Le Chettinad, un rêve éveillé

Vue sur un village du Chettinad depuis un temple de Murugan

Vue sur un village du Chettinad depuis un temple de Murugan

Une fois bouclé le « Prakash-tour », j’ai pris quelques jours pour simplement profiter du Sud de l’Inde sans rendre visite à aucune tribu aux mœurs matrimoniales originales ou aux traditions orales bien vivaces.

Mes pas m’ont emmenée entre autres dans la région du Chettinad, une partie rurale du Tamil Nadu à côté de laquelle le visiteur risque de passer s’il se contente de voyager de ville en ville. Ce serait fort dommage car les minuscules villages du Chettinad renferment des milliers de palais (entre 11.000 et 15.000, aussi énorme que cela puisse paraître !) tous plus grandioses les uns que les autres.

Le Chettinad est la terre des Chettiars, une caste de marchands qui a fait fortune au XIXe siècle en commerçant en Asie du Sud-Est. Les familles ont affiché leur réussite en faisant construire d’immenses maisons, utilisant les matériaux les plus fastueux, du bois de teck de Birmanie au marbre d’Italie.

Cliquez sur les photos pour les agrandir. (Ce ciel gris ne rend pas justice aux couleurs vives des maisons !).

L’âge d’or des Chettiars a pris fin avec la Seconde Guerre mondiale. Leurs affaires ont périclité et la jeune génération a quitté la région du Chettinad pour chercher du travail dans les grandes villes indiennes et à l’étranger. Le silence s’est installé dans les cours de maisons devenues trop grandes, qui ne s’animaient plus que lors de rares fêtes de famille, quand elles n’étaient pas laissées complètement à l’abandon.

Mais depuis quelques années, certaines de ces demeures ont été transformées en hôtels pleins de charme, souvent encore décorés des photos en noir et blanc et des portraits des familles Chettiars qui les ont fait construire. C’est le cas de Saratha Vilas, un hôtel ouvert par deux Français férus d’architecture, dans le village de Kothamangalam (voir photo ci-dessus).

D’autres maisons sont ouvertes à la visite. Moyennant quelques roupies, le curieux peut traverser une immense véranda, entrer dans une première pièce aux dimensions de salle de bal, puis dans une cour entourée de colonnes, puis dans une autre cour tout aussi somptueuse. Derrière chaque porte, l’émerveillement est au rendez-vous.

La région est d’autant plus agréable à visiter que les villages du Chettinad sont petits et se parcourent facilement à pied. On flâne entre les grandes demeures, en humant le parfum d’une époque disparue. Pas de pollution, presque pas de klaxons : un répit bienvenu au milieu du chaos indien ! Le contraste entre le calme des villages et le faste des maisons est saisissant. Certains hôtels proposent des carrioles tirées par des bœufs, pour se plonger paisiblement dans cette atmosphère surannée.

Une simple mais jolie maison tamoule au milieu des palais !

Une simple mais jolie maison tamoule au milieu des palais !

Les rues des villages sont bordées de dizaines de palais

Les rues des villages sont bordées de dizaines de palais

Chez les chasseurs de serpents

Une rue du village de Chenneri

Une rue du village de Chenneri

Irula signifie « sombre ». Quand on sait à quel point la hiérarchie sociale indienne est liée à la couleur de la peau, dire cela, c’est déjà dire beaucoup.

Néanmoins, cette façon de les désigner cette « tribu » pourrait aussi venir du fait qu’elle vivait encore il y a quelques décennies dans l’obscurité des forêts.

Les Irula constituent probablement la plus défavorisée des communautés dans lesquelles j’ai séjourné au cours de ce voyage. Mais c’est aussi celle dont les mœurs m’ont semblé les plus proches des nôtres.

L’ONG Irula Tribal Women’s Welfare Society (ITWWS) m’a mise en contact avec la famille de Masi et Susila, tous les deux attrapeurs de serpents pour une coopérative chapeautée par le gouvernement.

Masi et Susila ont fait un mariage d’amour, une pratique qui semble courante chez les Irula. Sous leur toit habitent également leurs deux fils et la petite amie de l’un d’entre eux, prénommée Sonia. Le directeur d’ITWWS m’a expliqué qu’il était fréquent chez les Irula qu’une jeune fille vienne habiter chez ses futurs beaux-parents plusieurs mois avant le mariage. Cela permet de voir si tout se passe bien avant de s’engager durablement. En tout cas, l’affection qui unit les deux couples était bien visible.

