Les grands moments du « Prakash tour »

Voilà presque un mois que mon voyage en Inde s’est achevé. Je sais bien que ce n’est pas le dernier et que je chercherai bientôt un prétexte pour retourner dans ce pays passionnant. En attentant, alors que la saison du foie gras et des cadeaux bat son plein, j’ai envie de me faire un cadeau à moi-même en replongeant dans les émotions de ce voyage. Voilà un petit florilège de ses temps forts.

Un autorickshawa garé dans une rue de Jodhpur, la "ville bleue"

Un autorickshaw garé dans une rue de Jodhpur, la « ville bleue » du Rajasthan

  • Les trois plus beaux moments

1. Le retour des troupeaux dans le village raïka

Un soir d’octobre, je séjourne chez une famille raïka de l’Etat du Rajasthan. Les Raïka sont des éleveurs de dromadaires et de moutons mais lorsque l’on m’a déposée le matin dans le village, les troupeaux étaient déjà partis aux pâturages, avec les hommes. Je passe donc la journée avec les femmes, sans voir le début de l’ombre d’une bosse de dromadaire.

Vers 18h, alors que la lumière commence à décliner, les troupeaux rentrent au village. Je vois d’abord passer des troupeaux de moutons au milieu desquels surnagent les tâches rouges des turbans des bergers raïka. Quand le troupeau de dromadaires de ma « famille d’accueil » apparaît au bout du chemin, je ressens une émotion que je peine encore à m’expliquer aujourd’hui. Les grandes silhouettes dégingandées des dromadaires, toutes de muscles et d’os, investissent tranquillement la petite cour de la maison. Il y a alors dans l’air du soir une paix, une harmonie entre hommes et animaux dont je me souviendrai longtemps.

L'arrivée des troupeaux "à la maison"

L’arrivée des troupeaux « à la maison »

2. L’arrivée au petit matin dans le sud de l’Orissa

Mon arrivée dans l’Orissa a été assez mouvementée. Je devais prendre un vol entre Delhi et Visakhapatnam, dans le nord de l’Andhra Pradesh, puis un train entre Visakhapatnam et le sud de l’Orissa. Mais voilà, un cyclone a frappé la côte est de l’Inde deux jours avant mon vol et réduit en miettes l’aéroport de Visakhapatnam… A l’aéroport de Delhi, on me dit que tous les vols pour « Vizag » (le surnom de la ville) sont annulés. Je réserve donc en catastrophe un vol pour Bhubaneshwar, la capitale de l’Orissa, puis un train de nuit pour le sud de l’Orissa. Grâce à ce nouvel itinéraire, je ne dois perdre que 24 heures par rapport à mon programme initial.

Le soir suivant, à la gare de Bhubaneshwar, je cherche mon chemin dans une foule compacte quand un homme sikh, à la barbe grise et au turban bleu marine, m’aborde. « Are you French? Do you know Lyon?« , me demande-t-il. Un peu étonnée, je réponds : « Yes, Lyon is a big city in France ». Il me faudra quelques secondes pour comprendre qu’il parle en fait de Leon de Chandoori Sai, le propriétaire de la « guesthouse » du sud de l’Orissa dans laquelle je compte séjourner. Lui aussi se rend chez Leon. Homme d’affaires du Pendjab, il a vendu des semences de pommes de terre à des villageois de la région et va vérifier sur place comment se passent les cultures. Leon lui a dit qu’une « French lady » devait prendre le même train que lui et il n’a pas eu de mal à m’identifier, seule étrangère dans la gare !

Ce gentleman du Penjab m’apprend que le train ne peut pas nous emmener jusqu’à destination à cause du cyclone, qui a endommagé les voies. Nous devrons donc descendre dans une obscure gare vers 5 heures du matin, d’où une voiture nous emmènera à Chandoori Sai, à deux heures de route de là. Lui et ses compagnons, deux autres « potato men », voyageront en première classe climatisée, moi en seconde classe avec ventilateurs, mais ils promettent de m’attendre sur le quai de la gare pour que je puisse partir en voiture avec eux.

A cinq heures du matin, je descends donc du train dans la lumière grise du petit matin, froissée par la nuit dans le train et pas très sure de me trouver dans la bonne gare. Heureusement, les « potato men » et la voiture sont bien là, devant la gare. La meilleure partie du trajet commence quand la voiture s’enfonce dans un paysage de collines embrumées, recouvertes par une jungle épaisse. La terre est rouge, des torrents chantent à chaque virage. La beauté du paysage me coupe le souffle et efface toute la fatigue du voyage. Loin des klaxons et des monceaux de déchets en plastique des grandes villes indiennes, j’ai l’impression d’entamer un voyage dans le temps.

Nous croisons de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres ou de buffles avec leurs bergers, ainsi que des femmes tribales, bras nus, jambes découvertes jusqu’aux genoux, trois anneaux dans le nez, portant de lourds fagots de bois sur leur tête. Sur un tronçon de la route, nous voyons apparaître de nombreux soldats marchant en file indienne. La région abriterait en effet des naxalites, ces rebelles maoïstes en lutte contre le gouvernement et les grands propriétaires terriens.

