Les grands moments du « Prakash tour »

Voilà presque un mois que mon voyage en Inde s’est achevé. Je sais bien que ce n’est pas le dernier et que je chercherai bientôt un prétexte pour retourner dans ce pays passionnant. En attentant, alors que la saison du foie gras et des cadeaux bat son plein, j’ai envie de me faire un cadeau à moi-même en replongeant dans les émotions de ce voyage. Voilà un petit florilège de ses temps forts.

Un autorickshawa garé dans une rue de Jodhpur, la "ville bleue"

Un autorickshaw garé dans une rue de Jodhpur, la « ville bleue » du Rajasthan

  • Les trois plus beaux moments

1. Le retour des troupeaux dans le village raïka

Un soir d’octobre, je séjourne chez une famille raïka de l’Etat du Rajasthan. Les Raïka sont des éleveurs de dromadaires et de moutons mais lorsque l’on m’a déposée le matin dans le village, les troupeaux étaient déjà partis aux pâturages, avec les hommes. Je passe donc la journée avec les femmes, sans voir le début de l’ombre d’une bosse de dromadaire.

Vers 18h, alors que la lumière commence à décliner, les troupeaux rentrent au village. Je vois d’abord passer des troupeaux de moutons au milieu desquels surnagent les tâches rouges des turbans des bergers raïka. Quand le troupeau de dromadaires de ma « famille d’accueil » apparaît au bout du chemin, je ressens une émotion que je peine encore à m’expliquer aujourd’hui. Les grandes silhouettes dégingandées des dromadaires, toutes de muscles et d’os, investissent tranquillement la petite cour de la maison. Il y a alors dans l’air du soir une paix, une harmonie entre hommes et animaux dont je me souviendrai longtemps.

L'arrivée des troupeaux "à la maison"

L’arrivée des troupeaux « à la maison »

2. L’arrivée au petit matin dans le sud de l’Orissa

Mon arrivée dans l’Orissa a été assez mouvementée. Je devais prendre un vol entre Delhi et Visakhapatnam, dans le nord de l’Andhra Pradesh, puis un train entre Visakhapatnam et le sud de l’Orissa. Mais voilà, un cyclone a frappé la côte est de l’Inde deux jours avant mon vol et réduit en miettes l’aéroport de Visakhapatnam… A l’aéroport de Delhi, on me dit que tous les vols pour « Vizag » (le surnom de la ville) sont annulés. Je réserve donc en catastrophe un vol pour Bhubaneshwar, la capitale de l’Orissa, puis un train de nuit pour le sud de l’Orissa. Grâce à ce nouvel itinéraire, je ne dois perdre que 24 heures par rapport à mon programme initial.

Le soir suivant, à la gare de Bhubaneshwar, je cherche mon chemin dans une foule compacte quand un homme sikh, à la barbe grise et au turban bleu marine, m’aborde. « Are you French? Do you know Lyon?« , me demande-t-il. Un peu étonnée, je réponds : « Yes, Lyon is a big city in France ». Il me faudra quelques secondes pour comprendre qu’il parle en fait de Leon de Chandoori Sai, le propriétaire de la « guesthouse » du sud de l’Orissa dans laquelle je compte séjourner. Lui aussi se rend chez Leon. Homme d’affaires du Pendjab, il a vendu des semences de pommes de terre à des villageois de la région et va vérifier sur place comment se passent les cultures. Leon lui a dit qu’une « French lady » devait prendre le même train que lui et il n’a pas eu de mal à m’identifier, seule étrangère dans la gare !

Ce gentleman du Penjab m’apprend que le train ne peut pas nous emmener jusqu’à destination à cause du cyclone, qui a endommagé les voies. Nous devrons donc descendre dans une obscure gare vers 5 heures du matin, d’où une voiture nous emmènera à Chandoori Sai, à deux heures de route de là. Lui et ses compagnons, deux autres « potato men », voyageront en première classe climatisée, moi en seconde classe avec ventilateurs, mais ils promettent de m’attendre sur le quai de la gare pour que je puisse partir en voiture avec eux.

A cinq heures du matin, je descends donc du train dans la lumière grise du petit matin, froissée par la nuit dans le train et pas très sure de me trouver dans la bonne gare. Heureusement, les « potato men » et la voiture sont bien là, devant la gare. La meilleure partie du trajet commence quand la voiture s’enfonce dans un paysage de collines embrumées, recouvertes par une jungle épaisse. La terre est rouge, des torrents chantent à chaque virage. La beauté du paysage me coupe le souffle et efface toute la fatigue du voyage. Loin des klaxons et des monceaux de déchets en plastique des grandes villes indiennes, j’ai l’impression d’entamer un voyage dans le temps.

Nous croisons de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres ou de buffles avec leurs bergers, ainsi que des femmes tribales, bras nus, jambes découvertes jusqu’aux genoux, trois anneaux dans le nez, portant de lourds fagots de bois sur leur tête. Sur un tronçon de la route, nous voyons apparaître de nombreux soldats marchant en file indienne. La région abriterait en effet des naxalites, ces rebelles maoïstes en lutte contre le gouvernement et les grands propriétaires terriens.

