Rencontrez Prakash au festival Le Grand Bivouac !

Cet automne, les aventures de Prakash ont l’honneur d’être invitées au festival Le Grand Bivouac d’Albertville, le premier festival de films de voyage de France mais surtout un génial lieu de rencontre de gens passionnés et passionnants : écrivains-voyageurs, réalisateurs, photographes, professionnels du tourisme responsable et « simples voyageurs » revenant du bout du monde.

Pour vous donner envie, cliquez donc sur la bande-annonce !

Mon projet de livre pour enfants sur l’Inde est lié depuis l’origine à ce festival, car je l’ai développé dans le cadre d’une résidence pour grands voyageurs mise sur pied par l’équipe du Grand Bivouac.

Dimanche 16 octobre à 12h30, venez rencontrer Prakash, le dromadaire à cinq pattes, l’arbre qui chante avec une voix de femme, le coq fanfaron, le léopard un peu crétin mais surtout très émotif et plein d’autres personnages inspirés par mes voyages en Inde, au cours d’une lecture-débat. Les enfants, les parents, les adultes retombés en enfance et ceux qui n’ont jamais vraiment grandi sont les bienvenus !

Toutes les infos sont ici.

Et si Albertville est vraiment trop loin de chez vous, Les quatre trésors de Prakash sont toujours disponibles ici, en format papier et numérique. Le livre peut aussi être commandé dans toutes les librairies.

Un petit garçon indien qui pourrait bien être Prakash

Un petit garçon indien qui pourrait bien être Prakash

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Les grands moments du « Prakash tour »

Voilà presque un mois que mon voyage en Inde s’est achevé. Je sais bien que ce n’est pas le dernier et que je chercherai bientôt un prétexte pour retourner dans ce pays passionnant. En attentant, alors que la saison du foie gras et des cadeaux bat son plein, j’ai envie de me faire un cadeau à moi-même en replongeant dans les émotions de ce voyage. Voilà un petit florilège de ses temps forts.

Un autorickshawa garé dans une rue de Jodhpur, la "ville bleue"

Un autorickshaw garé dans une rue de Jodhpur, la « ville bleue » du Rajasthan

  • Les trois plus beaux moments

1. Le retour des troupeaux dans le village raïka

Un soir d’octobre, je séjourne chez une famille raïka de l’Etat du Rajasthan. Les Raïka sont des éleveurs de dromadaires et de moutons mais lorsque l’on m’a déposée le matin dans le village, les troupeaux étaient déjà partis aux pâturages, avec les hommes. Je passe donc la journée avec les femmes, sans voir le début de l’ombre d’une bosse de dromadaire.

Vers 18h, alors que la lumière commence à décliner, les troupeaux rentrent au village. Je vois d’abord passer des troupeaux de moutons au milieu desquels surnagent les tâches rouges des turbans des bergers raïka. Quand le troupeau de dromadaires de ma « famille d’accueil » apparaît au bout du chemin, je ressens une émotion que je peine encore à m’expliquer aujourd’hui. Les grandes silhouettes dégingandées des dromadaires, toutes de muscles et d’os, investissent tranquillement la petite cour de la maison. Il y a alors dans l’air du soir une paix, une harmonie entre hommes et animaux dont je me souviendrai longtemps.

L'arrivée des troupeaux "à la maison"

L’arrivée des troupeaux « à la maison »

2. L’arrivée au petit matin dans le sud de l’Orissa

Mon arrivée dans l’Orissa a été assez mouvementée. Je devais prendre un vol entre Delhi et Visakhapatnam, dans le nord de l’Andhra Pradesh, puis un train entre Visakhapatnam et le sud de l’Orissa. Mais voilà, un cyclone a frappé la côte est de l’Inde deux jours avant mon vol et réduit en miettes l’aéroport de Visakhapatnam… A l’aéroport de Delhi, on me dit que tous les vols pour « Vizag » (le surnom de la ville) sont annulés. Je réserve donc en catastrophe un vol pour Bhubaneshwar, la capitale de l’Orissa, puis un train de nuit pour le sud de l’Orissa. Grâce à ce nouvel itinéraire, je ne dois perdre que 24 heures par rapport à mon programme initial.

Le soir suivant, à la gare de Bhubaneshwar, je cherche mon chemin dans une foule compacte quand un homme sikh, à la barbe grise et au turban bleu marine, m’aborde. « Are you French? Do you know Lyon?« , me demande-t-il. Un peu étonnée, je réponds : « Yes, Lyon is a big city in France ». Il me faudra quelques secondes pour comprendre qu’il parle en fait de Leon de Chandoori Sai, le propriétaire de la « guesthouse » du sud de l’Orissa dans laquelle je compte séjourner. Lui aussi se rend chez Leon. Homme d’affaires du Pendjab, il a vendu des semences de pommes de terre à des villageois de la région et va vérifier sur place comment se passent les cultures. Leon lui a dit qu’une « French lady » devait prendre le même train que lui et il n’a pas eu de mal à m’identifier, seule étrangère dans la gare !

Ce gentleman du Penjab m’apprend que le train ne peut pas nous emmener jusqu’à destination à cause du cyclone, qui a endommagé les voies. Nous devrons donc descendre dans une obscure gare vers 5 heures du matin, d’où une voiture nous emmènera à Chandoori Sai, à deux heures de route de là. Lui et ses compagnons, deux autres « potato men », voyageront en première classe climatisée, moi en seconde classe avec ventilateurs, mais ils promettent de m’attendre sur le quai de la gare pour que je puisse partir en voiture avec eux.

A cinq heures du matin, je descends donc du train dans la lumière grise du petit matin, froissée par la nuit dans le train et pas très sure de me trouver dans la bonne gare. Heureusement, les « potato men » et la voiture sont bien là, devant la gare. La meilleure partie du trajet commence quand la voiture s’enfonce dans un paysage de collines embrumées, recouvertes par une jungle épaisse. La terre est rouge, des torrents chantent à chaque virage. La beauté du paysage me coupe le souffle et efface toute la fatigue du voyage. Loin des klaxons et des monceaux de déchets en plastique des grandes villes indiennes, j’ai l’impression d’entamer un voyage dans le temps.

Nous croisons de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres ou de buffles avec leurs bergers, ainsi que des femmes tribales, bras nus, jambes découvertes jusqu’aux genoux, trois anneaux dans le nez, portant de lourds fagots de bois sur leur tête. Sur un tronçon de la route, nous voyons apparaître de nombreux soldats marchant en file indienne. La région abriterait en effet des naxalites, ces rebelles maoïstes en lutte contre le gouvernement et les grands propriétaires terriens.