Au-delà de cette arrivée mémorable, le sud de l’Orissa, une région aussi passionnante que difficile d’accès, restera une des grandes découvertes de ce voyage.

Femmes khond d'un village du sud de l'Orissa

Femmes khond d’un village du sud de l’Orissa

3. Spectacle de Bharatanatyam improvisé chez les chasseurs de serpents :

Bien plus tard, vers la fin de mon voyage, je suis hébergée par une très sympathique famille de chasseurs de serpents de la tribu des Irula, au Tamil Nadu. Comme dans les autres familles chez lesquelles j’ai séjourné, on y vit au rythme du soleil : on se couche tôt et on se lève vers 5 heures du matin. Je reste tout de même un peu avec les membres de la famille dans la pièce commune après le dîner, avant d’aller me coucher. La conversation est assez limitée car je ne connais que quelques mots de tamoul et eux quelques mots d’anglais.

Assis par terre, nous regardons la télévision. Des acteurs tamouls se contorsionnent dans des chorégraphies endiablées. Sunendran, un des deux fils de la famille, me demande en plaisantant de danser.  Je commence par dire non, expliquant que je ne sais pas danser. Puis je dis que j’ai appris un peu le Bharatanatyam, la danse classique d’Inde du Sud, quand j’habitais à Pondichéry, dix ans plus tôt. Poussée par toute la famille, je finis par exécuter quelques pas de danse dans la pièce, qui me valent des applaudissements enthousiastes ! Je ne me rappelle que de quelques postures et peine à coordonner la position des pieds, des doigts et des yeux comme cette danse raffinée l’exige mais je me rends compte qu’il n’y a rien de mieux que la danse et la musique (sauf peut-être la nourriture…) pour communiquer quand les mots manquent.

  • Les trois plus beaux paysages

1. Le sud de l’Orissa, dans le district de Koraput :  collines, rizières vert fluo, terre rouge, un décor enchanteur.

2. Les collines du Meghalaya perdues dans la brume : cet Etat du nord-est de l’Inde frontalier du Bangladesh n’a pas volé son surnom de « domaine des nuages » !

3. Les berges du fleuve Brahmapoutre à Guwahati, dans l’Assam : un fleuve majestueux aux eaux claires sur lesquelles dansent des pirogues et de petits bateaux à voile.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

  • Les trois choses qui m’ont le plus marquée / choquée

Le fait que mon voyage ait été très réussi et que j’aie été très bien reçue dans chaque communauté ne signifie pas que je n’ai pas été confrontée à des situations choquantes ou du moins qui m’ont donné à réfléchir. Elles sont présentées ci-dessous chronologiquement, sans être hiérarchisées.

1. Les centrales au charbon dans le Gujarat

Dans l’Etat du Gujarat, tout à l’ouest du pays, je me suis rendue dans un tout petit village rabari. Un village qui était considéré il y a encore quelques années comme un des plus jolis villages de cette communauté. C’était avant que deux gigantesques centrales électriques au charbon sortent de terre à quelques centaines de mètres des maisons. Le contraste entre le mode de vie et les costumes encore très traditionnels des villageois et ces énormes installations était frappant, sans que l’on puisse même parler de choc entre tradition et modernité, puisque le charbon est loin de représenter la pointe de la modernité ! Les villageois se plaignaient de la pollution et du fait que ces installations aient empiété sur des terres autrefois utilisées comme pâturages.

Une des deux centrales au charbon

Une des deux centrales au charbon

2. La condition de la femme chez les Raïka

Autant j’ai trouvé très belle la relation qu’entretiennent les éleveurs raïka avec leurs dromadaires, autant j’ai été frappée par la dureté de la condition des femmes dans cette communauté. Elles sont limitées dans leurs possibilités d’adresser la parole à leur propre famille par des règles de bienséance très strictes, interdites de s’asseoir sur des chaises, contraintes de porter en permanence d’innombrables bracelets sur toute la partie haute du bras, qui montrent qu’elles sont mariées, même lorsqu’elles travaillent sur des chantiers ou dans les champs. Leurs journées se répartissent entre la tâche sans fin de confectionner des chapati (galettes) pour toute la famille, les corvées d’eau, les corvées de bois, le balayage de la cour. Toutes les femmes raïka que j’ai rencontrées se soumettaient à ces tâches sans se plaindre, souvent avec le sourire, mais beaucoup semblaient prématurément vieillies.

