Là où les cobras crachent leur venin…

Un cobra blanc sous  la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Un cobra blanc sous la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Au Rajasthan, j’ai dormi au milieu des dromadaires. Dans l’Assam, je suis allée taquiner les rhinocéros unicornes. Au Tamil Nadu (sud-est de l’Inde), pour la dernière étape de mon voyage, place aux animaux à sang froid !

J’ai inauguré mon séjour dans la région par une visite à la « Madras Crocodile Bank Trust and Center for herpetology », une institution qui fait à la fois office de zoo spécialisé et de centre de recherche et de conservation pour des espèces de tortues, de serpents et de crocodiles.

Je ne nourris pas de passion secrète pour les serpents et les crocodiles. Mon intérêt pour ce lieu tient au fait qu’il emploie de nombreux Irula, des membres du groupe tribal du Tamil Nadu que j’ai décidé de faire figurer dans mon livre.

Les Irula sont connus pour leur bonne connaissance des plantes médicinales et leur habileté à attraper les serpents. Il y a encore quelques décennies, ils vivaient de la chasse et de la récolte des produits de la forêt (bois, cire, miel, racines…). Les lois de protection de la nature adoptées dans les années 1970 les ont obligés à abandonner ce mode de vie. Ne possédant pas de terre, les Irula sont alors souvent devenus ouvrier agricoles.

Une loi sur la protection de la faune sauvage leur a également interdit de tuer les serpents pour vendre leur peau.Mais à partir des années 1980, les Irula se sont organisés en coopérative pour récolter et vendre le venin des serpents qu’ils attrapent. Ce venin, utilisé pour fabriquer des antipoison et des traitements contre le cancer, est recueilli sans tuer l’animal. Les Irula peuvent ainsi continuer à tirer un revenu de leurs talents traditionnels de pisteurs et attrapeurs de serpents.

Des créatures qu'on n'aimerait pas croiser au détour d'un chemin !

Des créatures qu’on n’aimerait pas croiser au détour d’un chemin !

A la Crocodile Bank, j’ai pu assister à la « traite » des serpents, effectuée sous les yeux des visiteurs par des Irula aux gestes très sûrs. Dans une sorte de préau, des dizaines de pots en terre contenant des serpents étaient alignés. Un homme allait y puiser les animaux avec un bâton muni d’un crochet et les passait à un de ses collègues, qui leur faisait cracher leur venin dans un récipient. Une troisième personne marquait ensuite le serpent, de façon à ce qu’il ne soit pas prélevé plusieurs fois.

L’opération était spectaculaire quand de gros serpents passaient de mains en mains. Un cobra blanc m’a laissé une impression particulièrement forte.

Le cobra blanc

Le cobra blanc

Chaque serpent est gardé pendant un mois à la Crocodile Bank. Au cours de ce mois, il est « trait » quatre fois, avant d’être relâché. Un Irula qui amène un cobra au centre est payé 2.000 Rs (1 euro = environ 80 Rs). A titre de comparaison, un manœuvre agricole gagne environ 130 Rs par jour de travail.

L’Inde compte 50 espèces de serpents venimeux, qui causent la mort d’au moins 25.000 personnes par an (ce chiffre ne comprend que les personnes qui ont été amenées dans les hôpitaux, pas celles qui ont été soignées par des guérisseurs traditionnels), selon les données de la Crocodile Bank.

Néanmoins, l’activité de la coopérative des attrapeurs de serpents irula semble être sur le déclin. Si j’ai bien compris, cela est dû en bonne partie au développement de sociétés de nanotechnologies, qui parviennent aujourd’hui à créer des antipoison à partir de quantités infimes de venin de serpent. Des lourdeurs bureaucratiques seraient aussi en cause.

Quel que soit l’avenir qui attend la coopérative, il est intéressant de constater que les connaissances ancestrales de tribus placées tout en bas de l’échelle sociale indienne peuvent rendre de grands services à la médecine moderne.

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Pour en savoir plus, lisez mon article sur le même thème sur le blog « Making of » de l’AFP.

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4 réflexions sur “Là où les cobras crachent leur venin…

  1. Si les serpents peuvent être « traits » plusieurs fois, ça veut dire que leur venin se reconstitue après la traite, autrement dit, que quand ils sont relâchés dans la nature, ils sont encore venimeux ? Mais j’imagine que si le Centre voulait les rendre inoffensifs, il serait ensuite obligé de les garder à vie dans ses locaux, puisqu’ils ne seraient plus capables de chasser par eux-mêmes.
    ..

  2. Est-ce que, si un Irula est mordu par un serpent qu’il apportait au Centre, ou au cours des opérations de traite, sa famille est indemnisée par l’employeur ? Est-ce que le droit du travail indien prévoit une protection en ce sens ?

    • Oui, la coopérative prévoit un système d’assurance avec indemnisation en cas de décès pendant les activités des chasseurs de serpents. Elle fournit aussi une assurance maladie à ses membres. C’est une belle structure, mais elle ne donne du travail qu’à environ 300 Irula, sur uen communauté qui en compte au moins 300.000.

  3. Pingback: Chez les chasseurs de serpents | Sur les pas de Prakash

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