Sonia fait la lessive derrière la maison

Sonia fait la lessive derrière la maison

Par ailleurs, contrairement à ce que j’ai pu observer tout au long de mon voyage, chez Masi et Susila, les hommes participent aux tâches ménagères, qu’il s’agisse des corvées d’eau ou de la cuisine. Tout le monde prend également son repas au même moment, la mère de famille n’attendant pas que tous les autres aient fini pour se nourrir. Bref, j’ai trouvé cette famille très soudée et très sympathique.

Le jour de mon arrivée, comme Susila me demandait (par l’intermédiaire d’un interprète) quel genre de choses j’aimais manger, j’ai dit, en plaisantant à moitié, que j’avais envie de goûter la viande de rat. En effet, les Irula chassent les rats pour leur viande. Par leur passé, ils profitaient aussi de la chasse aux rats pour « voler » dans leurs tanières des réserves de riz pouvant aller jusqu’à plusieurs kilos. Aujourd’hui, les rizières ont presque disparu de la région et le riz des tanières, mais la viande de rat est toujours consommée.

Pendant tout mon séjour dans la famille, j’ai attendu avec une certaine appréhension le moment où l’on me servirait des bouchées de rat, mais je n’ai eu droit qu’à de bons plats de légumes et un curry de poisson férocement épicé !

La maison dans laquelle j’étais reçue était un des plus belles du village. Grâce aux revenus tirés de la capture des serpents pour la coopérative, cette famille a pu accéder à un niveau de confort bien supérieur à celui des simples ouvriers agricoles. Sa maison, pimpante sous sa couche de peinture vert clair, comprend quatre pièces, plus une cuisine extérieure, installée sous un toit en branchages.

Le confort ne va pas toutefois pas jusqu’à l’eau courante. Comme chez les Raïka, il y a un robinet installé à proximité de la maison et quand l’eau y est disponible, à heure fixe, il faut se dépêcher de remplir le maximum de récipients et de transvaser l’eau dans des cuves. Elle servira ensuite, jusqu’au lendemain matin à se laver, boire, faire la cuisine, la lessive et la vaisselle.

Une fois de plus, je me suis trouvée bête en soulevant péniblement de quelques centimètres des récipients remplis d’eau que des femmes faisant une tête de moins que moi transportaient sans problème !

Les autres maisons du village sont d’allure beaucoup moins engageante que celle où je logeais. Celles des familles les plus pauvres sont en terre avec un toit en branchage, parfois recouvert tant bien que mal de bâches en plastique pour empêcher les pluies de mousson (nous sommes en plein dedans) de pénétrer à l’intérieur.

D’autres sont de petits cubes en béton financés par le gouvernement, souvent flanqués d’une cuisine extérieure au toit en branches. Toutes les familles ne parviennent pas à accéder à ce programme, car il faut avancer l’argent nécessaire pour construire la maison « en dur », et ensuite seulement le gouvernement rembourse les frais engagés sur présentation de la facture.

Une maison du village de Chenneri

Une maison du village de Chenneri

De nombreuses familles du village ont en revanche accès à des cartes d’alimentation, dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition. Ces cartes leur donnent le droit d’acheter 30 kg de riz par mois au prix d’une roupie le kilo, c’est-à-dire presque rien.

Comme presque toutes les communautés visitées depuis le début de ce voyage, les Irula sont une communauté en transition. La jeune génération s’intéresse nettement moins aux serpents que les précédentes. L’activité de la coopérative a également tendance à décliner. Comme ses quelque 330 membres, Susila et Masi ne sont autorisés à attraper que le nombre de serpents que la coopérative leur commande, appartenant à des espèces déterminées.

La connaissance des plantes médicinales constitue une autre richesse des Irula qui pourrait disparaître avec leurs anciens. ITWWS travaille à la valorisation des connaissances des guérisseuses traditionnelles et commercialise toute une gamme de poudres et d’huiles fabriquées à partir de plantes locales. De la lutte contre la chute des cheveux aux traitements contre les calculs rénaux et le diabète, chacun peut y trouver son bonheur.

Jolie petite fille du village

Jolie petite fille du village

Là où les cobras crachent leur venin…

Un cobra blanc sous  la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Un cobra blanc sous la supervision de Jésus, Ganesh et Allah !