Les Raïka pratiquent aussi le mariage d’enfants, ce qui signifie que la cérémonies de mariage a lieu quand les enfants sont très jeunes, parfois mêmes bébés, mais la jeune fille ne part vivre avec son mari que bien plus tard, après la puberté. A ce moment-là, il arrive qu’elle refuse d’aller vivre dans sa belle-famille ou y aille mais revienne rapidement chez ses parents car sa nouvelle vie se passe très mal. Dans ce cas, le conseil du village se réunit et fixe le montant d’une amende que la famille de la fille doit payer à celle du garçon. Ce montant est souvent exorbitant. Tant que la famille ne l’aura pas payé, ce qui peut prendre des années, elle sera mise en marge de la communauté. Aucun Raïka n’acceptera d’épouser un autre enfant de cette famille. La fille qui s’est rebellée contre son sort se retrouve ainsi responsable du malheur de toute sa famille. Une situation difficile à vivre, bien que ce soit toujours mieux que d’être obligée de continuer à vivre dans une famille où on est maltraité…

Du bois pour la cuisine

Du bois pour la cuisine

3. Le viol collectif chez les Santals

A une quinzaine de kilomètres du village santal dans lequel j’ai séjourné au Bengale occidental, une jeune fille avait été violée collectivement par les hommes de son village qui lui reprochaient d’entretenir une relation avec un homme musulman. J’étais déjà informée de cette histoire, qui avait donné lieu à des articles dans les médias indiens et internationaux, avant d’arriver dans le village.

Après avoir hésité pendant plusieurs jours à aborder le sujet avec mes interlocuteurs santals, j’ai fini par leur demander s’ils étaient au courant. Tout en condamnant le viol, ils m’ont dit que les médias avaient donné une interprétation complètement fausse de l’événement, dans le but, selon eux, de stigmatiser la communauté santale. Ils ne pensaient pas que c’était le « conseil des sages » du village qui avait ordonné ce viol punitif, comme les journalistes l’avaient écrit, mais que des jeunes gens avaient agi de leur propre initiative. Ils ont aussi souligné que les propriétaires terriens musulmans étaient souvent considérés comme des exploiteurs par les Santals, qui sont majoritairement des ouvriers agricoles sans terre. Selon eux, certains de ces hommes prennent des femmes santales comme maîtresses alors qu’ils sont déjà mariés et les abandonnent au bout de quelques années.

Tout en acceptant l’idée que les médias aient pu donner une image faussée de cette histoire par méconnaissance du contexte local (voire par volonté de salir les Santals), je me suis sentie mal à l’aise car j’avais l’impression que ces explications tendaient à rejeter une partie de la faute sur la jeune fille violée. Cet événement a jeté une ombre sur tout mon séjour chez les Santals et m’a conduite à douter de tous les propos qu’on m’a tenus sur la condition de la femme santale, censée être meilleure que celle de la plupart des femmes indiennes.

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Demande à mon oncle !

Des femmes de Mawlynnong travaillent dans les plantations de fruits

Des femmes de Mawlynnong travaillent dans les plantations de fruits

Mon séjour chez les Khasi du Meghalaya me rappelle un autre voyage, à Sumatra celui-là, qui remonte à 2010. En effet, sur l’île indonésienne, j’avais séjourné chez les Minangkabaus, une société de clans à l’organisation matrilinéaire, comme les Khasi. Les deux ethnies ont de nombreux points communs, bien que les Minangkabaus soient musulmans, les Khasi chrétiens (pour environ 80% d’entre eux, les autres suivant la religion tribale traditionnelle des Khasi).

Chez les Khasi, un enfant appartient au clan de sa mère. Le nom et les biens se transmettent par les femmes. La fille la plus jeune de la famille hérite de la part la plus importante des biens du clan. Elle est considérée comme la gardienne des valeurs familiales et devra s’occuper de ses parents âgés.

Organisation matrilinéaire ne veut pas dire pour autant que ce sont les femmes qui prennent toutes les décisions. Chez les Khasi comme chez les Minangkabaus, l’oncle maternel joue un rôle prépondérant dans la famille. C’est lui le chef de clan, celui qu’on doit consulter avant de se marier, par exemple. Un homme qui se marie continue à devoir en priorité assistance à ses sœurs et à ses nièces, plus qu’à sa femme et ses enfants.

Les femmes khasi sont très actives et gagnent souvent une part significative de l’argent du foyer. De nombreux commerces khasi sont tenus par des femmes.

« Beaucoup d’Indiens pensent que nous sommes fous de respecter autant les femmes ! » m’a dit en riant un homme du village de Mawlynnong.

Pourtant, beaucoup de facteurs poussent la société khasi à abandonner son organisation traditionnelle. Dans certains cas, la cohésion du clan est remise en cause par le fait que des membres quittent le village pour s’installer en ville. En s’éloignant de leur village, ils s’éloignent aussi de l’autorité de l’oncle maternel. Le père prend alors un rôle plus important au sein de la famille.

Le christianisme, qui est arrivé au Meghalaya avec des missionnaires anglais et gallois il y a 150 ans, valorise aussi le modèle patriarcal plutôt que l’organisation matrilinéaire. Ajouter à cela une bonne louche de télévision, de médias de masse et d’influence de la culture occidentale, et la culture khasi parait alors en sursis.

Une femme khasi occupée à couper du bois pour faire la cuisine

Une femme khasi occupée à couper du bois pour faire la cuisine

Du côté de chez Tagore, dans un village santal

Une "rue" du village de Bishnubati, au bengale occidental

Une « rue » du village santal de Bishnubati, au Bengale occidental

Après mon séjour très réussi à Bhubaneshwar, un trajet d’une dizaine d’heures de train m’a permis de gagner le Bengale occidental, l’Etat dont Calcutta est la capitale. Objectif : rencontrer la communauté santale, un des groupes tribaux les plus importants numériquement en Inde. Les Santals sont présents à la fois au Bengale occidental, dans le nord de l’Orissa, au Jharkhand, en Assam et même au Bangladesh.

