Rencontrez Prakash au festival Le Grand Bivouac !

Cet automne, les aventures de Prakash ont l’honneur d’être invitées au festival Le Grand Bivouac d’Albertville, le premier festival de films de voyage de France mais surtout un génial lieu de rencontre de gens passionnés et passionnants : écrivains-voyageurs, réalisateurs, photographes, professionnels du tourisme responsable et « simples voyageurs » revenant du bout du monde.

Pour vous donner envie, cliquez donc sur la bande-annonce !

Mon projet de livre pour enfants sur l’Inde est lié depuis l’origine à ce festival, car je l’ai développé dans le cadre d’une résidence pour grands voyageurs mise sur pied par l’équipe du Grand Bivouac.

Dimanche 16 octobre à 12h30, venez rencontrer Prakash, le dromadaire à cinq pattes, l’arbre qui chante avec une voix de femme, le coq fanfaron, le léopard un peu crétin mais surtout très émotif et plein d’autres personnages inspirés par mes voyages en Inde, au cours d’une lecture-débat. Les enfants, les parents, les adultes retombés en enfance et ceux qui n’ont jamais vraiment grandi sont les bienvenus !

Toutes les infos sont ici.

Et si Albertville est vraiment trop loin de chez vous, Les quatre trésors de Prakash sont toujours disponibles ici, en format papier et numérique. Le livre peut aussi être commandé dans toutes les librairies.

Un petit garçon indien qui pourrait bien être Prakash

Un petit garçon indien qui pourrait bien être Prakash

Prakash en papier !

Plus d’un an après la fin de mon dernier voyage en Inde et la rédaction du conte « Les quatre trésors de Prakash », inspiré par les traditions orales des communautés rurales dans lesquelles j’ai séjourné, il était temps de faire sortir mon manuscrit du fond du tiroir, ou plutôt des entrailles de mon disque dur.

C’est chose faite !

Vous pouvez désormais acheter le conte ici, en formats papier et numérique et aussi chez votre libraire préféré.

La couverture du livre, dessinée par Kavita Singh Kale

Si vous avez un peu suivi ce blog, vous retrouverez dans le texte les quatre communautés qui m’ont magnifiquement accueillie à l’automne 2014. Les Raïka, dont le mode de vie est si intimement lié à leurs dromadaires et leurs moutons. Les Khasi, société matrilinéaire installée au Meghalaya, le mystérieux « domaine des nuages ». Les Santals, avec leurs maisons aux frises colorées. Les Irulas, chasseurs de serpents et bons connaisseurs des plantes médicinales.

(cliquez sur les photos pour les agrandir)

 

Si vous ne les connaissez pas encore, venez les découvrir à travers les pages des « Quatre trésors de Prakash » ! Vous y croiserez aussi un dromadaire à cinq pattes, un léopard très émotif et un arbre qui chante avec une voix de femme.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur la talentueuse Kavita Singh Kale, qui a dessiné la couverture du livre, c’est ici que cela se passe.

Le Chettinad, un rêve éveillé

Vue sur un village du Chettinad depuis un temple de Murugan

Vue sur un village du Chettinad depuis un temple de Murugan

Une fois bouclé le « Prakash-tour », j’ai pris quelques jours pour simplement profiter du Sud de l’Inde sans rendre visite à aucune tribu aux mœurs matrimoniales originales ou aux traditions orales bien vivaces.

Mes pas m’ont emmenée entre autres dans la région du Chettinad, une partie rurale du Tamil Nadu à côté de laquelle le visiteur risque de passer s’il se contente de voyager de ville en ville. Ce serait fort dommage car les minuscules villages du Chettinad renferment des milliers de palais (entre 11.000 et 15.000, aussi énorme que cela puisse paraître !) tous plus grandioses les uns que les autres.

Le Chettinad est la terre des Chettiars, une caste de marchands qui a fait fortune au XIXe siècle en commerçant en Asie du Sud-Est. Les familles ont affiché leur réussite en faisant construire d’immenses maisons, utilisant les matériaux les plus fastueux, du bois de teck de Birmanie au marbre d’Italie.

Cliquez sur les photos pour les agrandir. (Ce ciel gris ne rend pas justice aux couleurs vives des maisons !).

L’âge d’or des Chettiars a pris fin avec la Seconde Guerre mondiale. Leurs affaires ont périclité et la jeune génération a quitté la région du Chettinad pour chercher du travail dans les grandes villes indiennes et à l’étranger. Le silence s’est installé dans les cours de maisons devenues trop grandes, qui ne s’animaient plus que lors de rares fêtes de famille, quand elles n’étaient pas laissées complètement à l’abandon.