Au Rajasthan, j’ai dormi au milieu des dromadaires. Dans l’Assam, je suis allée taquiner les rhinocéros unicornes. Au Tamil Nadu (sud-est de l’Inde), pour la dernière étape de mon voyage, place aux animaux à sang froid !

J’ai inauguré mon séjour dans la région par une visite à la « Madras Crocodile Bank Trust and Center for herpetology », une institution qui fait à la fois office de zoo spécialisé et de centre de recherche et de conservation pour des espèces de tortues, de serpents et de crocodiles.

Je ne nourris pas de passion secrète pour les serpents et les crocodiles. Mon intérêt pour ce lieu tient au fait qu’il emploie de nombreux Irula, des membres du groupe tribal du Tamil Nadu que j’ai décidé de faire figurer dans mon livre.

Les Irula sont connus pour leur bonne connaissance des plantes médicinales et leur habileté à attraper les serpents. Il y a encore quelques décennies, ils vivaient de la chasse et de la récolte des produits de la forêt (bois, cire, miel, racines…). Les lois de protection de la nature adoptées dans les années 1970 les ont obligés à abandonner ce mode de vie. Ne possédant pas de terre, les Irula sont alors souvent devenus ouvrier agricoles.

Une loi sur la protection de la faune sauvage leur a également interdit de tuer les serpents pour vendre leur peau.Mais à partir des années 1980, les Irula se sont organisés en coopérative pour récolter et vendre le venin des serpents qu’ils attrapent. Ce venin, utilisé pour fabriquer des antipoison et des traitements contre le cancer, est recueilli sans tuer l’animal. Les Irula peuvent ainsi continuer à tirer un revenu de leurs talents traditionnels de pisteurs et attrapeurs de serpents.

Des créatures qu'on n'aimerait pas croiser au détour d'un chemin !

Des créatures qu’on n’aimerait pas croiser au détour d’un chemin !

A la Crocodile Bank, j’ai pu assister à la « traite » des serpents, effectuée sous les yeux des visiteurs par des Irula aux gestes très sûrs. Dans une sorte de préau, des dizaines de pots en terre contenant des serpents étaient alignés. Un homme allait y puiser les animaux avec un bâton muni d’un crochet et les passait à un de ses collègues, qui leur faisait cracher leur venin dans un récipient. Une troisième personne marquait ensuite le serpent, de façon à ce qu’il ne soit pas prélevé plusieurs fois.

L’opération était spectaculaire quand de gros serpents passaient de mains en mains. Un cobra blanc m’a laissé une impression particulièrement forte.

Le cobra blanc

Le cobra blanc

Chaque serpent est gardé pendant un mois à la Crocodile Bank. Au cours de ce mois, il est « trait » quatre fois, avant d’être relâché. Un Irula qui amène un cobra au centre est payé 2.000 Rs (1 euro = environ 80 Rs). A titre de comparaison, un manœuvre agricole gagne environ 130 Rs par jour de travail.

L’Inde compte 50 espèces de serpents venimeux, qui causent la mort d’au moins 25.000 personnes par an (ce chiffre ne comprend que les personnes qui ont été amenées dans les hôpitaux, pas celles qui ont été soignées par des guérisseurs traditionnels), selon les données de la Crocodile Bank.

Néanmoins, l’activité de la coopérative des attrapeurs de serpents irula semble être sur le déclin. Si j’ai bien compris, cela est dû en bonne partie au développement de sociétés de nanotechnologies, qui parviennent aujourd’hui à créer des antipoison à partir de quantités infimes de venin de serpent. Des lourdeurs bureaucratiques seraient aussi en cause.

Quel que soit l’avenir qui attend la coopérative, il est intéressant de constater que les connaissances ancestrales de tribus placées tout en bas de l’échelle sociale indienne peuvent rendre de grands services à la médecine moderne.

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Sympathique pensionnaire de la Crocodile Bank !

Pour en savoir plus, lisez mon article sur le même thème sur le blog « Making of » de l’AFP.

Mes 12 endroits préférés en Inde

Après quelques articles évoquant des sujets assez lourds, l’envie me prend de partager quelque chose d’un peu plus léger, en ce début d’été. Voilà donc une petite liste de mes endroits « coups de cœur » en Inde, découverts au long de voyages effectués ces 10 dernières années. La liste est loin d’être exhaustive mais permet déjà de faire quasiment le tour du pays.