Au-delà de cette arrivée mémorable, le sud de l’Orissa, une région aussi passionnante que difficile d’accès, restera une des grandes découvertes de ce voyage.

Femmes khond d'un village du sud de l'Orissa

Femmes khond d’un village du sud de l’Orissa

3. Spectacle de Bharatanatyam improvisé chez les chasseurs de serpents :

Bien plus tard, vers la fin de mon voyage, je suis hébergée par une très sympathique famille de chasseurs de serpents de la tribu des Irula, au Tamil Nadu. Comme dans les autres familles chez lesquelles j’ai séjourné, on y vit au rythme du soleil : on se couche tôt et on se lève vers 5 heures du matin. Je reste tout de même un peu avec les membres de la famille dans la pièce commune après le dîner, avant d’aller me coucher. La conversation est assez limitée car je ne connais que quelques mots de tamoul et eux quelques mots d’anglais.

Assis par terre, nous regardons la télévision. Des acteurs tamouls se contorsionnent dans des chorégraphies endiablées. Sunendran, un des deux fils de la famille, me demande en plaisantant de danser.  Je commence par dire non, expliquant que je ne sais pas danser. Puis je dis que j’ai appris un peu le Bharatanatyam, la danse classique d’Inde du Sud, quand j’habitais à Pondichéry, dix ans plus tôt. Poussée par toute la famille, je finis par exécuter quelques pas de danse dans la pièce, qui me valent des applaudissements enthousiastes ! Je ne me rappelle que de quelques postures et peine à coordonner la position des pieds, des doigts et des yeux comme cette danse raffinée l’exige mais je me rends compte qu’il n’y a rien de mieux que la danse et la musique (sauf peut-être la nourriture…) pour communiquer quand les mots manquent.

  • Les trois plus beaux paysages

1. Le sud de l’Orissa, dans le district de Koraput :  collines, rizières vert fluo, terre rouge, un décor enchanteur.

2. Les collines du Meghalaya perdues dans la brume : cet Etat du nord-est de l’Inde frontalier du Bangladesh n’a pas volé son surnom de « domaine des nuages » !

3. Les berges du fleuve Brahmapoutre à Guwahati, dans l’Assam : un fleuve majestueux aux eaux claires sur lesquelles dansent des pirogues et de petits bateaux à voile.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

  • Les trois choses qui m’ont le plus marquée / choquée

Le fait que mon voyage ait été très réussi et que j’aie été très bien reçue dans chaque communauté ne signifie pas que je n’ai pas été confrontée à des situations choquantes ou du moins qui m’ont donné à réfléchir. Elles sont présentées ci-dessous chronologiquement, sans être hiérarchisées.

1. Les centrales au charbon dans le Gujarat

Dans l’Etat du Gujarat, tout à l’ouest du pays, je me suis rendue dans un tout petit village rabari. Un village qui était considéré il y a encore quelques années comme un des plus jolis villages de cette communauté. C’était avant que deux gigantesques centrales électriques au charbon sortent de terre à quelques centaines de mètres des maisons. Le contraste entre le mode de vie et les costumes encore très traditionnels des villageois et ces énormes installations était frappant, sans que l’on puisse même parler de choc entre tradition et modernité, puisque le charbon est loin de représenter la pointe de la modernité ! Les villageois se plaignaient de la pollution et du fait que ces installations aient empiété sur des terres autrefois utilisées comme pâturages.

Une des deux centrales au charbon

Une des deux centrales au charbon

2. La condition de la femme chez les Raïka

Autant j’ai trouvé très belle la relation qu’entretiennent les éleveurs raïka avec leurs dromadaires, autant j’ai été frappée par la dureté de la condition des femmes dans cette communauté. Elles sont limitées dans leurs possibilités d’adresser la parole à leur propre famille par des règles de bienséance très strictes, interdites de s’asseoir sur des chaises, contraintes de porter en permanence d’innombrables bracelets sur toute la partie haute du bras, qui montrent qu’elles sont mariées, même lorsqu’elles travaillent sur des chantiers ou dans les champs. Leurs journées se répartissent entre la tâche sans fin de confectionner des chapati (galettes) pour toute la famille, les corvées d’eau, les corvées de bois, le balayage de la cour. Toutes les femmes raïka que j’ai rencontrées se soumettaient à ces tâches sans se plaindre, souvent avec le sourire, mais beaucoup semblaient prématurément vieillies.