Mais depuis quelques années, certaines de ces demeures ont été transformées en hôtels pleins de charme, souvent encore décorés des photos en noir et blanc et des portraits des familles Chettiars qui les ont fait construire. C’est le cas de Saratha Vilas, un hôtel ouvert par deux Français férus d’architecture, dans le village de Kothamangalam (voir photo ci-dessus).

D’autres maisons sont ouvertes à la visite. Moyennant quelques roupies, le curieux peut traverser une immense véranda, entrer dans une première pièce aux dimensions de salle de bal, puis dans une cour entourée de colonnes, puis dans une autre cour tout aussi somptueuse. Derrière chaque porte, l’émerveillement est au rendez-vous.

La région est d’autant plus agréable à visiter que les villages du Chettinad sont petits et se parcourent facilement à pied. On flâne entre les grandes demeures, en humant le parfum d’une époque disparue. Pas de pollution, presque pas de klaxons : un répit bienvenu au milieu du chaos indien ! Le contraste entre le calme des villages et le faste des maisons est saisissant. Certains hôtels proposent des carrioles tirées par des bœufs, pour se plonger paisiblement dans cette atmosphère surannée.

Une simple mais jolie maison tamoule au milieu des palais !

Une simple mais jolie maison tamoule au milieu des palais !

Les rues des villages sont bordées de dizaines de palais

Les rues des villages sont bordées de dizaines de palais

Chez les chasseurs de serpents

Une rue du village de Chenneri

Une rue du village de Chenneri

Irula signifie « sombre ». Quand on sait à quel point la hiérarchie sociale indienne est liée à la couleur de la peau, dire cela, c’est déjà dire beaucoup.

Néanmoins, cette façon de les désigner cette « tribu » pourrait aussi venir du fait qu’elle vivait encore il y a quelques décennies dans l’obscurité des forêts.

Les Irula constituent probablement la plus défavorisée des communautés dans lesquelles j’ai séjourné au cours de ce voyage. Mais c’est aussi celle dont les mœurs m’ont semblé les plus proches des nôtres.

L’ONG Irula Tribal Women’s Welfare Society (ITWWS) m’a mise en contact avec la famille de Masi et Susila, tous les deux attrapeurs de serpents pour une coopérative chapeautée par le gouvernement.

Masi et Susila ont fait un mariage d’amour, une pratique qui semble courante chez les Irula. Sous leur toit habitent également leurs deux fils et la petite amie de l’un d’entre eux, prénommée Sonia. Le directeur d’ITWWS m’a expliqué qu’il était fréquent chez les Irula qu’une jeune fille vienne habiter chez ses futurs beaux-parents plusieurs mois avant le mariage. Cela permet de voir si tout se passe bien avant de s’engager durablement. En tout cas, l’affection qui unit les deux couples était bien visible.

Sonia fait la lessive derrière la maison

Sonia fait la lessive derrière la maison

Par ailleurs, contrairement à ce que j’ai pu observer tout au long de mon voyage, chez Masi et Susila, les hommes participent aux tâches ménagères, qu’il s’agisse des corvées d’eau ou de la cuisine. Tout le monde prend également son repas au même moment, la mère de famille n’attendant pas que tous les autres aient fini pour se nourrir. Bref, j’ai trouvé cette famille très soudée et très sympathique.

Le jour de mon arrivée, comme Susila me demandait (par l’intermédiaire d’un interprète) quel genre de choses j’aimais manger, j’ai dit, en plaisantant à moitié, que j’avais envie de goûter la viande de rat. En effet, les Irula chassent les rats pour leur viande. Par leur passé, ils profitaient aussi de la chasse aux rats pour « voler » dans leurs tanières des réserves de riz pouvant aller jusqu’à plusieurs kilos. Aujourd’hui, les rizières ont presque disparu de la région et le riz des tanières, mais la viande de rat est toujours consommée.

Pendant tout mon séjour dans la famille, j’ai attendu avec une certaine appréhension le moment où l’on me servirait des bouchées de rat, mais je n’ai eu droit qu’à de bons plats de légumes et un curry de poisson férocement épicé !