  • Amritsar (Penjab)

Nichée tout au nord du pays, près de la frontière avec le Pakistan, la ville sainte des Sikhs est un endroit captivant. Au-delà de la beauté du Temple d’Or se reflétant dans un grand bassin où les fidèles viennent se plonger, j’ai été frappée par l’atmosphère recueillie qui règne dans le temple. Certains Sikhs lisent le livre saint, assis à l’ombre, d’autres chantent. Une grande cantine ouverte à tous sert aussi des centaines de repas chaque jour, gratuitement. Il suffit de s’y présenter, que l’on soit sikhs ou non, pour recevoir une généreuse ration de dhal (lentilles).

Pour en savoir plus sur les Sikhs, c’est ici.

Le Temple d'Or, Mecque des Sikhs

Le Temple d’Or, Mecque des Sikhs

Un séjour à Amritsar permet aussi de se rendre à Wagah Border, un poste frontière entre l’Inde et le Pakistan devenu une attraction touristique. Tous les jours, pour la fermeture du point de passage, des cars entiers charrient des touristes indiens qui viennent, souvent en famille, agiter des drapeaux indiens sous le nez des Pakistanais. Une démonstration de patriotisme assez impressionnante, voire effrayante, pour la visiteuse française que j’étais, vivant dans une région du monde où l’idée de frontière s’est beaucoup estompée.

Des gradins ont été installés de chaque côté du poste frontière, ils sont très bien garnis côté indien, beaucoup moins côté pakistanais. Lors de ma venue, un homme chauffait le public, lui faisant crier à pleins poumons « Hindustan Zindabad ! » (« Longue vie à l’Inde »), à quoi répondaient de plus faibles « Pakistan Zindabad !« . Soldats indiens et pakistanais en grande tenue se font face, se regardant en chiens de faïence. A voir absolument pour comprendre un peu mieux les relations entre Indiens et Pakistanais, qui vivaient encore il n’y a pas si longtemps dans la même région du Penjab.

Voilà la vidéo que j’avais tournée lors de ma visite, en 2008 (pardon pour la piètre qualité et les sautes de son !) et quelques photos du public.

Un jeune Indien venu assister à la fermeture de la frontière

Un jeune Indien venu assister à la fermeture de la frontière

Wagah Border, soldat indien

Wagah Border, un soldat indien en grande tenue

Wagah Border, gradins

Wagah Border, gradins bien garnis côté indien

  • Palitana (Gujarat)

Un site qui se mérite ! Il faut en effet gravir environ 3.500 marches pour accéder au sommet de la colline, où l’on découvre un incroyable ensemble de temples jaïns, de toutes les tailles. La vue sur le paysage environnant est aussi époustouflante.

Certains pèlerins effectuent la montée en chaise à porteurs, comme je l’avais montré ici.

Les temples les plus anciens ont 900 ans

Les temples les plus anciens ont 900 ans

Des temples jaïns à ne plus savoir qu'en faire !

Des temples jaïns à ne plus savoir qu’en faire !

Une si longue montée...

Une si longue montée…

  • Pondichéry

Je garde une tendresse particulière pour ce petite confetti de France perdu au milieu de l’État du Tamil Nadu. J’y ai vécu pendant un an, en 2004-2005, pour effectuer un stage dans l’ONG indienne Sharana, dans le cadre de mes études. Sharana parraine des enfants des bidonvilles et villages de pêcheurs situés autour de Pondichéry pour leur permettre d’aller à l’école.

Pondy, comme l’appellent ses habitants, se divise entre « ville blanche » et « ville noire« . La ville blanche est l’ancien quartier colonial, caractérisé par ses rues rectilignes et ses belles villas endormies au milieu de grands jardins. Des gardes sommeillent devant les portails, des fleurs de bougainvilliers s’échappent par-dessus les hauts murs blancs.

Dans ce quartier, certaines rues portent un double nom : l’ancien nom français (Debussy, Alexandre Dumas…) et le nouveau nom attribué depuis le rattachement du comptoir à l’Inde. Au bout du front de mer, une statue de Dupleix  évoque la figure de cet homme du XVIIIe siècle qui eut, presque seul, le rêve d’Indes françaises. Le soir, tout Pondichéry défile langoureusement sur le front de mer pour profiter de la fraicheur du soir. En son centre, là où se trouvait autrefois la statue de Dupleix, trône désormais un beau Gandhi en marche. La ville noire, quant à elle, est une ville tamoule « classique », bruyante et colorée.