Au-delà de cette arrivée mémorable, le sud de l’Orissa, une région aussi passionnante que difficile d’accès, restera une des grandes découvertes de ce voyage.

Femmes khond d'un village du sud de l'Orissa

Femmes khond d’un village du sud de l’Orissa

3. Spectacle de Bharatanatyam improvisé chez les chasseurs de serpents :

Bien plus tard, vers la fin de mon voyage, je suis hébergée par une très sympathique famille de chasseurs de serpents de la tribu des Irula, au Tamil Nadu. Comme dans les autres familles chez lesquelles j’ai séjourné, on y vit au rythme du soleil : on se couche tôt et on se lève vers 5 heures du matin. Je reste tout de même un peu avec les membres de la famille dans la pièce commune après le dîner, avant d’aller me coucher. La conversation est assez limitée car je ne connais que quelques mots de tamoul et eux quelques mots d’anglais.

Assis par terre, nous regardons la télévision. Des acteurs tamouls se contorsionnent dans des chorégraphies endiablées. Sunendran, un des deux fils de la famille, me demande en plaisantant de danser.  Je commence par dire non, expliquant que je ne sais pas danser. Puis je dis que j’ai appris un peu le Bharatanatyam, la danse classique d’Inde du Sud, quand j’habitais à Pondichéry, dix ans plus tôt. Poussée par toute la famille, je finis par exécuter quelques pas de danse dans la pièce, qui me valent des applaudissements enthousiastes ! Je ne me rappelle que de quelques postures et peine à coordonner la position des pieds, des doigts et des yeux comme cette danse raffinée l’exige mais je me rends compte qu’il n’y a rien de mieux que la danse et la musique (sauf peut-être la nourriture…) pour communiquer quand les mots manquent.

  • Les trois plus beaux paysages

1. Le sud de l’Orissa, dans le district de Koraput :  collines, rizières vert fluo, terre rouge, un décor enchanteur.

2. Les collines du Meghalaya perdues dans la brume : cet Etat du nord-est de l’Inde frontalier du Bangladesh n’a pas volé son surnom de « domaine des nuages » !

3. Les berges du fleuve Brahmapoutre à Guwahati, dans l’Assam : un fleuve majestueux aux eaux claires sur lesquelles dansent des pirogues et de petits bateaux à voile.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

  • Les trois choses qui m’ont le plus marquée / choquée

Le fait que mon voyage ait été très réussi et que j’aie été très bien reçue dans chaque communauté ne signifie pas que je n’ai pas été confrontée à des situations choquantes ou du moins qui m’ont donné à réfléchir. Elles sont présentées ci-dessous chronologiquement, sans être hiérarchisées.

1. Les centrales au charbon dans le Gujarat

Dans l’Etat du Gujarat, tout à l’ouest du pays, je me suis rendue dans un tout petit village rabari. Un village qui était considéré il y a encore quelques années comme un des plus jolis villages de cette communauté. C’était avant que deux gigantesques centrales électriques au charbon sortent de terre à quelques centaines de mètres des maisons. Le contraste entre le mode de vie et les costumes encore très traditionnels des villageois et ces énormes installations était frappant, sans que l’on puisse même parler de choc entre tradition et modernité, puisque le charbon est loin de représenter la pointe de la modernité ! Les villageois se plaignaient de la pollution et du fait que ces installations aient empiété sur des terres autrefois utilisées comme pâturages.

Une des deux centrales au charbon

Une des deux centrales au charbon

2. La condition de la femme chez les Raïka

Autant j’ai trouvé très belle la relation qu’entretiennent les éleveurs raïka avec leurs dromadaires, autant j’ai été frappée par la dureté de la condition des femmes dans cette communauté. Elles sont limitées dans leurs possibilités d’adresser la parole à leur propre famille par des règles de bienséance très strictes, interdites de s’asseoir sur des chaises, contraintes de porter en permanence d’innombrables bracelets sur toute la partie haute du bras, qui montrent qu’elles sont mariées, même lorsqu’elles travaillent sur des chantiers ou dans les champs. Leurs journées se répartissent entre la tâche sans fin de confectionner des chapati (galettes) pour toute la famille, les corvées d’eau, les corvées de bois, le balayage de la cour. Toutes les femmes raïka que j’ai rencontrées se soumettaient à ces tâches sans se plaindre, souvent avec le sourire, mais beaucoup semblaient prématurément vieillies.

Les Raïka pratiquent aussi le mariage d’enfants, ce qui signifie que la cérémonies de mariage a lieu quand les enfants sont très jeunes, parfois mêmes bébés, mais la jeune fille ne part vivre avec son mari que bien plus tard, après la puberté. A ce moment-là, il arrive qu’elle refuse d’aller vivre dans sa belle-famille ou y aille mais revienne rapidement chez ses parents car sa nouvelle vie se passe très mal. Dans ce cas, le conseil du village se réunit et fixe le montant d’une amende que la famille de la fille doit payer à celle du garçon. Ce montant est souvent exorbitant. Tant que la famille ne l’aura pas payé, ce qui peut prendre des années, elle sera mise en marge de la communauté. Aucun Raïka n’acceptera d’épouser un autre enfant de cette famille. La fille qui s’est rebellée contre son sort se retrouve ainsi responsable du malheur de toute sa famille. Une situation difficile à vivre, bien que ce soit toujours mieux que d’être obligée de continuer à vivre dans une famille où on est maltraité…

Du bois pour la cuisine

Du bois pour la cuisine

3. Le viol collectif chez les Santals

A une quinzaine de kilomètres du village santal dans lequel j’ai séjourné au Bengale occidental, une jeune fille avait été violée collectivement par les hommes de son village qui lui reprochaient d’entretenir une relation avec un homme musulman. J’étais déjà informée de cette histoire, qui avait donné lieu à des articles dans les médias indiens et internationaux, avant d’arriver dans le village.

Après avoir hésité pendant plusieurs jours à aborder le sujet avec mes interlocuteurs santals, j’ai fini par leur demander s’ils étaient au courant. Tout en condamnant le viol, ils m’ont dit que les médias avaient donné une interprétation complètement fausse de l’événement, dans le but, selon eux, de stigmatiser la communauté santale. Ils ne pensaient pas que c’était le « conseil des sages » du village qui avait ordonné ce viol punitif, comme les journalistes l’avaient écrit, mais que des jeunes gens avaient agi de leur propre initiative. Ils ont aussi souligné que les propriétaires terriens musulmans étaient souvent considérés comme des exploiteurs par les Santals, qui sont majoritairement des ouvriers agricoles sans terre. Selon eux, certains de ces hommes prennent des femmes santales comme maîtresses alors qu’ils sont déjà mariés et les abandonnent au bout de quelques années.