La maison dans laquelle j’étais reçue était un des plus belles du village. Grâce aux revenus tirés de la capture des serpents pour la coopérative, cette famille a pu accéder à un niveau de confort bien supérieur à celui des simples ouvriers agricoles. Sa maison, pimpante sous sa couche de peinture vert clair, comprend quatre pièces, plus une cuisine extérieure, installée sous un toit en branchages.

Le confort ne va pas toutefois pas jusqu’à l’eau courante. Comme chez les Raïka, il y a un robinet installé à proximité de la maison et quand l’eau y est disponible, à heure fixe, il faut se dépêcher de remplir le maximum de récipients et de transvaser l’eau dans des cuves. Elle servira ensuite, jusqu’au lendemain matin à se laver, boire, faire la cuisine, la lessive et la vaisselle.

Une fois de plus, je me suis trouvée bête en soulevant péniblement de quelques centimètres des récipients remplis d’eau que des femmes faisant une tête de moins que moi transportaient sans problème !

Les autres maisons du village sont d’allure beaucoup moins engageante que celle où je logeais. Celles des familles les plus pauvres sont en terre avec un toit en branchage, parfois recouvert tant bien que mal de bâches en plastique pour empêcher les pluies de mousson (nous sommes en plein dedans) de pénétrer à l’intérieur.

D’autres sont de petits cubes en béton financés par le gouvernement, souvent flanqués d’une cuisine extérieure au toit en branches. Toutes les familles ne parviennent pas à accéder à ce programme, car il faut avancer l’argent nécessaire pour construire la maison « en dur », et ensuite seulement le gouvernement rembourse les frais engagés sur présentation de la facture.

Une maison du village de Chenneri

Une maison du village de Chenneri

De nombreuses familles du village ont en revanche accès à des cartes d’alimentation, dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition. Ces cartes leur donnent le droit d’acheter 30 kg de riz par mois au prix d’une roupie le kilo, c’est-à-dire presque rien.

Comme presque toutes les communautés visitées depuis le début de ce voyage, les Irula sont une communauté en transition. La jeune génération s’intéresse nettement moins aux serpents que les précédentes. L’activité de la coopérative a également tendance à décliner. Comme ses quelque 330 membres, Susila et Masi ne sont autorisés à attraper que le nombre de serpents que la coopérative leur commande, appartenant à des espèces déterminées.

La connaissance des plantes médicinales constitue une autre richesse des Irula qui pourrait disparaître avec leurs anciens. ITWWS travaille à la valorisation des connaissances des guérisseuses traditionnelles et commercialise toute une gamme de poudres et d’huiles fabriquées à partir de plantes locales. De la lutte contre la chute des cheveux aux traitements contre les calculs rénaux et le diabète, chacun peut y trouver son bonheur.

Jolie petite fille du village

Jolie petite fille du village

Là où les cobras crachent leur venin…

Un cobra blanc sous  la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Un cobra blanc sous la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Au Rajasthan, j’ai dormi au milieu des dromadaires. Dans l’Assam, je suis allée taquiner les rhinocéros unicornes. Au Tamil Nadu (sud-est de l’Inde), pour la dernière étape de mon voyage, place aux animaux à sang froid !

J’ai inauguré mon séjour dans la région par une visite à la « Madras Crocodile Bank Trust and Center for herpetology », une institution qui fait à la fois office de zoo spécialisé et de centre de recherche et de conservation pour des espèces de tortues, de serpents et de crocodiles.

Je ne nourris pas de passion secrète pour les serpents et les crocodiles. Mon intérêt pour ce lieu tient au fait qu’il emploie de nombreux Irula, des membres du groupe tribal du Tamil Nadu que j’ai décidé de faire figurer dans mon livre.

Les Irula sont connus pour leur bonne connaissance des plantes médicinales et leur habileté à attraper les serpents. Il y a encore quelques décennies, ils vivaient de la chasse et de la récolte des produits de la forêt (bois, cire, miel, racines…). Les lois de protection de la nature adoptées dans les années 1970 les ont obligés à abandonner ce mode de vie. Ne possédant pas de terre, les Irula sont alors souvent devenus ouvrier agricoles.

Une loi sur la protection de la faune sauvage leur a également interdit de tuer les serpents pour vendre leur peau.Mais à partir des années 1980, les Irula se sont organisés en coopérative pour récolter et vendre le venin des serpents qu’ils attrapent. Ce venin, utilisé pour fabriquer des antipoison et des traitements contre le cancer, est recueilli sans tuer l’animal. Les Irula peuvent ainsi continuer à tirer un revenu de leurs talents traditionnels de pisteurs et attrapeurs de serpents.