Je suis descendue du train en gare de Bolpur-Shantiniketan. Shantiniketan est un centre intellectuel majeur. En 1901, le poète Tagore y créa une école qui devint progressivement une université. Aujourd’hui, elle attire des étudiants de toute l’Inde et de l’étranger. Mais avant d’aller découvrir ce lieu où bouillonne la matière grise, je me suis enfoncée pour quelques jours dans les campagnes bengalies.

Mon point de chute est un petit village santal aux rues en terre, aux maisons aux toits de chaume. Les rues débordent d’animaux : des vaches, des buffles, des chèvres, des moutons, des poules, des canards, quelques cochons et des chiens y cohabitent.

Les Santals sont connus pour leur sens de la propreté et en effet les rues du village sont très nettes, parfaitement balayées. Des bouses de vaches transformées en galettes, qui serviront de combustible, sèchent sur le tronc des arbres et sur les murs des maisons.

La famille qui me loge n’est pas santale, contrairement à la quasi-totalité des habitants du village. Elle appartient à une caste de forgerons. Elle habite une maison « en dur », avec un étage, à l’extrémité du village de Bishnubati. Mes conditions d’hébergement sont beaucoup moins spartiates que chez les Raïka : il y a l’eau courante, des toilettes, une salle-de-bains, un lit avec moustiquaire. Le grand luxe ! Mais surtout, Sanyasi Lohar et sa famille me réservent un accueil d’une gentillesse incroyable. Artiste peintre et responsable d’une petite ONG, il vit avec sa mère, sa femme et son fils de 6 ans.

Il émane une joie de vivre certaine des villageois de Bishnubati. Des enfants juchés sur des vélos quatre fois trop grands pour eux passent à toute vitesse entre les maisons, d’autres jouent avec des sortes de billes noires, un petit garçon court en brandissant un cerf-volant en papier. Des hommes discutent devant les maisons. Une femme enduit le mur extérieur de sa maison de bouse de vache. La plupart des maisons sont joliment peintes, avec des bandes bleues, blanches et ocres, ou des frises multicolores.

Les Santals sont réputés pour leur riche culture orale. Leur langue ne disposait pas d’écriture jusqu’à 1920, date d’une première transcription du santali. Boro Baski, le responsable d’une ONG qui a organisé mon séjour chez les Santals, m’explique qu’ils n’ont pas l’esprit de compétition et ne font donc pas de bons businessmen. La plupart d’entre eux possèdent peu ou pas de terre et travaillent comme ouvriers agricoles pour des propriétaires terriens. Ils ont des besoins limités et se satisfont d’une vie simple au village, dans laquelle la cohésion de la communauté joue un grand rôle. (Cliquez sur les photos pour les agrandir)

Cette cohésion est censée être assurée par cinq hommes, qui occupent dans chaque village des fonctions allant de chef du village à prêtre. Quand un problème apparait dans le village, il est soumis à ce groupe d’hommes, qui peut appeler tous les habitants du village à se rassembler au centre du village. Les décisions sont prises par consensus et validées par le chef du village.

Boro m’explique que le gouvernement du Bengale occidental a cherché à renforcer les conseils municipaux élus dans ces villages, mais lui semble persuadé que le système traditionnel est meilleur. Dans les faits, les deux systèmes cohabitent.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette histoire qui a fait les gros titres des journaux indiens il y a quelques mois, quand une jeune fille santale a été violée par les hommes de son village, parce qu’elle entretenait une relation avec un garçon musulman. Cela s’est déroulé seulement à une quinzaine de kilomètres de Bishnubati. Boro ne croit pas que ce soit le conseil du village qui ait ordonné le viol, il pense que des jeunes hommes du village ont agi de leur propre initiative.

A Bishnubati, on m’explique que les Santals sont assez libéraux en comparaison de la majorité des Indiens. Les femmes peuvent parler librement à d’autres hommes que leur mari, même en l’absence de celui-ci. La séparation d’un couple et le remariage des femmes ne sont pas stigmatisés par la communauté. En revanche, une femme santale qui épouse un non-Santal commet une offense grave et devra quitter le village. Les avis divergent toutefois sur la question : certaines familles me disent que c’était vrai il y a 20 ans, beaucoup moins aujourd’hui.

Lorsque deux familles souhaitent marier leurs enfants, les chefs et prêtres des deux villages se rencontrent pour décider si le mariage peut avoir lieu. Le mariage est l’alliance de deux familles, de deux villages, bien plus que de deux individus. Contrairement aux pratiques matrimoniales des hindous, aucune dote n’est versée par la famille de la jeune fille. Pendant la cérémonie, la femme est assise dans un grand panier, son fiancé sur les épaules du mari de la sœur de son père.