Une rue de la ville blanche

Une rue de la ville blanche

l'Alliance française de Pondy est installée dans une belle demeure de la ville blanche

L’Alliance française de Pondy est installée dans une belle demeure de la ville blanche

  • Rameshwaram

Je suis allée deux fois à Rameshwaram. La première m’avait laissé le souvenir d’un havre de paix, une sorte de bout du monde paisible. La seconde était bien différente : un pèlerinage shivaïte était en cours, la ville débordait de pèlerins, de sadhus (ascètes hindous), de mendiants… Et surtout, c’était la saison des mouches. Il y a avait des mouches partout, jusque sur le drap de mon lit, littéralement noir de mouches, jusque dans mon assiette… Le cauchemar !

Néanmoins, avec le recul, Rameshwaram reste un des endroits qui m’a le plus marquée. C’est un lieu saint pour les Hindous, le petit Bénarès d’Inde du Sud. On vient y prier Shiva et faire ses ablutions dans la mer. Installé sur un petit bout de terre qui avance vers le Sri Lanka, relié au continent par un pont ferroviaire, Rameswaram joue un rôle important dans l’épopée du Ramayana : c’est là que Rama aurait rendu grâce à Shiva après avoir sauvé Sita des griffes du démon Ravana.

Le temple qui occupe le centre du village est connu pour abriter le plus long couloir de tous les temples hindous d’Inde et 22 puits sacrés. Je garde un souvenir… rafraichissant de ma visite du temple, au cours de laquelle j’ai été arrosée  22 fois à grands coups de seaux d’eau, à chaque arrêt près d’un puits. Les Hindous prêtent à chacun des vertus propres (santé de telle ou telle partie du corps, prospérité…).

En avançant vers le bout de l’île, on ne trouve plus que du sable, des cahutes de pêcheurs et l’horizon bleu.

Le temple Sri Ramanathaswamy

Le temple Sri Ramanathaswamy

On vient de loin pour se baigner sur la plage de Rameshwaram

On vient de loin pour se baigner sur la plage de Rameshwaram

 

En avançant vers le Sri Lanka...

En avançant vers le Sri Lanka…

Des mouches partout ! Et elles pénètrent dans ma chambre d'hôtel !

Des mouches partout ! Et elles pénètrent dans ma chambre d’hôtel !

  • La région du Chettinad (Tamil Nadu)

Restons au Tamil Nadu, pour découvrir cette région du Chettinad, située entre Madurai, Trichy et Thanjavur. C’est le territoire de Chettiars, une caste de marchands et de banquiers ayant fait fortune sous le Raj britannique, notamment en installant des comptoirs en Birmanie et en Malaisie.

Aujourd’hui, la jeune génération a quitté la région pour s’installer dans les grandes villes indiennes ou à l’étranger, mais cette période faste a laissé derrière elle de grandes demeures regorgeant de cours, de piliers en bois de teck et de marbre. Aujourd’hui silencieuses, ces immenses maisons situées dans de tous petits villages parlent avec nostalgie d’une époque révolue. Certaines commencent à être transformées en hôtel et permettent de goûter la délicieuse cuisine du Chettinad, aussi épicée que raffinée.

Belle demeure du Chettinadu

Belle demeure du Chettinad

Des rues calmes bordées de maisons gigantesques, témoignages d'un passé prospère

Des rues calmes bordées de maisons gigantesques, témoignages d’un passé prospère

Autre belle demeure typique

  • Cochin (Kerala)

Cochin, ou Kochi, attire de nombreux touristes et n’a nul besoin que je lui fasse de la publicité, mais c’est indéniablement un endroit que j’adore. J’aime son côté « creuset de cultures et de peuples« . S’y côtoient en effet les influences hindoues, musulmanes, juives, chrétiennes, hollandaises, portugaises… Il semble que le monde entier, ou presque, ait fréquenté cette ville côtière, pour le commerce des épices ou au hasard d’un voyage.

Une journée à Fort Cochin, le quartier le plus intéressant de la ville, permet de passer de la visite d’une émouvante vieille synagogue (aujourd’hui presque désertée par une communauté juive largement partie en Israël) à celle de l’église où fut enterré Vasco de Gama puis à un palais hollandais.