Les Raïka pratiquent aussi le mariage d’enfants, ce qui signifie que la cérémonies de mariage a lieu quand les enfants sont très jeunes, parfois mêmes bébés, mais la jeune fille ne part vivre avec son mari que bien plus tard, après la puberté. A ce moment-là, il arrive qu’elle refuse d’aller vivre dans sa belle-famille ou y aille mais revienne rapidement chez ses parents car sa nouvelle vie se passe très mal. Dans ce cas, le conseil du village se réunit et fixe le montant d’une amende que la famille de la fille doit payer à celle du garçon. Ce montant est souvent exorbitant. Tant que la famille ne l’aura pas payé, ce qui peut prendre des années, elle sera mise en marge de la communauté. Aucun Raïka n’acceptera d’épouser un autre enfant de cette famille. La fille qui s’est rebellée contre son sort se retrouve ainsi responsable du malheur de toute sa famille. Une situation difficile à vivre, bien que ce soit toujours mieux que d’être obligée de continuer à vivre dans une famille où on est maltraité…

Du bois pour la cuisine

Du bois pour la cuisine

3. Le viol collectif chez les Santals

A une quinzaine de kilomètres du village santal dans lequel j’ai séjourné au Bengale occidental, une jeune fille avait été violée collectivement par les hommes de son village qui lui reprochaient d’entretenir une relation avec un homme musulman. J’étais déjà informée de cette histoire, qui avait donné lieu à des articles dans les médias indiens et internationaux, avant d’arriver dans le village.

Après avoir hésité pendant plusieurs jours à aborder le sujet avec mes interlocuteurs santals, j’ai fini par leur demander s’ils étaient au courant. Tout en condamnant le viol, ils m’ont dit que les médias avaient donné une interprétation complètement fausse de l’événement, dans le but, selon eux, de stigmatiser la communauté santale. Ils ne pensaient pas que c’était le « conseil des sages » du village qui avait ordonné ce viol punitif, comme les journalistes l’avaient écrit, mais que des jeunes gens avaient agi de leur propre initiative. Ils ont aussi souligné que les propriétaires terriens musulmans étaient souvent considérés comme des exploiteurs par les Santals, qui sont majoritairement des ouvriers agricoles sans terre. Selon eux, certains de ces hommes prennent des femmes santales comme maîtresses alors qu’ils sont déjà mariés et les abandonnent au bout de quelques années.

Tout en acceptant l’idée que les médias aient pu donner une image faussée de cette histoire par méconnaissance du contexte local (voire par volonté de salir les Santals), je me suis sentie mal à l’aise car j’avais l’impression que ces explications tendaient à rejeter une partie de la faute sur la jeune fille violée. Cet événement a jeté une ombre sur tout mon séjour chez les Santals et m’a conduite à douter de tous les propos qu’on m’a tenus sur la condition de la femme santale, censée être meilleure que celle de la plupart des femmes indiennes.

La nuit au village

De tous les moments passés au village avec les Raïka, j’ai sans conteste préféré celui où les troupeaux reviennent des pâturages, vers 18 heures. Des nuages de poussière gonflent sur les chemins, des bêlements retentissent dans toutes directions, puis les troupeaux apparaissent, chèvres et moutons mêlées, suivis par la tâche rouge de l’interminable turban qu’arborent les hommes raïka. Et soudain, au détour d’un sentier se présente le majestueux troupeau de dromadaires, à l’allure un peu dégingandé.

Les troupeaux rentrent à la maison

Les troupeaux rentrent au village

La famille dans laquelle je logeais possède une bonne vingtaine de dromadaires. Leur entrée dans la cour de la maison, précédés par les moutons, était un grand moment. En une seconde, la cour, entourée de barrières en branches, a semblé rétrécir.

Le père de famille, Ganmaram, a trait une femelle et m’a donné le lait encore chaud à boire. L’ONG LPPS, qui m’a mise en contact avec cette famille raïka, cherche justement à faire connaître les vertus du lait de chamelle, peu gras et hautement conseillé aux diabétiques et aux personnes intolérantes au lactose. LPPS fabrique même de la glace à base de lait de chamelle.

L'arrivée des troupeaux "à la maison"

L’arrivée des troupeaux « à la maison »

Ganmaram trait une chamelle

Ganmaram trait une chamelle

Les employés de LPPS m’ont expliqué que les Raïka, pour qui tuer un dromadaire représente un tabou, en sont parfois réduits, faute d’argent, à vendre des bêtes dans l’Etat voisin du Madhya Pradesh, où des bouchers musulmans les abattent pour envoyer la viande en Arabie Saoudite.

En valorisant le crottin du dromadaire, utilisé pour fabriquer du papier, sa laine (les bêtes sont tondues une fois par an, au moment de la fête de Holi, c’est-à-dire avant le début de l’été) et son lait, LPPS aide les Raïka à augmenter les revenus provenant de ces animaux d’une façon compatible avec leur philosophie.

La famille de Ganmaram possède une maison « en dur », qui compte deux pièces, mais au cours de mon séjour, je n’ai jamais vu personne entrer dans ces pièces. Toutes les activités se déroulent à l’air libre Un espace couvert mais ouvert qui entoure la cour est utilisé pour faire la cuisine, dans un petit four à bois. C’est aussi là que sont disposés les lits de cordes, les seuls meubles que compte la maison, avec un grand coffre métallique, avant la nuit. Nous avons ainsi tous dormi à quelques mètres des dromadaires, avec les soupirs des bêtes en fond sonore et une vue imprenable sur la lune et les étoiles. La maison a l’électricité, mais elle est peu utilisée : le soir, nous étions essentiellement éclairés par la lueur du petit feu. La vie suit le rythme du soleil ; à 21 heures, tout le monde était couché.