Un homme et une femme peuvent aussi simplement décider de vivre ensemble et remettre une certaine quantité de « rice beer » aux responsables du village, une méthode pratique pour les plus pauvres car peu coûteuse ! Si un homme veut épouser une femme d’un clan supérieur au sien, il peut pratiquer le mariage par enlèvement. Au détour d’un chemin, il applique par surprise la marque vermillon sur le front de la femme convoitée. Si celle-ci n’est pas d’accord, ce sera au conseil du village de décider de l’avenir de leur union. Mais selon Boro Baski, cette pratique n’a plus vraiment cours aujourd’hui (c’était encore le cas pour la génération de ses parents).

Bien qu’ils célèbrent certaines fêtes hindoues très importantes au Bengale occidental, comme Durga Puja (la fête de la déesse Durga), les Santals gardent leur propre religion. « Les hindous vénèrent des idoles, nous, nous vénérons la nature », résume Boro. Les Santals n’ont pas d’interdits alimentaires. J’ai vu dans le village des hommes occupés à chasser les souris, qui finissent dans leur assiette. Ils disposent de systèmes de pièges élaborés pour attraper les poissons, les oiseaux et les rongeurs.

Campagnes bengalies

Campagnes bengalies

 

A propos d’amour…

Sculptures érotiques du Temple du Soleil de Konark

Sculptures érotiques du Temple du Soleil de Konark

La visite du magnifique Temple du Soleil de Konark, qui compte de gracieuses sculptures érotiques, me donne envie de faire une petite digression sur le thème de l’amour et du mariage, à travers des anecdotes que l’on m’a racontées depuis le début de mon voyage.

Au début de mon séjour, à Delhi, j’ai eu une discussion assez franche sur le mariage avec le frère de la personne qui me recevait, un homme d’une petite trentaine d’années, à l’anglais impeccable. Il m’a raconté comment s’était passé son mariage, un an et demi plus tôt.

Sa famille avait cherché des filles « compatibles » avec lui sur un site internet d’annonces matrimoniales. Par « compatibles », ils entendaient à la fois que la caste (ils appartiennent à celle des ksatriya, la deuxième plus haute caste, après les brahmanes) mais aussi la région d’origine (ils viennent de l’Himachal Pradesh) devaient être les mêmes. Ensuite, ils avaient contacté un certain nombre de famille, sans succès. Finalement, ils avaient repéré sa future femme. Après accord entre les familles, les deux jeunes gens, âgés d’environ 30 ans, étaient allés déjeuner ensemble. La jeune femme avait alors demandé l’après-midi pour prendre sa décision, avant de dire le soir même qu’elle consentait au mariage.

Bien que je sache que la quasi-totalité des mariages sont arrangés en Inde, je me laisse toujours surprendre quand je réalise que cela se passe ainsi même dans les familles assez occidentalisées des grandes villes. L’idée de s’engager pour toute une vie après un simple déjeuner me donne le frisson ! Pourtant, le fait que les jeunes gens puissent se rencontrer et donner un avis sur leur prétendant(e) constitue déjà une marque de modernité.

Mon interlocuteur a beaucoup insisté auprès de moi sur le fait qu’il y a énormément de pression sur les épaules des jeunes gens en Inde : ils doivent travailler très dur pour faire de bonnes études, réussir leurs examens, ils n’ont pas le temps de s’amuser et d’avoir des « girlfriends ». Et, selon lui, ils sont convaincus que leurs parents savent ce qui est le mieux pour eux.

Il m’a aussi expliqué que le mari de sa sœur était  « à moitié kshatriya, à moitié brahmane », parce que ses parents ont fait un mariage d’amour, inter-castes, ce qui leur a valu une brouille définitive avec leur famille. Le fait que ces deux castes soient deux hautes castes « voisines » ne semblait pas être une circonstance atténuante.

Un peu plus tard au cours de mon voyage, à Bhubaneshwar, on m’a raconté une autre histoire qui reflète la conception des Indiens des relations hommes-femmes. L’adolescente de la famille chez laquelle je logeais ne pouvait plus recevoir chez elle une de ses meilleures amies, qui avait été définitivement interdite d’entrée dans leur résidence par les habitants. Elle avait été surprise par les caméras de surveillance en train d’embrasser son petit ami dans l’ascenseur. La jeune fille qui me recevait, elle-même très occidentalisée, était furieuse contre ce qu’elle considérait comme l’hypocrisie de ses voisins mais disait qu’elle ne pouvait pas aller contre leur volonté.

Dans le même ordre d’idée mais dans un milieu très différent, lors de mon passage chez les Raïka du Rajasthan, des hommes m’ont expliqué avoir exclu de leur village un Raïka qui s’était marié en dehors de sa communauté, avec une femme d’Inde du Sud. Finalement, ville ou campagne, la communauté (et pas seulement la famille) continue à exercer dans presque tous les cas un contrôle très strict sur ce que nous Occidentaux considérons comme la vie privée des individus.

Voyager seule en Inde : inconscient ou pas ?