Des créatures qu'on n'aimerait pas croiser au détour d'un chemin !

Des créatures qu’on n’aimerait pas croiser au détour d’un chemin !

A la Crocodile Bank, j’ai pu assister à la « traite » des serpents, effectuée sous les yeux des visiteurs par des Irula aux gestes très sûrs. Dans une sorte de préau, des dizaines de pots en terre contenant des serpents étaient alignés. Un homme allait y puiser les animaux avec un bâton muni d’un crochet et les passait à un de ses collègues, qui leur faisait cracher leur venin dans un récipient. Une troisième personne marquait ensuite le serpent, de façon à ce qu’il ne soit pas prélevé plusieurs fois.

L’opération était spectaculaire quand de gros serpents passaient de mains en mains. Un cobra blanc m’a laissé une impression particulièrement forte.

Le cobra blanc

Le cobra blanc

Chaque serpent est gardé pendant un mois à la Crocodile Bank. Au cours de ce mois, il est « trait » quatre fois, avant d’être relâché. Un Irula qui amène un cobra au centre est payé 2.000 Rs (1 euro = environ 80 Rs). A titre de comparaison, un manœuvre agricole gagne environ 130 Rs par jour de travail.

L’Inde compte 50 espèces de serpents venimeux, qui causent la mort d’au moins 25.000 personnes par an (ce chiffre ne comprend que les personnes qui ont été amenées dans les hôpitaux, pas celles qui ont été soignées par des guérisseurs traditionnels), selon les données de la Crocodile Bank.

Néanmoins, l’activité de la coopérative des attrapeurs de serpents irula semble être sur le déclin. Si j’ai bien compris, cela est dû en bonne partie au développement de sociétés de nanotechnologies, qui parviennent aujourd’hui à créer des antipoison à partir de quantités infimes de venin de serpent. Des lourdeurs bureaucratiques seraient aussi en cause.

Quel que soit l’avenir qui attend la coopérative, il est intéressant de constater que les connaissances ancestrales de tribus placées tout en bas de l’échelle sociale indienne peuvent rendre de grands services à la médecine moderne.

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Pour en savoir plus, lisez mon article sur le même thème sur le blog « Making of » de l’AFP.

Rhino y es-tu ?

Jeudi 13 novembre, 4 heures du matin. C’est le bruit de la pluie qui me réveille. Je commence par me demander si ce n’est pas le bruit du ventilateur ou simplement mon voisin de chambre qui prend sa douche. Je voudrais le croire, mais non, pas de doute, il pleut des cordes.

Mon réveil était programmé pour 4h15. A 5 heures, je dois monter sur un éléphant pour partir à la rencontre des rhinocéros unicornes du parc national de Kaziranga, dans l’Assam (nord-est de l’Inde).

Avec plus de 2.000 rhinocéros unicornes, le parc regroupe une très large proportion des spécimens de cette espèce menacée. Il abrite aussi des buffles, différentes sortes de daims et des tigres. Mais avec ces trombes d’eau, le programme semble compromis.

Heureusement, peu avant 5 heures, la pluie a le bon goût de cesser et je peux monter, en compagnie d’un Allemand et d’un Israélien, sans compter le « mahout », sur le dos d’un sympathique éléphant, dans la lumière grise du petit matin. Nous ne sommes pas seuls à pénétrer dans les hautes herbes du parc. Une dizaine d’éléphants chargés de touristes constitue un véritable convoi. Certains éléphants sont suivis de leur petit, qui slalome entre les adultes.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

La première rencontre de taille ne se fait pas attendre. Un rhinocéros prend son bain dans une flaque de boue. Il reste placide malgré le cercle d’éléphants qui se forme autour de lui. Plus loin, dans une zone moins touffue, des dizaines de daims paissent en compagnie d’aigrettes. Des buffles aux cornes impressionnantes, plus farouches que les rhinocéros, se déplacent dans les hautes herbes, gardant leurs distances avec les éléphants.

L’air est encore chargé d’humidité, les pieds des éléphants s’enfoncent profondément dans la boue à chaque pas, les différentes teintes de vert du paysage émergent progressivement de la nuit. Un beau moment malgré le grand nombre d’éléphants et de touristes.