Tout en acceptant l’idée que les médias aient pu donner une image faussée de cette histoire par méconnaissance du contexte local (voire par volonté de salir les Santals), je me suis sentie mal à l’aise car j’avais l’impression que ces explications tendaient à rejeter une partie de la faute sur la jeune fille violée. Cet événement a jeté une ombre sur tout mon séjour chez les Santals et m’a conduite à douter de tous les propos qu’on m’a tenus sur la condition de la femme santale, censée être meilleure que celle de la plupart des femmes indiennes.

21 heures en « sleeper class »

Un petit Prakash dans le train !

Un petit Prakash dans le train !

Vingt-quatre heures après mon arrivée en Inde, me voilà embarquée dans le premier d’une longue série de trajets en train de mon séjour : 21 heures de voyage pour rallier depuis Delhi la ville d’Adipur, au Gujarat. Et plus précisément dans la sous-région du Kutch, cet extrême ouest de l’Inde, qui tire son nom de sa forme, celle d’une carapace de tortue (comment, vous ne savez pas dire « carapace de tortue » en gujarati ?).

Comme toujours, je voyage en sleeper class, l’équivalent de la 2nde classe chez nous. Un choix qui m’a valu la désapprobation de mes hôtes à Delhi, des kshatriya (la deuxième plus haute caste, après les brahmanes, celle des guerriers et des princes) qui ne voyagent que dans les wagons climatisés des trains. Mais j’ai de bonnes raisons d’aimer la sleeper class : d’abord, l’absence d’air conditionné (il y a des ventilateurs au plafond des wagons) fait qu’on y voyage toutes fenêtres ouvertes, ce qui donne des vues imprenables sur le paysage, derrière les barreaux horizontaux des fenêtres. Ensuite, on y rencontre une grande variété de voyageurs des classes moyennes indiennes, dont beaucoup de familles. Enfin, mais ce n’est pas l’essentiel : le budget. Voyager pendant une journée entière pour l’équivalent de 7 euros, ça vaut le coût !

Ce bleu caractéristique des trains indiens...

Ce bleu caractéristique des trains indiens…

Me voilà donc installée pour 21 heures sur une banquette bleue, avec au programme la traversé de tout le Rajasthan de part en part pour atteindre le Gujarat.  J’ai choisi, lorsque j’ai réservé mon billet, la couchette du haut, celle qui permet d’être le mieux isolé du flot des passagers et des petits vendeurs dans les travées. Mais pour l’instant, deux hommes sont juchés sur ma couchette, chassés du bas du wagon par la grande affluence. Plus tôt, un jeune musulman est aussi monté sur « ma » couchette pour y faire sa prière, après avoir sorti son calot et son tapis de prière.

Le train est particulièrement plein aujourd’hui car les Indiens entament une longue série de jours fériés : l’anniversaire de Gandhi est suivi par une fête hindoue puis une fête musulmane.

Je me réhabitue rapidement à la voix incroyablement nasillarde des vendeurs de thé qui parcourent les wagons en criant « chai,chai ». La première fois que je suis venue en Inde, j’ai  bien cru qu’on leur avait fermé une porte sur le pied ! Depuis 4 heures, j’ai aussi vu passer des vendeurs de noix de coco tranchées, de bouteilles d’eau et sodas, de « paper soap » (je ne suis pas sure de savoir ce que c’est), de mélange d’oignons crus, pois chiches et rondelles de tomates, de jouets en plastique, de samossas…

Au début du voyage, alors que nous quittions à peine la gare d’Old Delhi, il y a aussi eu ce petit garçon portant une grosse moustache dessinée sous le nez, qui a fait des cabrioles et joué du tambourin dans la travée centrale. Plusieurs mendiants aveugles, musiciens ou non, et un homme aux jambes atrophiés, qui se déplaçait sur ses bras, la tête au niveau de la couchette du bas, sont aussi passés au milieu des voyageurs.

Je ne vais pas dire que les 21 heures vont passer en un clin d’œil, car mon dos et mes fesses commencent à me faire un peu mal, mais en tout cas on ne risque pas de s’ennuyer.

Les paysages que nous traversons sont très verts, bien que le Rajasthan soit un Etat semi-désertique. On voit que la mousson vient tout juste de se terminer. Je viens d’apercevoir un dromadaire par la fenêtre. Jusqu’à présent, j’avais surtout vu des chèvres, des vaches et des buffles.

Pour mes co-voyageurs, c’est moi le drôle d’animal. Sur le quai de la gare d’Old Delhi, j’ai eu un joli échange mi-anglais mi-hindi avec une petite fille d’environ 10 ans qui attendait le même train que moi. Elle m’a dit vouloir être « army officer » plus tard. J’espère que Ganesh l’y aidera, si c’est ce qu’elle souhaite. Elle s’est empressée de me prendre en photo avec le téléphone portable de son père.  Dans le wagon, mon voisin m’a posé cette question qu’on me pose si souvent en Inde : « sister, which country do you belong ? ». Il était ravi que je lui dise que je venais en Inde pour la 7e fois et que j’aimais beaucoup l’Inde. Il m’a ensuite parlé d’une émission de radio qu’il avait entendue, où un Indien qui revenait de France racontait que c’était un beau pays, où les gens étaient honnêtes, mais qu’il avait été choqué le fait que les Français abandonnaient leurs « vieux » dans des maisons de retraite.

Je vois l’Inde changer d’un séjour dans le pays à l’autre au nombre de passagers des trains qui écoutent de la musique ou jouent sur leur téléphone portable. Cette fois-ci, dans mon wagon, un jeune homme regarde un film sur son ordinateur portable.

Un quai de gare aperçu depuis le train

Un quai de gare aperçu depuis le train

Le voyage devient un peu plus sportif à Jaipur, où une foule compacte d’hommes monte dans le train, qui prend un faux air de métro parisien à heure de pointe. Il se met à faire très chaud et comme le soleil s’est couché (vers 18h30), et que certaines ampoules sont cassées, il n’est plus possible de lire. Heureusement, une grande partie de cette foule descend au bout d’environ une heure 30 de trajet. Je peux alors m’occuper sereinement d’intercepter d’abord le « tomato-soup-walla » (qui partage les qualités vocales du chai-walla) puis le vegetable-biriyani-walla, avant de m’installer pour la nuit sur ma couchette, au ras du plafond, en prenant soin de ne pas me faire attraper une mèche de cheveux par le ventilateur.