Le Kerala, haut lieu du commerce des épices

Le Kerala, haut lieu du commerce des épices

Petites maisons de Fort Cochin

Petites maisons de Fort Cochin

Une ville d'îles et de ccanaux

Une ville d’îles et de canaux

  • Calcutta (Bengale occidental)

Tout le contraire de Cochin, à l’atmosphère détendue, propice à la balade le nez au vent, et pourtant, une ville magnifique. Dense, vibrante, passionnante. Je lui ai consacré un article avec photos il y a quelque temps. La capitale du Bengale occidentale a été pendant des années la capitale des Indes britanniques et garde de cette période une grandeur un peu décatie. Elle est en tout cas toujours aujourd’hui la capitale intellectuelle de l’Inde, la ville des poètes, des écrivains et des cinéastes « intellos », et c’est en bonne partie cela qui me séduit chez elle. Les Bengalis sont aussi connus pour leur sens de l’humour, une qualité particulièrement appréciable dans une ville aussi fatigante !

Calcutta : la Hoogly à la tombée du jour

Calcutta : la Hoogly à la tombée du jour

  • Bundi

Je n’ai pas de photos numériques de cet endroit merveilleux, mais une collègue blogueuse de voyage lui a consacré un beau post, très bien illustré. C’est un des trésors du Rajasthan qui restent encore un peu préservés du tourisme de masse. Dès l’arrivée, on comprend immédiatement pourquoi cet endroit a inspiré Kipling, qui y a en partie écrit Kim (à lire si ce n’est déjà fait !). Un palais tarabiscoté s’élève au dessus d’un lac et appartient en bonne partie aux singes et aux chauves-souris qui y ont élu domicile. Le bleu des maisons des brahmanes dialogue avec le vert du paysage et de l’eau du lac. Un lieu inspirant !

  • Mysore et le temple de Somnathpur (Karnataka)

Comme je suis une grande nostalgique devant l’éternel, je reste attachée au sud du Karnataka, la région de l’Inde qui a accueilli mon premier séjour dans le pays, pendant l’été 2003. La ville de Mysore, à taille humaine et plutôt agréable, constitue une bonne base pour découvrir la région. Elle abrite un grand marché où il fait bon flâner et un palais de Maharaja.

Mais surtout, à une quarantaine de kilomètres de Mysore se trouve le temple de Somnathpur. Un temple du XIIIe siècle autour duquel court une frise à six bandes : la première représente des oies, la secondes des monstres, les suivantes des scènes de la vie quotidienne, des fleurs, des cavaliers et des éléphants. J’aurais pu passer des heures à contempler ses sculptures si délicates.

Marché aux fleurs de Mysore

Marché aux fleurs de Mysore

Dans les allées du marché aux fleurs

Dans les allées du marché aux fleurs

Temple de Somnathpur

Le temple de Somnathpur

Les frises délicates du temple de Somnathpur

Les frises délicates du temple de Somnathpur

  • Orchha (Madhya Pradesh)

L’énooooorme coup de cœur de mon dernier voyage en Inde. Cette ancienne capitale royale (rajput) est redevenue une petite bourgade tranquille, comme je les aime. Pas de klaxons, peu de circulation, mais des coupoles et des tours de palais qui pointent leur nez dans toutes les directions. Les palais et les temples manquent parfois sérieusement d’entretien mais révèlent souvent de belles peintures murales. L’endroit mérite mieux que son statut, pour de nombreux touristes, de simple étape sur la route de Khajuraho.

Un sympathique programme de séjour chez l’habitant permet de découvrir le quotidien de familles d’Orchha tout en améliorant leur ordinaire. Celle qui m’a hébergée m’a réservé un excellent accueil. Le lever de soleil depuis la cour de la maison (photo) était splendide.

Orchha et son festival de coupoles

Orchha et son festival de coupoles

Vie quotidien et passé royal entremêlés

Vie quotidienne et passé royal entremêlés

Lever de soleil depuis la cour de ma "famille d'accueil"

Lever de soleil depuis la cour de ma « famille d’accueil »

  • Hampi

Hampi partage avec Orchha ce statut d’ancienne capitale tombée dans l’oubli mais qui porte encore les traces de son passé glorieux. Située en plein cœur de l’Inde, aujourd’hui au milieu de nulle part (comptez 8-9 heures de bus depuis Bangalore !), Hampi était la capitale de l’empire de Vijayanagar, avant que celui-ci ne tombe dans les mains des sultans du Deccan au milieu du XVIe siècle.

Le site s’explore à vélo, meilleur moyen de découvrir les palais, bassins, temples, étables d’éléphants, qui sont répartis sur une très vaste étendue, ce qui donne une idée de la richesse de cet empire. Les vestiges apparaissent au détour des chemins, parfois juchés sur des collines, au milieu d’un paysage rocheux spectaculaire. Une rivière serpente sur le site ; on peut la traverser dans de petits bateaux en forme de coquilles de noix.