Le réveil des dromadaires

Le réveil des dromadaires

Le matin, ce sont les voix des hommes et celles de nombreux paons des environs qui m’ont réveillée, avant l’aube. Les dromadaires commençaient à s’éveiller eux aussi et s’étiraient dans la cour. A peine levée, Ganga s’est attelée à préparer des galettes pour tout le monde, notamment celles que son mari emporterait avec lui pour la journée. Un travail sans fin, les galettes constituant la base de tous les repas. Pendant ce temps, Gangaram et un de ses fils balayaient l’enclos des moutons et mettaient de côté les montagnes d’excréments. Je les ai ensuite aidés à administrer un médicament à chacun des quelque 100 moutons. Gangaram leur versait un liquide bleuâtre dans la bouche pendant que son plus jeune fils lui marquait l’arrière train d’une tâche rouge, semblable à du mercurochrome, pour ne pas les traiter deux fois.

J’aime la façon dont les Raïka vivent pour leurs bêtes et par leurs bêtes, et comprends mieux désormais la fierté qu’ils tirent de la possession de dromadaires, ces montagnes d’os et de muscles si bien adaptés à l’environnement du Rajasthan. Le village où j’ai séjourné se trouve à proximité des monts Aravelli, qui marquent en quelque sorte la frontière entre le désert du Thar, à l’ouest, et la partie plus fertile du Rajasthan, à l’est.

Travail des champs pour les femmes raïka

Travail des champs pour les femmes raïka

Du bois pour la cuisine

Du bois pour la cuisine

Pourtant, même dans cette zone relativement verte, les Raïka peinent de plus en plus pour trouver des pâturages pour leurs bêtes. LPPS se bat depuis des années pour que les troupeaux puissent continuer à accéder au parc national de Kumbalgarh, créé pour protéger le léopard. L’ONG argue que les chameaux ne détruisent pas les arbres car ils ne mangent que quelques feuilles sur chacun et que les moutons, en constituant des proies facile, évitent que les léopards ne doivent s’aventurer jusque dans les villages pour trouver de la nourriture. Les Raïka n’ont pas peur de se faire manger une bête de temps en temps par un léopard, ils acceptent cela comme un tribut normal à payer à la nature.

La tétée du petit (mais déjà si grand !) dromadaire

La tétée du petit (mais déjà si grand !) dromadaire

Jodhpur : les Raïka, la moto magique et le maharaja

Vue sur la ville depuis le fort

Vue sur la ville depuis le fort de Jodhpur

La journée de jeudi a été très spéciale. En effet, c’était le jour du lancement officiel du livre Camel Karma, dans lequel la co-fondatrice de LPPS, la vétérinaire Ilse Köhler-Rollefson, raconte les 20 années qu’elle a consacrées à la protection de la « camel culture » du Rajasthan. Le livre étant préfacé par le maharaja de Jodhpur, « son altesse » Shri Gaj Singhji II de Jodhpur, le lancement avait lieu dans le décor grandiose du fort de Jodhpur, qui domine cette ville du Rajasthan célèbre pour ses maisons bleues (à l’origine, celles des brahmanes).

Gracieusement invitée par LPPS à prendre part à l’événement, je suis montée à 5 heures du matin dans une voiture aux côtés de l’équipe de l’ONG et nous avons fait le tour de villages des environs pour embarquer des membres éminents de la communauté raïka. Parmi eux se trouvait Dailibai Raïka, une dame que LPPS a encouragée à devenir la première femme porte-parole de sa communauté et qui s’est rendue avec l’ONG à des forums de peuples pastoraux dans de nombreux pays, de la Suisse au Kenya (elle a trouvé le Kenya assez semblable à l’Inde mais n’a pas aimé la gastronomie suisse !).

Sur la route de Jodhpur, nous nous sommes arrêtés dans un temple un peu particulier, celui d’Om Bana. Une moto y est vénérée sous le nom de Bullet Baba. L’histoire raconte que son conducteur est mort dans une collision avec un arbre sur cette route. Quand les policiers ont emmené la moto au commissariat le plus proche, elle s’est « échappée » pour revenir d’elle-même jusqu’à l’arbre. Le même scénario se serait déroulé plusieurs fois de suite. Beaucoup de ferveur entoure ce bizarre petit sanctuaire.

Tous le groupe arrive à Jodhpur

Tout le groupe arrive à Jodhpur

Dans le fort de Jodhpur, nous nous sommes installés dans le joli jardin installé derrière les hautes murailles. Sur le podium, un des hommes raïka, à la barbe blanche soigneusement peignée, était assis tout près du maharaja, pour lequel les Raïka semblent avoir un immense respect. Ilse Köhler-Rollefson a dit quelques mots sur l’importance de protéger le dromadaire et le mode de vie que son élevage sous-tend, alors que la population de ces animaux a décru de 60% en 10 ans dans l’Etat du Rajasthan. Elle a rappelé que c’est un maharaja de Jodhpur qui a introduit le dromadaire dans la région, au XIVe siècle.