Après une nuit plutôt bonne malgré les allées-et-venues des voyageurs et les violents sifflements des trains croisés, je suis descendue vers 8h30 dans la petite gare d’Adipur, au Gujarat, sur laquelle peu de voyageurs jetaient leur dévolu. La première étape du « projet-Prakash » pouvait commencer !

D’ici à là-bas

Magnifique mosquée de Lucknow

Magnifique mosquée de Lucknow

Ce soir, je vais m’endormir au-dessus de la France et me réveiller en Inde (enfin, si tant est que je dorme dans l’avion, ce qui n’est généralement pas le cas !). J’ai du mal à m’imaginer foulant le sol indien dans quelques heures. A chaque voyage en Inde, je ressens cette même impression : les réalités française et indienne sont si éloignées l’une de l’autre qu’elles s’excluent mutuellement, on est soit totalement dans l’une, soit totalement dans l’autre. Et quand on est rentré en France, on peine à croire que la réalité indienne continue à exister quelque part, qu’on en faisait partie seulement quelques heures plus tôt. Elle devient presque immédiatement un mirage.

Alors ce matin, avant de plonger dans le grand bain indien, j’ai envie d’imaginer qu’un petit Pierre, cousin (éloigné !) de mon petit Prakash, découvre l’Inde pour la première fois. Ce  petit Français débarque dans une grande ville indienne, et que voit-il ?

Il voit des vaches dans les rues. Mais cela ne le surprend pas outre mesure : tout le monde l’a prévenu qu’en Inde, les vaches faisaient la loi. Ce qui l’impressionne plus, ce sont ces gros buffles noirs tout en muscles qui déambulent dans les ruelles, et ce troupeau de canetons qu’une sorte de berger pousse devant lui avec un bâton, au milieu de la circulation. Il trouve la scène très mignonne, jusqu’au moment où un client arrête le berger, qui attrape un caneton par le cou et le fourre vivant dans un sac plastique !

Sur les trottoirs, Pierre découvre la cohorte des « walla« , les « gars qui » : le petit gars qui fait le thé, alias le chai-walla, l’iron-walla, qui repasse des chemises sur une table à repasser installée dans une minuscule cahute dont elle occupe tout l’espace, le rickshaw-walla, qui somnole dans le véhicule qui lui servira quelques instants plus tard à ramener chez elle, à grands coups de pédales, une matrone indienne bien sanglée dans son sari… Mais celui qui intéresse le plus Pierre, c’est le kaan-saaf-walla, qui nettoie les oreilles des passants avec de grands cotons-tiges ! A moins que ce ne soit le kulfi-walla, vendeur ambulant de glaces au lait et au miel, truffées de pistaches…

Pierre se familiarise avec les goûts indiens : celui du « Slice« , cette boisson en bouteille à la mangue, très populaire, celui des samossas, à la fois fondants et diaboliquement épicés, celui des naans moelleux et celui des parathas (pains feuilletés) croustillants.

Il voit avec surprise des hommes d’affaires en costume croiser des sadhus (ascètes hindous) couverts de cendres et juste vêtus d’un tissu orange, des McDonald’s voisiner avec des temples hindous multicolores. Il ne sait pas où donner de la tête, des yeux, des narines… Il comprend qu’on ait besoin d’un troisième œil, de six bras et d’une bonne douzaine de vies pour appréhender tout cela.

Très rapidement, Pierre prend l’habitude d’appuyer systématiquement sur deux interrupteurs quand il entre dans une pièce : un pour la lumière, un pour le ventilateur. Quand il reviendra chez lui, il continuera à chercher pendant quelques jours le 2e interrupteur sur les murs des pièces françaises. Il trouvera aussi les camions français bien tristes par rapport à leurs cousins indiens, couverts de peintures et décorés de guirlandes et de mini-autels clignotants dédiés à des dieux divers.

Comme à chaque fois que je retourne en Inde après ne pas y être allée pendant de longs mois, voire pendant quelques années, j’ai l’impression que je vais être à nouveau un petit Pierre perdu et hypnotisé par la grande ville indienne. Rendez-vous dans quelques jours pour savoir si c’est vraiment le cas !

Pour illustrer cet article, j’aurais pu choisir des photos de n’importe quelle grande ville indienne. J’ai choisi Lucknow, métropole d’Inde du nord injustement boudée par les touristes. Elle porte profondément la marque de son passé de capitale moghole, qui abritait une cour brillante et raffinée.

Comme toujours, cliquez sur les photos pour les agrandir.

Allahabad sans le Kumbh Mela

L'affiche du film Khumb Mela. @SDD

L’affiche du film Kumbh Mela. @SDD

Aujourd’hui, je suis allée voir au cinéma le documentaire indien dont tout le monde parle ces derniers temps : « Kumbh Mela », de Pan Nalin. Pendant deux heures, il emmène le spectateur au cœur du plus grand rassemblement humain du monde : la grande fête hindoue du Kumbh Mela, qui fait affluer tous les 12 ans  des millions de personnes à Allahabad, dans le nord du pays, pour un bain sacré au point de confluence entre le Gange, la Yamuna et un 3e fleuve, mythologique celui-là, la Saraswati.

Le réalisateur suit un petit nombre de personnages au milieu de cette marée humaine : un petit garçon fugueur débrouillard, un sadhu (ascète hindou) qui a recueilli un bébé abandonné, une famille qui a perdu son fils de 3 ans dans la foule. Ces histoires semblent assez scénarisées mais n’en sont pas moins émouvantes et le film est d’une beauté visuelle saisissante. Les plans larges sur la foule des pèlerins alternent avec les plans très serrés sur les visages.  Les scènes où des pèlerins livrent de profondes réflexions métaphysiques alternent avec celles montrant le cauchemar logistique que représente une telle concentration humaine.

Je n’ai jamais assisté au Kumbh Mela mais je suis en revanche allée visiter Allahabad en décembre 2012, juste avant la dernière édition de la manifestation (janvier 2013). La ville était en pleins préparatifs pour cet événement gigantesque mais encore relativement calme. J’avais beaucoup apprécié mon séjour dans la ville.

Voilà ce que j’avais écrit dans mon carnet à ce moment-là :

« Je ne regrette pas d’avoir ajouté cette grande ville de l’Uttar Pradesh à mon parcours. Elle se situe au premier abord aux antipodes de Varanasi (Bénarès), dont les ruelles de la vieille ville, où l’on patauge dans la boue et la bouse de vache, sont tellement étroites qu’une moto peut à peine y passer. Ici, un grand nombre de rues ressemblent presque à des autoroutes, tant elles sont larges et difficiles à traverser.