Voilà un certain temps que j’hésite à me lancer dans un article sur le thème du voyage solitaire au féminin en Inde. Je me sentais assez mal à l’aise pour écrire sur ce sujet, je me demandais s’il n’y avait pas une certaine indécence à l’aborder alors que les violences dont sont victimes les touristes femmes en Inde sont numériquement si limitées par rapport à celles qui touchent les Indiennes.

Mais depuis quelque temps, quand je dis que je vais partir seule en Inde pendant deux mois, on me demande quasi-systématiquement : « Et tu n’as pas peur ? ». Il y a quelques années, j’aurais répondu sans hésiter que non, je n’ai pas peur, que l’Inde est un pays où une femme seule peut voyager sans crainte. Aujourd’hui, bien que je sois consciente de l’effet « coup de projecteur » des médias sur un phénomène qui existe depuis toujours, ma réponse est plus nuancée.

A côté des viols collectifs de femmes indiennes qui ont fait la une des médias du monde entier, plusieurs faits-divers touchant des voyageuses étrangères ont en effet marqué les esprits dernièrement : une touriste danoise violée à Paharganj, le quartier des routards de Delhi, une Suisse qui voyageait pourtant avec son mari victime d’un viol collectif… Même si aucun voyage n’est exempt de risque et que des viols ont lieu dans tous les pays du monde, ça donne à réfléchir…

Les éléments qui suivent ne sont rien d’autre qu’un reflet de mon expérience de voyageuse en Inde et n’ont aucunement valeur de vérité générale.

Le Taj Mahal vu depuis mon hôtel à Agra, en 2007

Le Taj Mahal vu depuis mon hôtel à Agra, en 2007

Sur mes six séjours en Inde (dont un séjour d’un an et d’autres qui ont duré plusieurs mois), au cours desquels je voyageais souvent seule, il ne m’est jamais rien arrivé de grave. J’ai pourtant pris des trains et des bus de nuit seule et parcouru des régions peu touristiques, comme le Bihar. J’ai souvent eu l’impression que le fait d’être une femme seule suscitait la curiosité de voyageurs bienveillants (généralement des familles), qui me prenaient sous leur aile, me demandaient où j’allais, me prévenaient quand arrivait la gare où je devais descendre du train. Être seule facilitait les rencontres.

Néanmoins, je me suis retrouvée plusieurs fois dans des situations inconfortables. Elles étaient souvent liées à l’image faussée de la femme occidentale qu’ont certains Indiens. Ils s’imaginent, à force de voir des clips de Britney Spears ou Miley Cyrus, qu’avec elles, c’est tout le temps « opération portes ouvertes » ! L’Inde est aussi un pays aux mœurs conservatrices où les contacts entre jeunes gens et jeunes filles sont très limités, voire impossibles, avant le mariage, et où le système du mariage arrangé oblige les hommes à attendre le bon vouloir de leurs parents pour prendre femme, ce qui induit une grande frustration sexuelle.

A titre d’exemple, il m’est arrivé dans une grande ville d’Inde du sud d’être abordée par un jeune homme, anglophone et habillé à l’occidentale, qui m’a demandé à brûle pourpoint, sans s’enquérir de mon nom ni chercher à engager la conversation, « do you want to have sex with me?« . Comme je répondais « No! Go away », il a répliqué « Don’t worry, I will take all the expenses! », comme si c’était le prix de la chambre d’hôtel qui posait problème ! J’ai longtemps regretté de ne pas l’avoir giflé, moi qui n’ai jamais giflé personne ! Mais il aurait sans doute été plus judicieux d’essayer de lui expliquer que non, ce n’est pas comme ça que fonctionnent les femmes blanches. La plupart de mes amies qui ont voyagé seules en Inde ont connu ce type d’expérience.

Dans le même ordre d’idée, lors d’un voyage professionnel au cours duquel je bénéficiais d’une voiture avec chauffeur, le dit-chauffeur m’a demandé dès le premier jour, alors que nous devions en passer 40 ensemble, « do you like sex? ». Comme, déstabilisée par cette question imprévue, je la lui retournai (« What about you? »), il m’a répondu qu’il ne savait pas, car il n’avait jamais essayé. Il était le 3e ou 4e enfant d’une fratrie et, alors qu’il était âgé d’une bonne trentaine d’années, ses parents n’avaient pas encore commencé à lui chercher une épouse.

Ces deux exemples montrent que, même lorsque l’on ne subit aucune agression physique, il faut s’attendre à susciter un intérêt parfois mal placé. La culture indienne est très différente de la nôtre et pour beaucoup d’Indiens, il est inconcevable qu’une femme voyage seule (de surcroît à l’étranger), aille seule à l’hôtel ou au restaurant. Ils associent cette incroyable liberté de mouvement des femmes occidentales à la liberté sexuelle, ce qui n’est pas absurde mais se manifeste de façon parfois déplaisante pour la voyageuse !