Une fois le lancement du livre proprement dit terminé, les Raïka ont exprimé le souhait de ne pas repartir tout de suite dans leur village, à 3 heures de route de Jodhpur, mais de visiter le fort. J’ai pu les accompagner dans la visite, avec d’autres membres de LPPS. L’occasion d’assister à d’intéressantes interactions entre ces Indiens des campagnes profondes du Rajasthan, et les Indiens des classes moyennes et supérieures qui visitaient le site. Nombre de touristes indiens souhaitaient prendre les Raïka, avec leurs bijoux traditionnels, leur turban et leur longue moustache, en photo.

Pourtant, ironiquement, ces représentants de cette communauté rurale, ne parlant ni anglais ni hindi, avaient probablement plus voyagé de par le monde que beaucoup d’entre eux, grâce à LPPS, qui fait partie d’une structure qui fédère les peuples de pasteurs de tous les continents.

Dans le fort de Jodhpur

Dans le fort de Jodhpur

Les Raïka dans le fort de Jodhpur

Les Raïka dans le fort de Jodhpur

VIsite du fort

Les Raïka ont admiré les pièces couvertes de miroirs et de fresques du fort, ont apprécié les collections d’armes et n’ont pas voulu achever la visite sans avoir fait un détour par le temple hindou que renferme le fort.

Cette journée riche en émotions s’est terminée par un joyeux déjeuner-dîner pris à 18 heures dans une dhaba (un petit restaurant au bord de la route) puis un retour dans les villages respectifs de chacun à prêt de minuit, au prix du dérangement de nombreuses vaches qui avaient déjà pris leurs quartiers au milieu de la route pour la nuit !

Jodhpur, la célèbre ville bleue

Jodhpur, la célèbre ville bleue

En immersion au Rajasthan

Tonte des moutons par un Raïka

Tonte des moutons par un Raïka

Huit heures de bus, une nuit de train et une heure d’autorickshaw séparent mon étape précédente, Bhuj, de ma localisation actuelle, Sadri, au Rajasthan. Un village situé à quelques kilomètres du magnifique temple jaïn de Ranakpur, non loin d’Udaipur. Je suis d’autant plus contente d’être arrivée à Sadri que j’ai passé 24 h en « transit » à Ahmedabad, la capitale du Gujarat. Une ville très intéressante mais qui donne l’impression, au bout d’une journée, d’avoir avalé un pot d’échappement et un haut-parleur, tant le vacarme et la pollution sont omniprésents. Ici, je suis au contraire en pleine campagne et seuls les bêlements des moutons, le chant des oiseaux et les appels des paons se font entendre. L’air est pur, ce qui est bien agréable quand on sait combien il est chaud !

A Sadri, je rends visite à l’ONG LPPS, qui travaille avec les Raïka (cette caste d’éleveurs à laquelle j’ai choisi de m’intéresser) pour la protection des dromadaires et la valorisation des produits qui en sont issus (crottin, laine, lait). L’un des combats de LPPS tient à la popularisation du lait de dromadaire, que la loi indienne avait déclaré impropre à la consommation, avant de revenir en arrière. Lorsque je passe en autorickshaw le porche de LPPS, vers 8h00 du matin, je tombe presque nez à nez avec un groupe de jeunes dromadaires et d’adultes qui quittent le centre pour rejoindre des pâturages.

Un peu plus tard dans la matinée, l’un des employés de LPPS, Ramesh, m’emmène en moto vers le village de Latada, où vivent des familles raïka. Il me présente à la famille de Ganmaram, qui possède 20 dromadaires et une centaine de moutons. La mère de famille, Ganga, porte un anneau en or dans la narine et de gros bracelets en plastique blanc qui recouvrent entièrement ses bras, du coude à l’épaule, signe qu’elle est mariée.

Sur les cinq enfants du couple, seule la jeune Pushpa, jolie adolescente de 13 ans, est présente. J’apprends que son mariage a été conclu quand elle avait un an mais qu’elle n’ira vivre avec son mari que dans sept ou huit ans. En attendant, elle aide sa mère à la maison pendant que ses deux plus jeunes frères vont à l’école (le deux plus grands sont mariés). Ces familles raïka semblent plus conservatrices que les Rabari rencontrés au Gujarat (Rabari et Raïkas appartiennent à la même communauté tout en portant des noms différents). Ramesh m’apprend qu’il y a quelques mois, le conseil du village a chassé de Latada un jeune homme parce qu’il s’était marié en dehors de la communauté, avec une femme d’Inde du Sud.

La jeune Pushpa de ma

La jeune Pushpa de ma « famille d’accueil »

Après m’avoir présentée à la famille, Ramesh m’emmène voir un espace où sont réunis des hommes rabari, occupés à tondre des moutons, avec de grands ciseaux. Ils ont fière allure, avec leur turban rouge et leurs boucles d’oreilles en or. Un vieil homme prépare de l’opium, en le filtrant à travers des chiffons. Après en avoir bu quelques gouttes versées dans le creux de sa main droite, chaque homme s’exclame « Ram Ram ! » (salutation et invocation du dieu hindou Ram).