Le trajet en bus s’est bien passé, bien qu’une fois de plus le « conductor » (à ne pas confondre avec le « driver ») ait continué à crier « Allahabad, Allahabad ! » alors que de mon point de vue le bus était déjà largement rempli, sièges, travée centrale et espace à côté du chauffeur compris. Comment dans les jeeps et les tempos (auto-rickshaws collectifs), il est impressionnant de constater le nombre de personnes qu’on peut encore faire monter dans un véhicule plein !

A Allahabad, pas l’ombre d’un touriste étranger, ce qui me change de Bodhgaya et Varanasi. Rares sont les personnes à parler anglais, mais quelques-unes ont volé à mon secours quand je ramais pour trouver mon hôtel.

Cet après-midi, je suis allée voir les tombeaux moghols de Khusru Bagh, un site qui a la grâce du Taj Mahal, en moins étincelant et plus sobre. Seul l’intérieur d’un des trois tombeaux, malheureusement très dégradé, comporte des décorations florales sur un fond de marbre blanc. Il présente aussi de belles fenêtres ajourées. Le tombeau principal est celui du fameux Khusru, qui essaya de tuer son père Jahangir pour lui prendre le trône. L’un des autres est celui de sa mère, qui se suicida avec de l’opium, désespérée du conflit entre son mari et son fils.

les tombeaux moghols de Khusru Bagh

Les tombeaux moghols de Khusru Bagh

L'intérieur d'un des tombeaux

L’intérieur d’un des tombeaux

les tombeaux sont entourés d'un joli jardin

Les tombeaux sont entourés d’un joli jardin

Pour sortir du parc où se trouvent les mausolées, j’ai suivi un groupe de personnes, qui s’est avéré prévoir de passer à travers un trou aménagé dans un grand porche en bois. Devant moi, un jeune homme a mis un certain temps à faire passer son vélo par le trou. Je ne savais pas trop ce que j’allais trouver de l’autre côté. C’était en fait une zone de marché assez chaotique (pléonasme !), dont j’ai dû sortir pour trouver un tempo, qui m’a menée au « Sangam », à 7 km de là : le point où le Gange rencontre la Yamuna.

Sur les vastes terrains vagues bordant les fleuves, les préparatifs pour le Kumbh Mela, la grande fête hindoue qui voit affluer pèlerins et sadhus tous les 12 ans, battaient leur plein. De nombreuses tentes étaient déjà dressées, ainsi que des dizaines de petits bungalows de toile ondulée qui serviront de toilettes. Il y a déjà beaucoup de sadhus sur place,  mais peut-être est-ce le cas toute l’année, puisque le Sangam est un lieu de bain sacré.

L’eau de la Yamuna est censée être verte et limpide, celle du Gange brune et boueuse, mais franchement je n’ai pas bien vu la différence. J’ai fait une petite promenade en bateau au coucher du soleil, en compagnie d’une famille hindoue dont le père m’a gentiment invitée à me joindre à elle, me voyant seule sur la rive.

Le fleuve, ou plutôt les fleuves, puisque nous sommes allés jusqu’au point de jonction, étaient couverts d’oiseaux que les passagers des nombreux bateaux nourrissaient de sortes de chips, les faisant former de véritables nuages au-dessus de chaque embarcation.Quand ils s’envolaient tous en même temps, leur flot dessinait un second fleuve coulant au-dessus de l’eau, dans la lumière grise et rose du crépuscule.

Dans quelques semaines, les hommes en orange seront sans doute plus nombreux que les mouettes, qui seront peut-être effrayées par cette marée humaine. Je suis assez contente de ne pas visiter Allahabad pendant le Kumbh Mela mais d’en avoir tout de même un petit avant-goût. Quand je vois l’état d’épuisement dans lequel me met une journée « normale » dans une grande ville indienne, je me dis qu’il vaut mieux éviter les périodes d’affluence exceptionnelle. »

La ville d’Allahabad compte d’autres points d’intérêt dont je n’ai pas parlé dans mon carnet bien que je les ai visités. L’université de la ville est composée de très beaux bâtiments de style anglo-indien. La maison de la famille Nehru, qui donna (au moins) trois générations de dirigeants à l’Inde, permet de découvrir de nombreux effets personnels de Nehru et de contempler la pièce où il planifia la fin du Raj britannique avec Gandhi. Instructif et émouvant.

L'université d'Allahabad comprend de mangifiques bâtiments indo-européens

L’université d’Allahabad comprend de magnifiques bâtiments indo-européens

A Allahabad, on peut aussi visiter la villa de la famille Nehru, transformée en musée

A Allahabad, on peut aussi visiter la villa de la famille Nehru, transformée en musée

C'est dans cette maison que fut planifiée par Gandhi et Nehru la fin de la colonisation britannique

C’est dans cette maison que fut planifiée par Gandhi et Nehru la fin de la colonisation britannique

Une visite intéressante et émouvante

Une visite intéressante et émouvante

Pourquoi un livre pour enfants ?

Ces derniers temps, à force de m’occuper de la logistique de mon voyage en Inde (billets d’avion et de train, rendez-vous à fixer avec des gens que je veux rencontrer sur le terrain, formalités administratives…), j’ai un peu tendance à perdre de vue sa finalité : écrire un livre pour enfants !

Je vais en effet passer du temps avec quatre groupes de populations indiens installés dans quatre régions du pays pour essayer de récolter à chaque fois des éléments de leurs contes et légendes, que j’utiliserai ensuite comme base pour inventer une histoire originale. Son héros, vous  l’aurez peut-être compris, sera le petit Prakash, qui donne son nom à ce blog. Un petit garçon d’Inde du Sud un peu rêveur, qui vivra des aventures aux quatre coins de son pays grâce à l’aide du dieu Ganesh.

Petite fille d'Inde du Sud

Petite fille d’Inde du Sud

  • Alors, pourquoi vouloir écrire pour les enfants ?

Pourquoi vouloir écrire un livre pour enfants sur l’Inde alors que je pourrais écrire un carnet de voyage ou un reportage de nature journalistique (c’est mon métier !), ou retranscrire mon voyage sous forme de blog (ah mais, tiens, ça je vais aussi le faire !) ?