Pour cette raison, il m’est arrivé à plusieurs reprises de recevoir un accueil incrédule quand je me présentais dans un hôtel et demandais une chambre. Le personnel allait immédiatement chercher le « manager », qui me demandait si j’étais vraiment seule, et pourquoi, et ceci et cela, avec un air suspicieux ! De la même façon, une femme seule dans un restaurant risque t’attirer tous les regards. Ces remarques ne concernent évidemment pas les zones touristiques, où les Indiens se sont habitués aux bizarreries des étrangers.

Faire l’objet d’une attention permanente est désagréable mais ne doit pas pour autant empêcher de vaquer à ses activités. Quelle attitude adopter pour minimiser les risques de rencontrer un problème plus grave ?

Cela n’arrêtera sans doute pas un agresseur déterminé, mais quand je voyage en Inde, j’adopte autant que possible des vêtements qui correspondent aux standards indiens de décence et de modestie. Je proscris les débardeurs, car le haut du bras et les aisselles sont considérés comme des parties érotiques du corps (regardez comme les blouses de sari sont serrées au niveau du bras !), les T-shirts moulants, les jupes courtes ou les shorts. Je porte la plupart du temps la salwar kameez, cet ensemble pantalon-tunique-écharpe que portent de nombreuses Indiennes, et même lorsque je porte un pantalon ou une jupe et un T-shirt, je drape une écharpe sur ma poitrine. De toute façon, avoir une écharpe sur soi est pratique, qu’il s’agisse de visiter un lieu de culte ou de se protéger du soleil. Vous pouvez me trouver plus royaliste que le roi, mais comme ça je me sens à l’aise aussi bien en ville que dans les campagnes reculées.

 

Avec une tunique et une écharpe, on passe partout, ou presque !

Avec une tunique et une écharpe, on passe partout, ou presque !

En salwar kameez dans la grande mosquée de Delhi, en 2007

En salwar kameez dans la grande mosquée de Delhi, en 2007

Ensuite, je m’arrange autant que possible pour ne pas arriver de nuit dans un endroit inconnu. Ce n’est pas toujours possible et si l’on doit vraiment arriver de nuit, mieux vaut se faire attendre par quelqu’un.  L’une des rares fois où j’ai vraiment eu l’impression de courir un risque pendant un voyage en Inde correspond à une arrivée en train à 3 heures du matin dans la grande ville de Bhopal, au Madhya Pradesh. Je n’en menais pas large au moment de monter dans un auto-rickshaw, au milieu d’une ville silencieuse, en plein cœur de la nuit !

Comme le soleil se couche brutalement vers 18h ou 18h30 toute l’année, il est impossible de ne pas sortir seule à la nuit tombée, mais dans ce cas, mieux vaut rester dans les artères animées et éviter les lieux où l’on sert de l’alcool. Ce n’est pas difficile car la plupart des restaurants ne servent pas une goutte d’alcool. J’évite aussi les hôtels qui comportent des bars : ce ne sont pas des lieux de séjour familiaux, les bars n’étant fréquentés que par les hommes (je ne parle pas des hôtels de luxe, que je ne fréquente pas).

Dans les trains de nuit, je réserve autant que possible la couchette du haut, qui permet de se trouver au-dessus de la mêlée.

Alors évidemment, tout cela n’empêche pas de tomber sur des personnes malintentionnées, le risque zéro n’existe pas. Et tout en respectant ces règles de bon sens élémentaire, il m’est arrivé de me comporter d’une façon qui serait jugée complétement irresponsable par beaucoup : en faisant du stop (une seule fois, et au Ladakh, qui n’est déjà plus tout à fait l’Inde !), en montant sur la moto d’un parfait inconnu qui proposait de me montrer un site… J’ai eu la chance que tout se passe toujours bien et essaie, tout en restant prudente, de ne pas tuer cette part d’imprévu et cette confiance envers les gens rencontrés qui font en bonne partie le charme des voyages.

Rencontres fugaces

Aujourd’hui j’ai envie de publier une petite galerie de portraits pris au cours de voyages en Inde précédents. Je pourrais épiloguer sur l’intensité des regards et la beauté des couleurs, qui me frappent à chacun de mes séjours. Mais comme ce sont presque des lieux communs, je préfère laisser parler les images, et aussi profiter de l’occasion pour raconter des anecdotes associées à ces rencontres parfois très brèves mais souvent marquantes.

Bien que mon projet de livre pour enfants soit lié à des populations, notamment tribales, vivant dans des campagnes souvent reculées, je commence cette série par un jeune couple indien moderne et urbain, pour montrer une facette différente de l’Inde. Darjeeling, tout au nord de l’Etat du Bengale occidental, constitue une destination prisée des habitants aisés de Calcutta, pour leurs vacances en famille ou leur voyage de noces. Ce couple pose devant le célèbre train à vapeur de la station d’altitude. Vous ne trouvez pas à l’homme un petit air de Shahrukh Khan, le roi de Bollywood ?

Dans le même ordre d’idées, voici aussi une photo d’un jeune garçon qui m’a promenée en barque sur le Gange à la tombée du jour, à Bénarès. Son téléphone portable ne cessait pas de sonner et je ne pouvais pas m’empêcher d’être  contrariée de voir mon exploration de la ville sainte, où se mêlent la vie et la mort, troublée par cette touche de modernité parasite ! Le jeune homme prenait les appels les après les autres tout en continuant à plonger ses rames dans l’eau lourde du fleuve.