Tonte des moutons par un Raïka

Tonte des moutons par un Raïka

Dans la famille de Ganmaram, les hommes partent en itinérance avec les troupeaux quatre mois dans l’année, pendant l’hiver, et passent les huit autres au village. La période du départ, aux alentours de la fête de Diwali (fin octobre), approche. Ce semi-nomadisme est plus une obligation liée à la raréfaction des pâturages qu’un choix de vie. Je regrette de ne pas pouvoir mieux pouvoir communiquer avec les Raïka pour bien comprendre comment ils vivent cette période de l’année. En effet, ils parlent marwari et ne comprennent pas bien mon hindi (mon accent y est peut-être pour quelque chose…).

Au cours de la journée, j’assiste coup sur coup à la naissance de deux agneaux, dans la cour de maison de la famille qui m’accueille. Ganga donne de sa personne pour aider les petites bêtes à sortir et les nettoyer. Pour moi qui n’ai pas l’habitude de ce spectacle, regarder les agneaux faire leurs premiers pas sera le grand plaisir de l’après-midi. J’essaie aussi d’aider Ganga et sa fille, qui s’activent sans cesse, entre corvée d’eau (il y a un robinet dans la cour mais l’eau n’y vient que de temps en temps, donc il faut en profiter pour remplir le maximum de récipients), balayage de la cour, cuisine, ramassage de bois pour la cuisine et de fourrage pour les bêtes.

Naissance d'un agneau

Naissance d’un agneau

Naissance d'un agneau (bis !)

Naissance d’un agneau (bis !)

LPPS accueille depuis plusieurs mois un jeune chercheur américain d’origine indienne, que j’ai rencontré ce matin. Il mène une étude sur le diabète chez les Rabari, cherchant à déterminer si les changements intervenus dans leur mode de vie depuis 10 ans ont conduit à une augmentation de la prévalence de la maladie. Empiriquement, à voir les jambes noueuses des hommes et la minceur, pour ne pas dire la maigreur, des femmes, j’ai tendance à penser que non. Aujourd’hui, au déjeuner, Ganga m’a donné toute une pile de « roti » (galettes) qu’elle venait de cuire, accompagnés de sauce aux haricots, mais elle n’a donné que 2 roti et l’équivalent d’une cuillère à soupe de légumes à sa fille.

Ganga, la mère de Pushpa

Ganga, la mère de Pushpa

Les femmes raïka mariées rabattent leur voile sur leur figure en présence d’hommes autres que leur mari. Elles ont très peu de contacts avec les frères aînés de celui-ci mais peuvent en revanche, si j’ai bien compris, montrer leur visage et plaisanter avec ses frères cadets.

Dromadaires balnéaires

Dans les villages rabari visités, j’ai été un peu déçue de voir peu de dromadaires. En effet, la légende dit que Shiva a créé les Rabari pour apprivoiser les dromadaires, des animaux devenus difficiles à contrôler quand le dieu avait transformé leur 5e patte en bosse, ce qui leur permettait de courir plus vite.

La journée de dimanche allait m’apporter largement mon comptant de dromadaire, à un moment où je ne m’y attendais pas le moins du monde. J’ai passé la journée à Mandvi, petite ville située à une heure de route au sud de Bhuj, sur la côte. Elle est célèbre pour ses chantiers de construction de bateaux en bois.

Dans un bazar de Mandvi

Dans un bazar de Mandvi

La journée a commencé par la visite d’un sanctuaire où m’a emmenée la famille musulmane avec laquelle j’ai partagé une jeep collective depuis Bhuj. Les enfants étaient très excités de me montrer le tombeau d’un saint, installé dans un joli mausolée tout blanc et or.

Après quelques autres visites et pas mal de déambulations sous un soleil toujours aussi féroce, j’ai fini la journée sur la belle plage de Mandvi. De nombreuses familles se baignaient dans l’eau très chaude, mais la principale activité consistait à se faire promener sur la plage à dos de dromadaires. Des dizaines de bêtes portaient les Indiens de la classe moyenne sur leur dos, souvent par famille entière. Aucun « passager » ou presque ne manquait de se faire photographier avec son smartphone juché sur le fier animal, richement décoré. Je suis restée longtemps sur la plage à admirer ce spectacle, complété par la rangée d’éoliennes qui borde la plage.

De moins en moins nécessaires comme bêtes de somme dans une société qui se modernise rapidement, les dromadaires sont de plus en plus cantonnés à une fonction récréative. Faut-il le regretter alors que le mode de vie des éleveurs nomades est très rude ? Mais existe-t-il un mode d’élevage mieux adapté que le nomadisme  à une terre aride comme celle de cette partie du Gujarat ?

La semaine prochaine, je devrais toutefois voir un certain nombre de dromadaires dans un environnement moins « ludique », quand je serai au Rajasthan. Je vais en effet rencontrer des membres de l’ONG « LPPS », qui aide les éleveurs raïka (la même communauté que les Rabari, mais au Rajasthan) à garder leurs bêtes en bonne santé et à valoriser ce qu’elles produisent (laine, lait, crottin) en mêlant savoirs traditionnels et techniques modernes.