D’abord, cela va sans dire, j’aime beaucoup la littérature, et notamment la littérature jeunesse. C’est en bonne partie à Stevenson et à Kessel, lus très jeune, et à Conrad, découvert plus tard, que je dois mon envie de voyager. Mes premiers voyages ont eu lieu à travers les pages de livres. J’ai depuis longtemps envie d’essayer d’écrire une fiction sur l’Inde, un pays qui me passionne, mais jusqu’à présent je n’avais pas franchi le pas, intimidée par la difficulté de l’entreprise.

Ce pas, je l’ai franchi grâce au festival du Grand Bivouac, qui a lancé un appel à projets pour la création de sa « Villa » de grands voyageurs. Il fallait soumettre un projet de voyage durant entre 6 semaines et 6 mois et un projet de récit de ce voyage. Je suis dit que c’était l’occasion, en me trouvant « coincée », obligée d’aller au bout par le fait d’être sélectionnée dans la « Villa », de concrétiser cette envie d’écrire une histoire se déroulant en Inde.

J’ai choisi d’écrire cette histoire pour un public d’enfants et non d’adultes parce que je suis sensible au potentiel d’enthousiasme et de curiosité des enfants et que j’ai envie de leur faire partager ma passion de l’Inde. Je trouve que ce pays, avec la variété de ses paysages, allant des sommets vertigineux de l’Himalaya aux grandes plaines et aux forêts profondes, et ses habitants, parfois pâles comme des Européens, parfois noirs comme des Africains, offre une magnifique matière pour faire rêver un enfant de chez nous.

J’ai choisi volontairement pour mon projet des groupes ethniques dont le mode de vie présente des traits intrigants ou amusants pour des enfants : des éleveurs semi-nomades de dromadaires et de moutons, des « captureurs » de serpents

Pour autant, je ne souhaite pas idéaliser la vie des campagnes indiennes, ni tomber dans le passéisme. Je vais essayer d’évoquer, à la marge de mon histoire, certaines questions comme la dureté de la condition de la femme, la pression parfois brutale de la modernité sur les modes de vie, la corruption… Un des grands défis du projet consistera donc à trouver le bon équilibre entre faire rêver et informer avec exactitude.

 

  • Et comment ça se passe, jusqu’ici ?

J’ai commencé à travailler avec une illustratrice, Kavita Singh Kale. Inutile de vous dire que Kavita est indienne. Pour l’instant, je n’ai écrit que le premier chapitre du livre, la situation initiale du conte. J’écrirai le reste du livre, correspondant aux aventures de Prakash dans les quatre régions, au retour du voyage, au mois de décembre. Je chercherai alors un éditeur, en espérant qu’il apprécie à la fois mon texte et les dessins de Kavita. Je serais ravie que ce projet soit franco-indien, mais comme certains éditeurs jeunesse préfèrent imposer un illustrateur avec lequel ils ont l’habitude de travailler, ce n’est pas certain à 100%.

Et si le "projet Prakash" était avant tout un prétexte pour acheter des livres ?

Et si le « projet Prakash » était avant tout un prétexte pour acheter des livres ?

J’ai aussi recueilli depuis la France le plus d’éléments possibles sur les contes et légendes des populations que je vais rencontrer. A ma grande surprise, on trouve en français un joli recueil de Contes des Santals, compilés au XIXe siècle par un pasteur norvégien installé au Bihar.

Je n’ai donc pas l’ambition de recueillir des histoires inédites, qui n’auraient jamais été mises par écrit ou traduites en français. Je ne suis pas ethnologue et  ne vais pas passer 10 ans mais quelques semaines à peine avec chacune des populations qui m’intéressent. Je vais plutôt promener mes oreilles à travers le pays, capter des bouts de récits, des « situations type », des personnages récurrents, des motifs, des thèmes de prédilection, que je fondrai ensuite dans ma propre histoire. Affaire à suivre !

Mes 12 endroits préférés en Inde

Après quelques articles évoquant des sujets assez lourds, l’envie me prend de partager quelque chose d’un peu plus léger, en ce début d’été. Voilà donc une petite liste de mes endroits « coups de cœur » en Inde, découverts au long de voyages effectués ces 10 dernières années. La liste est loin d’être exhaustive mais permet déjà de faire quasiment le tour du pays.

  • Amritsar (Penjab)

Nichée tout au nord du pays, près de la frontière avec le Pakistan, la ville sainte des Sikhs est un endroit captivant. Au-delà de la beauté du Temple d’Or se reflétant dans un grand bassin où les fidèles viennent se plonger, j’ai été frappée par l’atmosphère recueillie qui règne dans le temple. Certains Sikhs lisent le livre saint, assis à l’ombre, d’autres chantent. Une grande cantine ouverte à tous sert aussi des centaines de repas chaque jour, gratuitement. Il suffit de s’y présenter, que l’on soit sikhs ou non, pour recevoir une généreuse ration de dhal (lentilles).

Pour en savoir plus sur les Sikhs, c’est ici.

Le Temple d'Or, Mecque des Sikhs

Le Temple d’Or, Mecque des Sikhs

Un séjour à Amritsar permet aussi de se rendre à Wagah Border, un poste frontière entre l’Inde et le Pakistan devenu une attraction touristique. Tous les jours, pour la fermeture du point de passage, des cars entiers charrient des touristes indiens qui viennent, souvent en famille, agiter des drapeaux indiens sous le nez des Pakistanais. Une démonstration de patriotisme assez impressionnante, voire effrayante, pour la visiteuse française que j’étais, vivant dans une région du monde où l’idée de frontière s’est beaucoup estompée.

Des gradins ont été installés de chaque côté du poste frontière, ils sont très bien garnis côté indien, beaucoup moins côté pakistanais. Lors de ma venue, un homme chauffait le public, lui faisant crier à pleins poumons « Hindustan Zindabad ! » (« Longue vie à l’Inde »), à quoi répondaient de plus faibles « Pakistan Zindabad !« . Soldats indiens et pakistanais en grande tenue se font face, se regardant en chiens de faïence. A voir absolument pour comprendre un peu mieux les relations entre Indiens et Pakistanais, qui vivaient encore il n’y a pas si longtemps dans la même région du Penjab.

Voilà la vidéo que j’avais tournée lors de ma visite, en 2008 (pardon pour la piètre qualité et les sautes de son !) et quelques photos du public.

Un jeune Indien venu assister à la fermeture de la frontière

Un jeune Indien venu assister à la fermeture de la frontière

Wagah Border, soldat indien

Wagah Border, un soldat indien en grande tenue

Wagah Border, gradins

Wagah Border, gradins bien garnis côté indien

  • Palitana (Gujarat)

Un site qui se mérite ! Il faut en effet gravir environ 3.500 marches pour accéder au sommet de la colline, où l’on découvre un incroyable ensemble de temples jaïns, de toutes les tailles. La vue sur le paysage environnant est aussi époustouflante.