Un daim du parc de Kaziranga

Un daim du parc de Kaziranga

La journée continue avec un autre « safari », en jeep cette fois-ci. Contre toute attente, il donne plus l’impression que l’heure passée à dos d’éléphant de s’enfoncer au cœur du parc, sans déranger les animaux. Nous observons d’innombrables oiseaux, pélicans, cigognes, grues, aigrettes, petits rapaces… Aucun tigre ne montre le bout de ses moustaches, mais les buffles, rhinocéros et daims sont à nouveau au rendez-vous.

Le rhino menaçant

Un rhino menaçant !

La route est bloquée...

La route est bloquée…

Le meilleur moment est évidemment celui où un rhinocéros décide brusquement de charger la jeep et où tous ses occupants crient en même temps au chauffeur « go, go, go ! ». Heureusement, ce n’était que de l’esbroufe et l’énorme masse grise s’arrête après quelques mètres. Notre chauffeur nous explique qu’un rhinocéros peut se déplacer à 60 km à l’heure.

Pouvoir observer d’aussi près cet animal qui semble tout droit sorti de la préhistoire, avec son épaisse carapace, vaut vraiment le déplacement jusqu’à Kaziranga.

 

A l’assaut des « Garo Hills » !

Une cabane perchée au-dessus d'une plantation

Une cabane perchée au-dessus d’une plantation

Il me restait quelques jours à passer au Meghalaya, après avoir exploré les « Khasi Hills » et avant de m’envoler vers Madras, au sud du pays, pour la dernière étape de mon voyage. J’ai décidé d’en profiter pour aller découvrir une autre tribu du Nord-Est de l’Inde : les Garo.

Alors que les Khasi appartiennent à la famille khmère, les Garo sont de souche tibéto-birmane. Ils habitent dans les collines du sud-ouest du Meghalaya, à 5 heures de route de Guwahati. Comme les Khasi, ils se sont massivement convertis au christianisme, sous l’influence de missionnaires (baptistes, et non presbytériens cette fois).

Toutefois, une partie d’entre eux continue à pratiquer la religion tribale traditionnelle. C’était le cas dans le village que j’ai visité, celui de Sadolpara.

J’y ai été impressionnée par la longueur des maisons, faites de bois et de bambous tressés. Elles sont construites autour d’un foyer central et décorées d‘empreintes de doigts faites avec de la poudre de riz. Des plumes ornent souvent l’entrée principale, tandis des trophées de cervidés sont accrochés dans la sorte de véranda qui occupe l’arrière de la maison.

Accompagnés par deux fonctionnaires qui me servaient de guides, j’ai été très bien reçue par les habitants, qui m’ont fait boire de la bière de riz et m’ont même invitée à déjeuner. Le repas se composait de riz, de purée de courge et d’une tasse de miel venant directement de la forêt, le tout arrosé de bière de riz (que j’ai fait mon possible pour ne pas boire, car la nourriture très épicée et l’odeur douçâtre de la bière de riz mettaient mon estomac à rude épreuve !).

Déjeuner dans une famille garo ! Attention les papilles !

Déjeuner dans une famille garo : attention les papilles !

Un peu plus tard, nous avons rencontré une femme âgée qui nous a montré la statue érigée en mémoire de son fils, mort quelques mois plus tôt. Coiffée d’un parapluie, la statue était aussi garnie de tout ce dont l’homme pouvait avoir besoin dans l’au-delà : des paquets de biscuits, du riz, une gourde de bière de riz, du bétel, du riz…

La dame semblait fière de la monter et, malgré ma gêne initiale, a insisté pour que nous soyons prises en photo toutes les deux devant la statue.

La statue en mémoire à un fils décédé

Une statue en mémoire à un fils décédé

La statue en mémoire à un fils décédé

Une statue en mémoire à un fils décédé

On m’a également montré une sorte de « Y » de bois planté au milieu du village, qui sert de billot pour décapiter les vaches lors de fêtes religieuses, et le bâtiment dans lequel la justice est rendue. Comme chez les Santal du Bengale occidental, la justice coutumière du village semble prévaloir sur toute autre forme de loi.

Les Garo pratiquent ce que les Indiens appellent « Jhum cultivation », la culture sur brûlis. Ils défrichent un pan de colline, y mettent le feu, puis y cultivent du coton, des courges et divers autres légumes, des piments, du gingembre… Si j’ai bien compris ce que l’on m’a expliqué, une fois que la parcelle ne peut plus être cultivée, ils parviennent quand même à y faire pousser des noix de cajou. Des cabanes sont installées dans les arbres au milieu des plantations et permettent aux habitants de passer la nuit sur place pendant les périodes de forte activité.