 

 

La famille qui pose dans la cour de sa maison m’a hébergée à Orchha, une magnifique petite ville du Madhya Pradesh. Je l’avais trouvée à travers le programme de séjours chez l’habitant Friends of Orchha, que je recommande vivement. Le père de famille, Rambabu, est charpentier. Il vit avec sa femme, ses trois filles, sa mère et les trois enfants de son frère. Sans oublier une vache et un perroquet qui figurent aussi sur la photo de famille ! La plus grande des filles, Rohini, 16 ans, était la seule personne à parler un peu anglais, mais j’ai eu des échanges assez riches pour mon hindi limité avec le père de famille, qui me montrait toutes sortes d’objets en les nommant en hindi quand nous étions tous assis autour du foyer installé dans la cour, sous les étoiles, pendant et après le repas du soir.

Les trois dernières photos sont les plus anciennes. Je les ai prises en 2007, pendant que je réalisais un reportage sur une marche non-violente de 350 km de paysans sans terre. Une marche dans la tradition gandhienne, comme le montre le portrait du Mahatma porté par une jeune fille.

Comme toujours, cliquez sur les photos pour les agrandir et voir le diaporama.

Tour du monde en 14 projets

Alors qu’approche la deuxième session de formation de la Villa Marco Polo (elle aura lieu le week-end du 12-13 avril à Albertville), il est grand temps de vous présenter les projets qui ont été retenus, comme le mien, pour la première promotion de cette « résidence de grands voyageurs« .

Pour participer à l’aventure de la « Villa », il fallait soumettre un projet de voyage durant de 6 semaines à 6 mois et un projet de restitution de ce voyage. Les « voyageurs » qui ont été retenus ont tous proposé des destinations différentes et des formes de récit tout aussi variées, allant du site internet à l’exposition de photos, en passant par le film, le carnet de voyage numérique, le web-documentaire et le livre pour enfants (dans mon cas).

Jade Mietton, photographe, partira dans le sud algérien pour réaliser un film, mélange de fiction et de documentaire, racontant sa rencontre avec les « hommes bleus », les Touaregs.

Étudiante en anthropologie, Anne-Laure Paffenholz va voyager de Nice au Brésil, en passant par la zone de Notre-Dame-des-Landes, pour témoigner à travers un film de l’impact de la construction du barrage du Monte Belo sur la population locale et l’environnement.

Retenues en duo par la Villa Marco Polo, Alice Glenisson et Laura Talias veulent créer un site internet et un carnet de voyage numérique sur le tourisme responsable en Birmanie.

Tel un Che Guevara sur les routes d’Amérique latine, Aurore Wouters enfourchera quant à elle une motocyclette pour rallier l’Inde depuis Bruxelles. Dans chacun des pays traversés (Grèce, Turquie, Iran…), elle réalisera un portrait de femme artiste.

Portraits de femmes aussi, mais de femmes paysannes, avec Dorothée Lasne. Dorothée va parcourir le Laos, le Cambodge et le Vietnam pour réfléchir au rôle des femmes dans le développement des zones rurales. Elle restituera son voyage sous forme de textes, de photos et de dessins.

Le Suisse Jonathan Maitrot, lui, vibre plus par le son que par l’image. Il passera trois mois au Canada pour réaliser des portraits audio de personnes vivant en quasi-autarcie.

Intéressée elle aussi par des personnes vivant plus ou moins en marge de la société de consommation, Lola Palmier va arpenter l’Australie en van pour témoigner de l’existence de ceux qui vivent sur la route dans ce pays-continent.

Marion Longo, benjamine de la Villa du haut de ses 21 ans, a eu un coup de cœur pour les Hadzabe, des chasseurs-cueilleurs de Tanzanie. Elle va réaliser un film documentaire dans lequel les Hadzabe seront à la fois devant et derrière la caméra.

Les cofondateurs de l’association « Globetrotte 4 peace », Clément Burelle et Julien Masson sont les deux « autochtones » de l’aventure, originaires de Savoie. A travers son projet « Vie de Quetzal« , Clément veut mettre en place une exposition de photos itinérante, en français et en espagnol, présentant des portraits d’hommes et de femmes libres. Julien Masson est pour sa part préoccupé par la transmission du goût du voyage et de l’ouverture sur le monde aux enfants de chez nous. En partenariat avec les classes de deux collèges, il partira sur les traces de Tirailleurs sénégalais, entre Dakar et Lyon.

Enfin, Estelle Fromentin a choisi un sujet d’exploration prometteur : l’amour ! Elle va partir vivre en Argentine et réaliser un web-documentaire racontant d’authentiques histoires d’amour récoltées au cours de son séjour.

Avec de tels profils et de tels projets, pas étonnant que chaque réunion des « Villageois » donne lieu à des échanges bouillonnant d’enthousiasme !

Avec un thé et un bateau, on peut aller très loin !

Avec un thé et un bateau, on peut aller très loin !