Certains pèlerins effectuent la montée en chaise à porteurs, comme je l’avais montré ici.

Les temples les plus anciens ont 900 ans

Les temples les plus anciens ont 900 ans

Des temples jaïns à ne plus savoir qu'en faire !

Des temples jaïns à ne plus savoir qu’en faire !

Une si longue montée...

Une si longue montée…

  • Pondichéry

Je garde une tendresse particulière pour ce petite confetti de France perdu au milieu de l’État du Tamil Nadu. J’y ai vécu pendant un an, en 2004-2005, pour effectuer un stage dans l’ONG indienne Sharana, dans le cadre de mes études. Sharana parraine des enfants des bidonvilles et villages de pêcheurs situés autour de Pondichéry pour leur permettre d’aller à l’école.

Pondy, comme l’appellent ses habitants, se divise entre « ville blanche » et « ville noire« . La ville blanche est l’ancien quartier colonial, caractérisé par ses rues rectilignes et ses belles villas endormies au milieu de grands jardins. Des gardes sommeillent devant les portails, des fleurs de bougainvilliers s’échappent par-dessus les hauts murs blancs.

Dans ce quartier, certaines rues portent un double nom : l’ancien nom français (Debussy, Alexandre Dumas…) et le nouveau nom attribué depuis le rattachement du comptoir à l’Inde. Au bout du front de mer, une statue de Dupleix  évoque la figure de cet homme du XVIIIe siècle qui eut, presque seul, le rêve d’Indes françaises. Le soir, tout Pondichéry défile langoureusement sur le front de mer pour profiter de la fraicheur du soir. En son centre, là où se trouvait autrefois la statue de Dupleix, trône désormais un beau Gandhi en marche. La ville noire, quant à elle, est une ville tamoule « classique », bruyante et colorée.

Une rue de la ville blanche

Une rue de la ville blanche

l'Alliance française de Pondy est installée dans une belle demeure de la ville blanche

L’Alliance française de Pondy est installée dans une belle demeure de la ville blanche

  • Rameshwaram

Je suis allée deux fois à Rameshwaram. La première m’avait laissé le souvenir d’un havre de paix, une sorte de bout du monde paisible. La seconde était bien différente : un pèlerinage shivaïte était en cours, la ville débordait de pèlerins, de sadhus (ascètes hindous), de mendiants… Et surtout, c’était la saison des mouches. Il y a avait des mouches partout, jusque sur le drap de mon lit, littéralement noir de mouches, jusque dans mon assiette… Le cauchemar !

Néanmoins, avec le recul, Rameshwaram reste un des endroits qui m’a le plus marquée. C’est un lieu saint pour les Hindous, le petit Bénarès d’Inde du Sud. On vient y prier Shiva et faire ses ablutions dans la mer. Installé sur un petit bout de terre qui avance vers le Sri Lanka, relié au continent par un pont ferroviaire, Rameswaram joue un rôle important dans l’épopée du Ramayana : c’est là que Rama aurait rendu grâce à Shiva après avoir sauvé Sita des griffes du démon Ravana.

Le temple qui occupe le centre du village est connu pour abriter le plus long couloir de tous les temples hindous d’Inde et 22 puits sacrés. Je garde un souvenir… rafraichissant de ma visite du temple, au cours de laquelle j’ai été arrosée  22 fois à grands coups de seaux d’eau, à chaque arrêt près d’un puits. Les Hindous prêtent à chacun des vertus propres (santé de telle ou telle partie du corps, prospérité…).

En avançant vers le bout de l’île, on ne trouve plus que du sable, des cahutes de pêcheurs et l’horizon bleu.

Le temple Sri Ramanathaswamy

Le temple Sri Ramanathaswamy

On vient de loin pour se baigner sur la plage de Rameshwaram

On vient de loin pour se baigner sur la plage de Rameshwaram

 

En avançant vers le Sri Lanka...

En avançant vers le Sri Lanka…

Des mouches partout ! Et elles pénètrent dans ma chambre d'hôtel !

Des mouches partout ! Et elles pénètrent dans ma chambre d’hôtel !

  • La région du Chettinad (Tamil Nadu)

Restons au Tamil Nadu, pour découvrir cette région du Chettinad, située entre Madurai, Trichy et Thanjavur. C’est le territoire de Chettiars, une caste de marchands et de banquiers ayant fait fortune sous le Raj britannique, notamment en installant des comptoirs en Birmanie et en Malaisie.

Aujourd’hui, la jeune génération a quitté la région pour s’installer dans les grandes villes indiennes ou à l’étranger, mais cette période faste a laissé derrière elle de grandes demeures regorgeant de cours, de piliers en bois de teck et de marbre. Aujourd’hui silencieuses, ces immenses maisons situées dans de tous petits villages parlent avec nostalgie d’une époque révolue. Certaines commencent à être transformées en hôtel et permettent de goûter la délicieuse cuisine du Chettinad, aussi épicée que raffinée.

Belle demeure du Chettinadu

Belle demeure du Chettinad

Des rues calmes bordées de maisons gigantesques, témoignages d'un passé prospère

Des rues calmes bordées de maisons gigantesques, témoignages d’un passé prospère

Autre belle demeure typique

  • Cochin (Kerala)

Cochin, ou Kochi, attire de nombreux touristes et n’a nul besoin que je lui fasse de la publicité, mais c’est indéniablement un endroit que j’adore. J’aime son côté « creuset de cultures et de peuples« . S’y côtoient en effet les influences hindoues, musulmanes, juives, chrétiennes, hollandaises, portugaises… Il semble que le monde entier, ou presque, ait fréquenté cette ville côtière, pour le commerce des épices ou au hasard d’un voyage.

Une journée à Fort Cochin, le quartier le plus intéressant de la ville, permet de passer de la visite d’une émouvante vieille synagogue (aujourd’hui presque désertée par une communauté juive largement partie en Israël) à celle de l’église où fut enterré Vasco de Gama puis à un palais hollandais.