Contrairement à Orchha, Hampi n’est même pas une ville. Seul un village est installé près des ruines. Je les ai visitées pendant la saison la plus chaude (mai) et ai apprécié d’être presque seule sur le site. J’ai depuis entendu plusieurs personnes dire qu’ils avaient trouvé l’endroit très beau mais un peu trop envahi par les touristes.

De belles photos sur le site Marionrocks.

  • Le Ladakh

Cette région himalayenne offre des paysages si minéraux, si dépouillés, que la moindre bribe de végétation – un arbre fruitier en fleurs, quelques herbes – apparaît comme un miracle. Ici, tout évoque le Tibet : les visages des habitants, leur langue (le ladakhi, proche du tibétain), l’omniprésence des monastère et des gompa bouddhistes, les momos (raviolis) fumants servies dans les restaurants…

L’oxygène rare et le soleil qui tape dur donnent l’impression de marcher dans un rêve. Au détour d’un chemin, on croise le fleuve Indus qui serpente entre les pans de montagne nus, mais aussi des yaks guidés par de vieilles paysannes. Saupoudrez le tout de la gentillesse des Ladakhi et vous obtiendrez un séjour inoubliable !

Un monastère près de Leh

Un monastère près de Leh

A ces altitudes, la végétation est rare

A ces altitudes, la végétation est rare

Le palais de Leh, un vrai "mini-Potala"

On croise fréquemment des yaks dans les rues de Leh

On croise fréquemment des yaks dans les rues de Leh (capitale du Ladakh)

 

… Et voilà qui fait 12 ! Je n’ai parlé ni de la région des Ghats occidentaux (les montagnes qui occupent le centre de l’Inde du Sud), ni de l’Etat de l’Himachal Pradesh, ni de la beauté époustouflante des dentelles de pierre ocre de Jaisalmer, dans le désert du Thar, ni des mosquées grandioses de Lucknow, ni des collines couvertes des labyrinthes des plantations de thé de Darjeeling. La liste mérite donc d’être complétée !

Et vous, quels sont vos endroits préférés en Inde ? Dites-le moi dans les commentaires !

 

 

 

Quatre ONG formidables

Un pont de la belle petite ville d'Orchha (Madhya Pradesh) pour illustrer le rôle que ces ONG vont jouer pour moi !

Un pont de la belle petite ville d’Orchha (Madhya Pradesh) pour illustrer le rôle que ces ONG vont jouer pour moi !

A quatre mois du départ, les contours de mon séjour en Inde se précisent de plus en plus. Je vais essayer de passer le maximum de temps avec des familles appartenant à chacun des quatre groupes de population choisis pour mon projet (les Rabari, les Santhals, les Khasi, les Irula), afin de découvrir leur mode de vie. Dans la mesure du possible, je voudrais aussi que chacun d’entre eux me fasse partager des éléments de ses légendes et récits traditionnels, dont je m’inspirerai pour écrire mon propre conte au retour.

Dans cette entreprise, mes meilleurs atouts seront les contacts pris avec des ONG qui travaillent depuis des années, sur le terrain, avec ces populations, pour favoriser la reconnaissance de leur culture, la préservation de leur environnement et leur accès à l’éducation et à la santé. Mon voyage sera donc jalonné de belles rencontres avec des gens engagés et passionnés, ce qui me rends encore plus impatiente de poser le pied au Gujarat, au Rajasthan, au Bengale occidental, au Meghalaya et au Tamil Nadu !

Trois des groupes ethniques que je vais rencontrer sont des adivasi, c’est-à-dire des « populations tribales » indiennes, qui se distinguent (plus ou moins selon les cas) du « main stream » de la société indienne par leurs coutumes, leurs croyances et leurs langues. Classés tout en bas de la hiérarchie sociale (ils sont en dehors du système des castes, comme les Intouchables), les adivasi souffrent de multiples discriminations.