Sur le chemin du retour pour Bhuj, j’ai aperçu depuis le bus ce qui m’a semblé être une caravane rabari : plusieurs dromadaires chargés de paquets et les longues silhouettes d’hommes vêtus de blanc et de femmes dont les longs voiles noirs volaient dans le vent. Il doit être bien difficile de se déplacer ainsi à travers champs de nos jours : des clôtures et des murs apparaissent partout, à chaque détour de la route on découvre un « engineering college » ou un « management institute » en construction.

Dromadaires attendent le touriste-chaland

Dromadaires attendent le touriste-chaland

Eoliennes et dromadaires

Eoliennes et dromadaires

Le bain du dromadaire

Le bain du dromadaire

Vendeur d'épis de maïs sur la plage de Mandvi

Vendeur d’épis de maïs sur la plage de Mandvi

Jeux de reflets

Jeux de reflets

Photo souvenir

Au pays des hommes en blanc et des femmes en noir

Ma « porte d’entrée » au Gujarat, dans la région du Kutch, s’appelle Judy Frater. Cette petite femme au chignon brun imposant, à peine strié de quelques rares fils argentés, et aux yeux clairs, vient au Guajart depuis plus de 40 ans et y vit depuis 25 ans. Elle parle couramment gujarati, marathi (la langue de Bombay) et hindi. Elle m’accueille à Adipur dans un beau sari aux motifs mauves, un bijou brillant au creux de sa narine gauche, comme sur le nez des Indiennes. (comme toujours, vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir).

Judy Frater en plein examen de broderies

Judy Frater en plein examen de broderies

Judy a dédié sa vie à la valorisation du savoir-faire des artisans du Kutch. Après des années au sein de l’ONG Kala Raksha, elle vient de fonder une école qui enseigne les techniques du design et du « business » à des artisans de la région, 7 femmes et 5 hommes cette année. Aucun niveau scolaire minimum n’est exigé des étudiants mais ils doivent tous être d’authentiques artisans. Le projet est censé monter en puissance pour devenir une véritable université pour artisans.

Après une douche réparatrice après la nuit dans le train, Judy m’embarque pour un village rabari, la communauté de pasteurs que je suis venue rencontrer dans le Kutch. Il s’agit de Tunva Vanvh, un village dont elle me dit qu’elle le considérait il y a encore peu de temps comme un des plus beaux villages rabari. Mais voilà, un énorme bouleversement est intervenu récemment : deux immenses centrales électriques à charbon concurrentes se sont installées près du village, sur des terres que les Rabari utilisaient pour faire paître leurs bêtes, rachetées à prix d’or. La première est pourvue de quatre grandes cheminées, la seconde de deux. L’une appartient au groupe Tata.

En longeant en voiture la plus grande des deux centrales, nous voyons à quelques mètres de son enceinte des femmes en tenue traditionnelle porter sur leur tête de gros ballots d’herbe. Le contraste visuel est saisissant.

Cette gigantesuqe centrale électrique posée dans la campagne...

Une gigantesque centrale électrique posée dans la campagne…

Une des centrales électriques derrière une hutte rabari traditionnelle

Une des centrales électriques apparaît derrière une hutte rabari traditionnelle

Une des centrales derrière la temple hindou du village

Une des centrales derrière le temple hindou du village

Judy Frater m’explique que les villageois sont très inquiets pour l’avenir de leur communauté depuis l’installation des centrales. Leur mode de vie a déjà beaucoup changé ces dernières années : traditionnellement éleveurs de dromadaires et de moutons, ils sont aujourd’hui peu nombreux à posséder des dromadaires et beaucoup ont abandonné l’élevage. Par les passé, les fermiers payaient les Rabari pour que leurs troupeaux viennent paître sur leurs terres et les fertiliser, mais aujourd’hui les fermiers utilisent des engrais chimiques et ce sont les Rabari qui doivent payer les fermiers pour pouvoir faire brouter leurs bêtes dans leurs champs.

Nous arrivons dans le village aux heures les plus chaudes de la journée (il doit faire largement plus de 35 degrés). Nous passons devant de petits autels que les Rabari utilisent pour le culte des ancêtres. Beaucoup de villageois font la sieste sur des charpoys (lits de cordes) sous les arbres, dans les cours des maisons ou sur la place du village. Les hautes cheminées des centrales se dessinent dans le ciel derrière le bâtiment coloré du temple hindou, derrière le toit de chaume des maisons rondes traditionnelles, aujourd’hui abandonnées au profit de maisons plus modernes.