Le Kerala, haut lieu du commerce des épices

Le Kerala, haut lieu du commerce des épices

Petites maisons de Fort Cochin

Petites maisons de Fort Cochin

Une ville d'îles et de ccanaux

Une ville d’îles et de canaux

  • Calcutta (Bengale occidental)

Tout le contraire de Cochin, à l’atmosphère détendue, propice à la balade le nez au vent, et pourtant, une ville magnifique. Dense, vibrante, passionnante. Je lui ai consacré un article avec photos il y a quelque temps. La capitale du Bengale occidentale a été pendant des années la capitale des Indes britanniques et garde de cette période une grandeur un peu décatie. Elle est en tout cas toujours aujourd’hui la capitale intellectuelle de l’Inde, la ville des poètes, des écrivains et des cinéastes « intellos », et c’est en bonne partie cela qui me séduit chez elle. Les Bengalis sont aussi connus pour leur sens de l’humour, une qualité particulièrement appréciable dans une ville aussi fatigante !

Calcutta : la Hoogly à la tombée du jour

Calcutta : la Hoogly à la tombée du jour

  • Bundi

Je n’ai pas de photos numériques de cet endroit merveilleux, mais une collègue blogueuse de voyage lui a consacré un beau post, très bien illustré. C’est un des trésors du Rajasthan qui restent encore un peu préservés du tourisme de masse. Dès l’arrivée, on comprend immédiatement pourquoi cet endroit a inspiré Kipling, qui y a en partie écrit Kim (à lire si ce n’est déjà fait !). Un palais tarabiscoté s’élève au dessus d’un lac et appartient en bonne partie aux singes et aux chauves-souris qui y ont élu domicile. Le bleu des maisons des brahmanes dialogue avec le vert du paysage et de l’eau du lac. Un lieu inspirant !

  • Mysore et le temple de Somnathpur (Karnataka)

Comme je suis une grande nostalgique devant l’éternel, je reste attachée au sud du Karnataka, la région de l’Inde qui a accueilli mon premier séjour dans le pays, pendant l’été 2003. La ville de Mysore, à taille humaine et plutôt agréable, constitue une bonne base pour découvrir la région. Elle abrite un grand marché où il fait bon flâner et un palais de Maharaja.

Mais surtout, à une quarantaine de kilomètres de Mysore se trouve le temple de Somnathpur. Un temple du XIIIe siècle autour duquel court une frise à six bandes : la première représente des oies, la secondes des monstres, les suivantes des scènes de la vie quotidienne, des fleurs, des cavaliers et des éléphants. J’aurais pu passer des heures à contempler ses sculptures si délicates.

Marché aux fleurs de Mysore

Marché aux fleurs de Mysore

Dans les allées du marché aux fleurs

Dans les allées du marché aux fleurs

Temple de Somnathpur

Le temple de Somnathpur

Les frises délicates du temple de Somnathpur

Les frises délicates du temple de Somnathpur

  • Orchha (Madhya Pradesh)

L’énooooorme coup de cœur de mon dernier voyage en Inde. Cette ancienne capitale royale (rajput) est redevenue une petite bourgade tranquille, comme je les aime. Pas de klaxons, peu de circulation, mais des coupoles et des tours de palais qui pointent leur nez dans toutes les directions. Les palais et les temples manquent parfois sérieusement d’entretien mais révèlent souvent de belles peintures murales. L’endroit mérite mieux que son statut, pour de nombreux touristes, de simple étape sur la route de Khajuraho.

Un sympathique programme de séjour chez l’habitant permet de découvrir le quotidien de familles d’Orchha tout en améliorant leur ordinaire. Celle qui m’a hébergée m’a réservé un excellent accueil. Le lever de soleil depuis la cour de la maison (photo) était splendide.

Orchha et son festival de coupoles

Orchha et son festival de coupoles

Vie quotidien et passé royal entremêlés

Vie quotidienne et passé royal entremêlés

Lever de soleil depuis la cour de ma "famille d'accueil"

Lever de soleil depuis la cour de ma « famille d’accueil »

  • Hampi

Hampi partage avec Orchha ce statut d’ancienne capitale tombée dans l’oubli mais qui porte encore les traces de son passé glorieux. Située en plein cœur de l’Inde, aujourd’hui au milieu de nulle part (comptez 8-9 heures de bus depuis Bangalore !), Hampi était la capitale de l’empire de Vijayanagar, avant que celui-ci ne tombe dans les mains des sultans du Deccan au milieu du XVIe siècle.

Le site s’explore à vélo, meilleur moyen de découvrir les palais, bassins, temples, étables d’éléphants, qui sont répartis sur une très vaste étendue, ce qui donne une idée de la richesse de cet empire. Les vestiges apparaissent au détour des chemins, parfois juchés sur des collines, au milieu d’un paysage rocheux spectaculaire. Une rivière serpente sur le site ; on peut la traverser dans de petits bateaux en forme de coquilles de noix.

Contrairement à Orchha, Hampi n’est même pas une ville. Seul un village est installé près des ruines. Je les ai visitées pendant la saison la plus chaude (mai) et ai apprécié d’être presque seule sur le site. J’ai depuis entendu plusieurs personnes dire qu’ils avaient trouvé l’endroit très beau mais un peu trop envahi par les touristes.

De belles photos sur le site Marionrocks.

  • Le Ladakh

Cette région himalayenne offre des paysages si minéraux, si dépouillés, que la moindre bribe de végétation – un arbre fruitier en fleurs, quelques herbes – apparaît comme un miracle. Ici, tout évoque le Tibet : les visages des habitants, leur langue (le ladakhi, proche du tibétain), l’omniprésence des monastère et des gompa bouddhistes, les momos (raviolis) fumants servies dans les restaurants…

L’oxygène rare et le soleil qui tape dur donnent l’impression de marcher dans un rêve. Au détour d’un chemin, on croise le fleuve Indus qui serpente entre les pans de montagne nus, mais aussi des yaks guidés par de vieilles paysannes. Saupoudrez le tout de la gentillesse des Ladakhi et vous obtiendrez un séjour inoubliable !

Un monastère près de Leh

Un monastère près de Leh

A ces altitudes, la végétation est rare

A ces altitudes, la végétation est rare

Le palais de Leh, un vrai "mini-Potala"

On croise fréquemment des yaks dans les rues de Leh

On croise fréquemment des yaks dans les rues de Leh (capitale du Ladakh)

 

… Et voilà qui fait 12 ! Je n’ai parlé ni de la région des Ghats occidentaux (les montagnes qui occupent le centre de l’Inde du Sud), ni de l’Etat de l’Himachal Pradesh, ni de la beauté époustouflante des dentelles de pierre ocre de Jaisalmer, dans le désert du Thar, ni des mosquées grandioses de Lucknow, ni des collines couvertes des labyrinthes des plantations de thé de Darjeeling. La liste mérite donc d’être complétée !

Et vous, quels sont vos endroits préférés en Inde ? Dites-le moi dans les commentaires !