Le 4e groupe ethnique choisi, celui des Rabari, ne rentre pas dans la catégorie administrative des « tribus répertoriées » (ils forment une caste) mais ces éleveurs de dromadaires et de moutons se trouvent néanmoins eux aussi de plus en plus à  la marge de la société indienne majoritaire, sédentaire. Leur nom signifierait d’ailleurs « en dehors du chemin » (« raha » et « bari »),  car ils vivent à l’extérieur des villages. Leur mode de vie est mis en danger par la dégradation de l’environnement dans les États très arides où ils évoluent (le Rajasthan et le Gujarat, au nord-ouest de l’Inde) et la difficulté grandissante à trouver des terres pour faire paître leurs bêtes, qui les contraint de plus en plus au nomadisme.

La première des structures que je vais découvrir lors de mon séjour s’appelle Kala Raksha. Dédiée à la valorisation de l’artisanat des populations de la région désertique du Kutch, au Gujarat, elle travaille avec plus de 1.000 artisans de sept groupes ethniques différents, parmi lesquels les Rabari. Ces derniers sont connus pour l’incroyable finesse de leurs tissus brodés, incrustés de miroirs. Les broderies sont généralement réalisées par les femmes rabari. Kala Raksha pratique le commerce équitable et encourage les femmes à garder leur art vivant en créant sans cesse de nouveaux motifs. La structure organise aussi un système de micro-crédit et des ateliers de sensibilisation sur la santé et l’éducation.

Après ce séjour dans la région de Bhuj, je prendrai la direction de l’Etat voisin du Rajasthan, et plus précisément de Ranakpur, à mi-chemin entre les deux villes bien connues des touristes d’Udaipur et Jodhpur. C’est là qu’officie l’ONG LPPS, dont le nom signifie « welfare orgazination of livestock keepers« , comme on dit en bon français ! Cette ONG travaille avec les Raika (les « cousins » des Rabari dans l’Etat voisin, pour faire simple) depuis près de 20 ans. En conjuguant science moderne et savoirs ancestraux, elle aide ce peuple de pasteurs à pratiquer un élevage « durable » et sert de pont entre eux, le gouvernement et les autres personnes utilisant les ressources naturelles du Rajasthan, notamment pour défendre leur droit d’accès aux pâturages. Plus d’informations dans  la vidéo ci-dessous.

Je traverserai ensuite le pays d’ouest en est pour me rendre chez les Santhals du Bengale occidental, dans un village situé à environ 150 km de Calcutta. J’y serai accueillie par Boro Baski, un travailleur social qui utilise les récits traditionnels de cette ethnie connue pour la richesse de sa mythologie et de ses traditions orales comme vecteur de l’éducation. Lui-même Santhal, il a été la première personne de son village à partir faire des études supérieures, avant de revenir pour fonder une école. Les enfants y reçoivent d’abord une éducation dans leur langue maternelle, le santali, à laquelle vient progressivement se greffer la langue majoritaire de l’Etat dans lequel ils vivent, le bengali. Cette méthode permet de lutter contre les taux très élevés d’abandon prématuré de l’école chez les enfants santhal, liés au fait que les écoles « normales » leur font apprendre par cœur des textes qu’ils ne comprennent pas mais aussi à la déconnexion entre leur culture et l’enseignement  prodigué.

Enfin, je finirai mon tour d’Inde sélectif auprès de la Irula Tribe Women’s Welfare Society, au Tamil Nadu, dans les campagnes non loin de Madras. Cette ONG cherche à valoriser la bonne connaissance des plantes des femmes Irula en en faisant une source de revenu pour elles et leur familles. Elle travaille également à leur faire prendre consciences de leurs droits, à travers l’accès à l’éducation et au micro-crédit. Souvent définis comme des « mangeurs de rats« , les Irula font partie des groupes d’adivasi les plus déshérités du pays. Ils ont longtemps tiré une partie importante de leurs revenus de la vente de la peau des serpents qu’il capturaient mais à partir des années 1970, les lois de protection de l’environnement sont venues entraver cette activité.

Je n’ai pas évoqué mon passage chez les Khasi du Meghalaya, car pour cette région blottie entre le Bangladesh et le Bhoutan, je n’ai pas trouvé d’ONG pour me servir de relai. Je m’y contenterai de loger dans des familles khasi, grâce à l’intercession d’une agence de voyage « responsable » qui propose des nuits chez l’habitant (en espérant que ces initiatives soient vraiment respectueuses de leur mode de vie) et, si j’arrive à faire coïncider les dates, d’assister au Nongkrem dance festival, une grande fête annuelle qui fait converger un grand nombre de Khasi dans la petite ville de Smit. Pour avoir une idée de ce à quoi peut ressembler cette fête, jetez donc un coup d’œil à la vidéo ci-dessous !