieux sur l’acceptation de ces croyances/pratiques dans le canon catholique ?

    (et puis le riz cuit dans le sang de porc, c’est un peu comme notre boudin non? 🙂 )

    A très bientôt!

  2. salut JS ! A l’occasion, tu demanderas à Alex ce qui se passe quand on essaie de me faire manger du boudin noir ! Concernant ta question intéressante sur le syncrétisme, j’ai l’impression que l’Eglise porte un regard plutôt bienveillant sur ces légendes et qu’elle a bien réussi à s’appuyer sur elles et sur le fait que l’éthique traditionnelle des Khasi est proche de la morale chrétienne pour s’implanter dans la région.

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