Judy et moi sommes chaleureusement accueillies. Les hommes sont vêtus de blanc, un turban sombre sur la tête, les femmes de noir. On dit qu’elles portent le deuil d’un roi du passé qui protégeait la communauté. Leurs hauts sont ouverts sur le côté, laissant voir un grand triangle de peau qui s’arrête juste sous les aisselles. Elles arborent de lourdes boucles d’oreilles qui tombent plus bas que leurs épaules. Ces bijoux leur sont offerts, comme une alliance, au moment de leur mariage. Le lobe de leurs oreilles est complètement distendu. On pourrait presque passer un poing à travers. Leurs bras et leurs pieds sont abondamment tatoués.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Une des femmes présente à Judy ses derniers travaux de broderie. Un homme lui montre de grosses pelotes de laine de différentes teintes. Les femmes rabari ont réputées pour leurs talents de brodeuses. Elles fabriquent des tentures, saris, jupes et blouses multicolores, constellés de petits miroirs.

Ce Monsieur rabari montre à Judy des pelotes de laine qu'il a filées

Ce Monsieur rabari montre à Judy des pelotes de laine qu’il a filées

Un homme âgé à la moustache blanche bien fournie, Raja Bhai, me raconte, par l’intermédiaire de Judy, des histoires sur l’origine de la communauté. Des histoires où apparaît un vénérable ancêtre, Depadada, père de cinq fils, dont descendraient les habitants de Tunva Vanvh, où des voix et des doigts sortent mystérieusement de terre, où un saint musulman guérit la maladie de peau d’un Rabari, lui permettant de se marier.

Plus tard dans la journée, nous allons rencontrer Mongi, une jeune Rabari de 20 ans qui suit les cours de l’institut de Judy. Celle-ci me la présente comme une jeune femme talentueuse, une des rares de sa génération à avoir la volonté de garder vivantes les traditions de broderie de la communauté. Judy est contente qu’elle puisse suivre la formation cette année, car elle se mariera sûrement l’année prochaine, et ensuite elle dépendra du bon-vouloir de son mari et de sa belle-famille pour pouvoir continuer à broder. Mongi déploie pour nous de magnifiques tissus, faisant danser sous nos yeux les miroirs et les fils multicolores.

Mongi fière de montrer une de ses créations

Mongi fière de montrer une de ses créations

Chez les Rabari, les mariages étaient traditionnellement conclus dès l’enfance, mais Judy me dit que les parents attendent maintenant que les enfants aient au moins 10 ans pour les fiancer. Plus tard, un homme rabari nous dira même qu’ils attendent souvent les 16 ans de l’enfant. Et de nos jours, avec les téléphones portables et Facebook, on ne peut pas empêcher les jeunes fiancés d’avoir des contacts, ajoute-t-il.

La communauté rabari, comme bien d’autres en Inde, souffre d’un déficit de femmes. Selon Judy, certains hommes en sont réduits à « acheter » des femmes dans d’autres régions. Mais il arrive aussi que des jeunes femmes rabari se rebellent contre un mariage conclu pour elles des années plus tôt, car entre temps elles ont étudié et découvert de nouveaux horizons.

Chez les Rabari et les Raïka

Le grand départ approche ! Dans trois semaines, je serai au Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, pour la première étape d’un voyage qui m’emmènera aux quatre coins du pays (et un peu en plein milieu aussi).

Arrivée à Delhi le 30 septembre, je prendrai un train, qui me conduira en quelque 21 heures dans la région du Kutch, zone de marais et de désert de sel proche de la frontière avec le Pakistan.

Le Kutch est connu pour héberger des antilopes et des onagres, mais ce n’est pas pour sa faune que je m’y rendrai. Le Kutch est une des régions où vivent les Rabari. Cette communauté, « cousine » des Raïkas du Rajasthan que j’irai ensuite rencontrer à mi-chemin entre Udaïpur et Jodhpur,  vient à l’origine de la ville de Jaisalmer, dans le désert du Thar.

Selon la légende, cette caste d’éleveurs de moutons et de dromadaires aurait quitté la région de Jaisalmer il y a des siècles à la suite d’un désaccord avec le raja. Certaines versions de l’histoire racontent que le roi convoitait une jeune fille raïka, pour d’autres c’est la fille du roi qui souhaitait que son amie raïka vienne vivre avec elle, ce qui était impensable pour cette communauté très soudée. En tout cas, les Raïka/Rabari sont aujourd’hui répartis entre les régions du Gujarat et du Rajasthan et rares sont ceux qui vivent à proximité de Jaisalmer.

Néanmoins, je ne résiste pas à la tentation de publier ici quelques photos de cette magnifique cité du désert, dont les dentelles de pierre m’avaient éblouie lors d’un voyage en 2008.

Chez les Rabari du Kutch, je bénéficierai de la connaissance approfondie de la région de Judy Frater, une chercheuse américaine qui travaille depuis des années avec des artisans rabari pour les aider à commercialiser dans des conditions équitables leur magnifique artisanat et à garder vivantes leurs techniques de broderie. Judy Frater, qui parle marathi, gujarati et hindi (respect !), a su se faire accepter par les Rabari et est sans doute un des meilleurs connaisseurs de leur culture et de leur mode de vie.

Je suis en ce moment plongée dans le très beau livre qu’elle a consacré à l’art de la broderie chez les Rabari : Threads of identity.

Pour le récit de ma rencontre avec Judy Frater et surtout avec des familles rabari, il faudra repasser sur ce blog dans quelques semaines !